30 ans de la mort de Coluche: derrière le clown, l'homme angoissé

30 ans de la mort de Coluche: derrière le clown, l'homme angoissé

Publié le 15/06/2016 à 15:47 - Mise à jour le 20/06/2016 à 14:06
Michel Gangne / AFP
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Auteur(s): Propos recueillis par Marnie Williams
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Coluche, personnage ambigu, drôle, généreux mais aussi anxieux, est mort au guidon de sa moto il y a exactement trente ans ce dimanche 19. "Putain de camion", comme l'a chanté son grand pote Renaud. Michel Colucci n'était pas un nouveau riche, mais un ancien pauvre comme il le disait lui-même et il n'a jamais cessé d'aider les autres en les faisant rire d'abord, puis en créant les Restos du Coeur. "FranceSoir" a interviewé Jean-Claude Lamy, journaliste et écrivain l'ayant côtoyé.

Coluche, de son vrai nom Michel Colucci est entré dans la légende des humoristes français avec sa salopette bleue et son tee-shirt jaune canari. Ce dimanche 19 juin sonne le glas des trente ans de sa disparition, frappé par un "putain de camion" le même jour de 1986. Journaliste et écrivain, Jean-Claude Lamy est l'auteur d'une vingtaine de livres, récompensés par plusieurs prix littéraires. Ses diverses biographies (Françoise Sagan, George Brassens…) ne concernent que des personnalités qu'il a fréquentées et connues. Coluche est l'un d'entre eux, qu'il a eu la chance d'interviewer à deux reprises en 1979 et auquel il consacre l'ouvrage Chez Coluche, histoire d'un mec inoubliable*. Pour FranceSoir, il dépeint cet homme engagé politiquement et socialement, au-delà de son costume d'amuseur.

> Pouvez-vous nous parler de la personne qu'était Coluche avant sa mort?

 "Je peux vous parler de la personne que j'ai rencontré, chez lui, rue Gazan (XIVe arr. de Paris) en 1979. Paul Lederman, son impresario, m'a annoncé qu'il me consacrerait deux heures d'entretien, ce qui est rare. Chez lui, allaient et venaient en permanence des gens qu'il connaissait et d'autres moins. Il y avait des boîtes où il laissait de l'argent, où les gens fauchés pouvaient se servir, les gens en manque d'herbe pouvaient aussi venir se servir, c'était assez incroyable. J'ai découvert un personnage qui n'était pas le clown qu'on connaissait, mais quelqu'un de très angoissé qui se demandait combien de temps son succès allait durer. Il avait fait évoluer le rire avec des sketchs plus libres et plus provocateurs, dans l'esprit de ses amis chez Charlie Hebdo et Hara-Kiri. C'était l'époque où avec le professeur Choron, Cavanna, Reiser, Cabu, Wolinski, ils se retrouvaient dans une ambiance surréaliste. Quand ils avaient des difficultés financières, Coluche les aidait en apparaissant en couverture, ce qui doublait les ventes. Il était quelqu'un de très généreux, s'intéressait à son prochain. Il avait connu une vie précaire et voyait autour de lui le malheur, voulait donc apporter son soutien. C'est ce qui l'a mené aux Restos du Cœur, à se demander +comment lutter contre cette misère permanente?+".

> En quoi le fait qu'il était au fond quelqu'un d'angoissé, plein de doutes, a pu influencer son engagement sociétal et politique?

"Pour ce qui est des élections (Coluche s'est présenté aux présidentielles de 1981, NDLR), c'était un gag de ses amis au départ. Il a annoncé sa candidature par l'intermédiaire de Charlie Hebdo en déclarant +je suis le seul candidat qui n'ait pas de raison de mentir+. Petit à petit, on s'est aperçus qu'il touchait énormément de gens, jusqu'à 16% des intentions de vote en décembre 1980. Les politiques ont commencé à le voir d'un mauvais œil. C'était une façon pour lui de contrer ces politiques qui ne pensaient qu'au pouvoir et ne tenaient pas leurs promesses. Il a reçu des lettres de menace et a donc abandonné sa campagne quelques semaines plus tard.

"Mais au cours de sa campagne électorale, il avait fait la connaissance de Jacques Attali, qui l'a invité à l'Elysée en 1984 rencontrer Mitterrand. A la suite de cela, Mitterrand s'est rendu chez Coluche pour y manger. Il a fumé un joint devant Mitterrand, qui ne s'attendait peut-être pas à ça. Il pouvait tout se permettre, c'était un homme libre, un clown et un humaniste. Pour ce qui est des Restos du Cœur, il a repris les traces de l'abbé Pierre, qu'il a d'ailleurs rencontré. Coluche lui a donné un chèque de 150 millions de centimes (225.000 euros) avec les reliquats des Restos du Cœur. L'abbé Pierre a tout de suite senti que Coluche était un personnage généreux, grave et attentif à son prochain".

> Que reste t-il aujourd'hui de son engagement, son humour et sa virulence?

"Pour moi, il a beaucoup compté: il a donné un grand coup de fouet au spectacle humoristique et a mis toute sa force pour aider les autres. Je suis persuadé qu'il serait très étonné que les Restos du Cœur existent encore, que la misère soit toujours aussi forte. Il apporterait encore son soutien aux gens dans la rue, aux migrants qui partent vers ce qu'ils croient être l'eldorado en Europe.

"Il reste de lui cette profonde liberté d'expression comme chez Charlie Hebdo ou Hara-Kiri, qu'on ne trouve plus aujourd'hui à cause de la censure ou de l'autocensure.

"Coluche était un poète, autodidacte, il faisait vibrer les mots et c'est pour ça qu'il restera dans l'histoire. Dans ses sketchs, même les yeux fermés, quand on entendait sa musique, son ton de langage, on reconnaissait immédiatement Michel Colucci".

*Chez Coluche (2016), écrit par Jean Claude Lamy et illustré par Philippe Lorin est disponible aux éditions du Rocher au prix de 20,90euros. 

 

Auteur(s): Propos recueillis par Marnie Williams

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Coluche a lancé en 1985 l'oeuvre de sa vie, les Restos du Coeur.

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