Une drogue dure hallucinogène pour soigner les addictions: l'ayahuasca intéresse les chercheurs

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La rédaction de FranceSoir.fr
Publié le 26 décembre 2016 - 10:26
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Des lianes d'Ayahuasca.
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Traditionnellement utilisée dans des rituels chamaniques, l'Ayahuasca pourrait soigner les addictions, mais peut également provoquer de graves crises.
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L'ayahuasca, une boisson hallucinogène puissante, fait fureur aux Etats-Unis où beaucoup lui prêtent des vertus pour arrêter la cigarette, la drogue, ou se remettre de traumatismes psychologiques. Au point que des chercheurs souhaitent organiser des essais cliniques. Un parcours du combattant, cette substance n'étant pas sans risque.

Dominique était "cocaïnomane au dernier degré" et fumait deux paquets de cigarettes par jour lorsqu'elle a découvert l'ayahuasca, une boisson hallucinogène originaire d'Amazonie: "J'ai tout arrêté du jour au lendemain, sans efforts".

Cette Franco-américaine de Los Angeles fait partie des milliers d'adeptes de ce breuvage psychédélique qui fait fureur aux Etats-Unis et intéresse des chercheurs en psychiatrie, qui y voient un remède potentiel aux addictions, à la dépression ou au syndrome post-traumatique.

Classée drogue dure par les autorités sanitaires, l'ayahuasca n'est toutefois pas sans risques. D'autant qu'elle est absorbée dans la clandestinité, ouvrant la porte aux dérives. Cette décoction de liane Banisteriopsis caapi et de feuilles de chacruna, préparée et ingérée selon des rituels chamaniques, jouit depuis dix ans d'une popularité exponentielle. En particulier dans la Silicon Valley et à Hollywood où plusieurs vedettes - Sting, Paul Simon, Tori Amos, Lindsey Lohan - ont décrit leur expérience.

"On croit à tort que ce sont des hippies avec des plumes dans les cheveux qui en prennent, mais il y a des stylistes, des acteurs, des coiffeurs, des dirigeants d'entreprises, des avocats...", assure Jeff, organisateur de cérémonies. Son prénom et ceux des consommateurs ont été changés pour préserver leur anonymat. "A une époque marquée par le consumérisme et le divertissement, les gens cherchent des expériences spirituelles fortes", insiste-t-il.

D'après Dennis McKenna, professeur au Centre de Spiritualité de l'Université du Minnesota, "chaque nuit environ 100 cérémonies se tiennent à New York, et ce doit aussi être vrai pour Los Angeles ou San Francisco".

Mais il est difficile de le savoir précisément, en raison du caractère illicite de cette substance qui contient du DMT, un puissant psychotrope. Aux Etats-Unis, seules deux églises d'origine brésilienne installées dans l'ouest américain peuvent l'utiliser légalement, au nom de leur rituel.

Des critiques se moquent de l'engouement pour l'ayahuasca comme de la dernière tocade en date pour planer. Les adeptes, eux, affirment n'en prendre qu'avec plusieurs mois d'intervalle. Ils doivent d'abord suivre une "diète" stricte d'une semaine avant de participer à des cérémonies, qui ont souvent lieu en pleine nature, rythmées de séquences méditatives et de chants traditionnels.

L'ingestion d'ayahuasca génère des hallucinations euphoriques: "J'ai eu la sensation de sortir de mon corps", raconte Dominique. "J'ai vu des hirondelles roses et violettes, des formes géométriques vertes", renchérit Leonard, un autre enthousiaste.

Mais d'autres visions sont beaucoup plus sombres, parfois terrifiantes. Elles s'accompagnent généralement de vomissements, c'est la "purge", "dans la jungle, c'est considéré comme un purificateur", affirme Jeff.

Si certains en ressortent inchangés, d'autres décrivent des transformations radicales. "J'ai arrêté de fumer, commencé à méditer, à me reconnecter avec la nature, j'ai fait la paix avec mes parents", énumère Leonard.

Les effets curatifs potentiels intéressent de plus en plus de chercheurs, à l'instar de Jessica Nielson, du Centre des lésions cérébrales de l'Université de Californie San Francisco (UCSF). Elle a commencé à étudier l'ayahuasca après un voyage au Pérou où elle a vu "deux personnes atteintes de syndrome post-traumatique qui ont semblé totalement guéries après" en avoir pris.

Elle essaie d'obtenir l'agrément de l'Autorité américaine du médicament (FDA) pour un essai clinique, mais le chemin est laborieux avec cette substance classée drogue dure, même si des psychotropes comme le MDMA ou le LSD font un retour en grâce en psychiatrie.

Pourtant, estime Charles Grob, professeur au département de psychiatrie du centre médical Harbor-UCLA à Los Angeles, "la médecine occidentale a souvent des difficultés à traiter les addictions aux drogues et à l'alcool, alors ça vaut la peine d'étudier" ces pistes.

Si les recherches aux Etats-Unis sont freinées par le cadre juridique, elles se multiplient ailleurs, notamment au Brésil où l'ayahuasca est légal --il l'est aussi dans plusieurs autres pays d'Amérique latine comme le Mexique, le Pérou ou la Colombie-- et en Espagne où il profite d'un flou juridique.

M. Grob cite notamment "une étude pilote au Brésil sur des gens qui souffrent de dépression chronique et ne réagissent pas bien aux anti-dépresseurs. Les résultats préliminaires sont positifs".

L'ayahuasca peut néanmoins être dangereux, notamment pour les personnes prenant des anti-dépresseurs, souffrant de problèmes cardiaques ou psychotiques, pour les épileptiques ou les asthmatiques.

"Il faut évaluer les personnes, s'assurer qu'elles sont physiquement et mentalement à même de le supporter", explique Jeff, affirmant que "ce n'est pas dangereux" lorsque ces précautions sont prises. "Une fois, quelqu'un a crié pendant plusieurs heures mais le lendemain il allait très bien", ajoute-t-il.

La popularité de cette plante, que certains achètent sur internet, attire aussi les charlatans, reconnaissent des experts comme Jeff et M. McKenna. Et elle peut créer des drames. Au Pérou, où le tourisme de l'ayahuasca bat son plein, des agressions sexuelles ont été signalées et un Britannique a été poignardé par un Canadien après une cérémonie, car cette drogue suscite des transes euphoriques mais aussi parfois des phases dépressives et plus rarement, des crises de panique ou paranoïa.

"Tout ce qui est suffisamment puissant pour être utile l'est aussi pour faire du mal. Ce qu'il faut, c'est davantage de recherche", conclut Mark Barad, un psychiatre de UCLA. 

 

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