Les pieuvres, les crabes et les homards reconnus comme des "êtres sensibles" au Royaume-Uni

Les pieuvres, les crabes et les homards reconnus comme des "êtres sensibles" au Royaume-Uni

Publié le 24/11/2021 à 14:47
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Auteur(s): FranceSoir
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En 2020 un documentaire oscarisé “La sagesse de la pieuvre” avait suscité la sympathie de nombreux spectateurs dans le monde entier pour cette espèce. Certains rêvent maintenant de plonger pour nouer des amitiés idylliques avec des poulpes comme dans le film, et cela remet en question nos rapports avec cette espèce, longtemps maltraitée. Alors que le questionnement sur le rapport des hommes avec les animaux prend de l’ampleur, notamment en ce qui concerne l'expérimentation animale dans la recherche, le Royaume-Uni va encore plus loin, en qualifiant d'"êtres sensibles" les pieuvres, crabes et homards. Quelles sont les implications de ce nouveau statut ?

Certains invertébrés sont bien sensibles

Les decapoda, des crustacés possédant cinq paires de pattes (dont font partie les ​​galathées, les crabes, les crevettes, les écrevisses ou encore les homards et langoustes) et les céphalopodes, de mollusques dont la tête est munie de tentacules (comme les pieuvres, calmars, seiches et nautiles) font partie des menus et recettes des hommes depuis des millénaires. Souvent, pour les consommer le plus frais possible, ces animaux sont stockés vivants dans des conditions dégradées, et bouillis vifs. Pour améliorer ces pratiques, et dans le cadre du projet de loi britannique pour le bien-être animal, la London School of Economics and Political Science (LSE) a conclu dans une étude qu'il existe de solides preuves scientifiques que les crustacés décapodes et les mollusques céphalopodes sont sensibles. La sensibilité évoquée ici est définie comme « la capacité d'éprouver des sentiments, tels que la douleur, le plaisir, la faim, la soif, la chaleur, la joie, le confort et l'excitation ». Le projet de loi britannique sur le bien-être animal reconnaît déjà tous les animaux munis d’une colonne vertébrale (vertébrés) comme des êtres sensibles. Cependant, contrairement à certains autres invertébrés, les crustacés décapodes et les céphalopodes ont un système nerveux central complexe, l'une des principales caractéristiques de la sensibilité. "Les pieuvres et autres céphalopodes sont protégés par la science depuis des années, mais n'ont reçu aucune protection en dehors de la science jusqu'à présent" a déclaré Jonathan Birch, professeur à la LSE qui travaille sur le projet Foundations of Animal Sentience.

Pas de contraintes pour les pratiques piscicoles ou de restauration… pour l’instant

La science est maintenant claire sur le fait que les décapodes et les céphalopodes peuvent ressentir de la douleur et il est donc normal qu'ils soient couverts par cette législation, explique le ministre du Bien-être animal, Lord Zac Goldsmith. Cependant, l'annonce concernant les décapodes et céphalopodes n'affectera pas la législation existante ou les pratiques de l'industrie telles que la pêche, ni celle de la capture de coquillages ou de la restauration, mais sera prise en compte dans les processus de décision futures, lors de l'élaboration de nouvelles lois, a déclaré le ministre. 

Des recommandations pour respecter le bien être des céphalopodes et les decapoda

Le rapport fait des recommandations spécifiques sur les pratiques de bien-être animal notamment : interdire le dégriffage des crabes, interdire la vente de crabes et de homards vivants à des « manipulateurs non qualifiés et non experts », interdiction des méthodes d'abattage par ébullition vivante et démembrement vivant (lorsqu'une alternative viable existe et lorsque l'étourdissement électrique n'est pas effectué en premier ) et rechercher de nouvelles manières d’abattage « à la fois humaine et commercialement viable à grande échelle ». Comme l’explique Business insider, faire bouillir des crustacés vivants est déjà illégal dans certains pays, dont la Suisse et la Nouvelle-Zélande.

Le changement climatique peut-il altérer notre rapport avec les céphalopodes ?

Alors que la décision du Royaume-Uni pourrait favoriser une prise de conscience universelle concernant les pratiques de culture, pêche, commercialisation et restauration de ces espèces, le changement climatique pourrait aussi avoir un impact sur nos rapports avec ces animaux. En France, dans le Morbihan, l’invasion des poulpes ne renforce pas forcément la sympathie envers cet animal. En effet, le réchauffement climatique ainsi que l'acidification progressive des océans profitent aux céphalopodes comme les poulpes, les seiches et les calamars, ce qui a favorisé la multiplication de ces espèces ces dernières décennies. Ce phénomène serait nocif pour les pêcheurs, car le poulpe est un prédateur qui entraîne la disparition des crustacés, des coquilles Saint-Jacques et mollusques, très demandés surtout à l’approche des fêtes de fin d’année. 

Auteur(s): FranceSoir

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Faire bouillir des crustacés vivants est déjà illégal dans certains pays, dont la Suisse et la Nouvelle-Zélande

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