De l’importance d’une Assemblée vraiment nationale

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Xavier Azalbert, directeur de la publication de FranceSoir
Publié le 20 juin 2022 - 19:46
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Assemblée nationale
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B. Guay / AFP
"Quand la fourberie est élevée au rang d'art, on ne peut être qu'admiratif" Machiavel
B. Guay / AFP

Depuis hier soir, ne serions-nous pas en train d’assister au grand retour du peuple à l’Assemblée nationale ? Avec le succès de la Nupes, la poussée historique du Rassemblement national et une majorité moins que relative pour Emmanuel Macron, le président réélu n’a pas donc pas réussi son pari le plus important : obtenir une majorité absolue de 289 sièges.

Ainsi va la vie. Lors du deuxième tour de l'élection présidentielle, Emmanuel Macron a été récemment réélu avec 58,5% des suffrages, devant Marine Le Pen avec un score de 41,5%. Cette « victoire » est intervenue suite à un appel à un barrage républicain soutenu par un tapage médiatique incessant, opéré de concert par tous les médias mainstream. Quant à Jean-Luc Mélenchon, au premier tour, il avait raté de peu la seconde marche du podium.

Les législatives de ce dimanche furent dès lors le troisième tour de l’élection présidentielle. Et leur résultat est une gifle cinglante pour la majorité présidentielle.

Face à cette défaite cuisante, malgré le sourire de façade adopté hier soir sur les plateaux télés, la macronie tout entière doit être en train de se questionner. Pour un président qui durant la semaine a demandé aux Français de lui donner une majorité absolue, il y a de quoi être furax. Et pour cause ! Emmanuel Macron va donc devoir composer. Or, qu’y a-t-il de plus complexe pour un homme nouvellement réélu en quête d’une majorité absolue et de toute puissance, que de devoir composer ?

Alors qu’elle contrôlait tout ou presque, la macronie n’obtient que 42% des sièges. Ceci montre que la démocratie, même si elle ne tient plus qu’à un fil, quelque part fonctionne encore. C’est donc le retour du peuple à l’Assemblée nationale. Un grand nombre de Français (une majorité ?) attendait probablement cela depuis 1992, année du traité de Maastricht.

Pourtant, une autre question s’impose subitement.

Et si, finalement, l'impossibilité d'avoir un gouvernement validé par l'Assemblée nationale, était la meilleure façon pour Emmanuel Macron d’obtenir les pleins pouvoirs ?

L'article 16 de la Constitution le prévoit expressément :

« Lorsque les institutions de la République, l'indépendance de la nation, l'intégrité de son territoire ou l'exécution de ses engagements internationaux sont menacées d'une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier ministre, des présidents des assemblées ainsi que du Conseil constitutionnel ».

Et comme de fait aucun gouvernement ne pourra diriger le pays faute d’une majorité absolue à l’Assemblée nationale, malheureusement, « le fonctionnement régulier des pouvoirs constitutionnels est interrompu ».

Et il n’est pas impossible d’envisager une « menace grave et immédiate » dans un contexte d’état d’urgence sanitaire instauré depuis maintenant deux années sur fond d’instabilité géopolitique dans notre pays pourtant jadis reconnu pour sa tradition de puissance d’équilibre (soutien unilatéral et inconditionnel au camp ukrainien dans le conflit russo-ukrainien).

En effet, seule une coalition formée par deux des trois grandes forces politiques de la nouvelle Assemblée pourrait porter un gouvernement. Cependant, il parait invraisemblable que la Nupes et le Rassemblement national ne forment une coalition. Par ailleurs, la Nupes et le RN ont tellement fustigé la macronie (et inversement), que ni l’un ni l’autre ne semble en mesure de former une coalition avec les députés macronistes. Du moins pas sans que les Français prennent pleinement conscience, que le jeu de rôle des partis politiques en place depuis 40 ans, en réalité, n’est qu’une intrigue, dont ils sont perpétuellement les acteurs plus ou moins consentants.

Et s'il se trouve qu'en fait, cela procède d'une stratégie qui été minutieusement réfléchie, fomentée, préparée et mise en place, ça me fera mal au cœur de le dire, mais, le cas échéant, je devrai leur tirer mon chapeau.

Comme le disait Machiavel : « Quand la fourberie est élevée au rang d'art, on ne peut être qu'admiratif ».

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