La confiance n'exclut pas le contrôle

Auteur(s)
Xavier Azalbert, directeur de la publication de FranceSoir
Publié le 23 mars 2022 - 21:07
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Contrôle citoyen
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La confiance n'exclut pas le contrôle.
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EDITO - J'ai totalement confiance dans les institutions françaises. Elles m'ont permis de m'éduquer, de me forger en tant qu'homme. À ma famille, elles lui ont permis d'emprunter l'ascenseur social. Je n'ai donc aucune raison de douter de la bienveillance de l'État à l'égard du citoyen. De tout temps, l'État et les institutions se sont montrés dignes de confiance, et les journalistes, en amenant une information loyale, également.

Cependant, comme mes enseignants le prônaient jadis, "soyez prêt en cas de contrôle aléatoire." On a oublié la spontanéité de l'interro surprise, et surtout son efficacité pour vérifier l'état des acquis. D'ailleurs, l'administration s'est spécialisée dans le contrôle aléatoire, avec notamment les radars routiers et les contrôles fiscaux.

Ainsi, malgré le fait que le bon citoyen fait confiance à l'État, l'État se permet de faire des contrôles aléatoires dans tous les domaines : identité, ébriété, laissez-passer, autorisations, licence, permis, état vaccinal, etc. Désormais, l'État contrôle aussi des publications sur les réseaux sociaux, et même, tout dernièrement, des prescriptions médicales.

Ceci sans que l'État subodore si les citoyens, qui sont contrôlés de la sorte, s'apprêtent à enfreindre la loi ou s'en sont déjà rendus coupables.

Si telle est la règle en vigueur, à savoir que l'État peut faire confiance aux Français tout en exerçant un contrôle « afin de vérifier », la réciproque devrait exister. Le contrôle du bon fonctionnement de l'État par les Français ne devrait poser aucun problème, ni à l'État, ni à quiconque. Dans un État où la démocratie est reine, dans notre République dont le principe est « Gouvernement du peuple, pour le peuple et par le peuple », offrir une transparence totale devrait être la priorité des priorités de l'État.

Pardi ! Le peuple n'a rien à cacher à lui-même. A fortiori quand l'article 4 de la Constitution dispose que le souverain, c'est le peuple, et quand l'article 15 de la Déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen affirme ce droit noir sur blanc :

« La société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration. »

Dès lors que le contrat social relie « la société », à savoir les membres qui la constituent, le peuple français, à « son administration », composée des agents publics dont la fonction est de servir la société civile, pouvoir contrôler le bon fonctionnement de l'État à tous les niveaux est un droit que les Constituants ont naturellement conféré à tous les Français par ce texte qui est le fondement de notre système juridique : la Déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen.

Et ce n'est très certainement pas le président de la République qui me contredira. En effet, Emmanuel Macron a déclaré ceci dans son discours du 17 mai 2017 :

« Il faut mener combat pour l'État de droit, pour cette idée simple qu'il y a des droits universels de l'homme qui sont inaliénables et imprescriptibles. »

Et cela dans son discours du 19 janvier 2022 :

« Je n'ai pas d'autre désir que d'être utile à mon pays. »

Plus encore qu'être « Charlie », en défendant cette conception héritée des Lumières, et respectueux comme lui des institutions, Françaises, Français, nous sommes tous « Emmanuel Macron » : tous autant que nous sommes, quand nous faisons valoir notre droit à contrôler le bon fonctionnement de l'État, nous n'exprimons nul autre désir que celui de se rendre utile à notre pays.

C'est à ce titre que je me pose quelques questions :

  • Pourquoi le président sortant n'accepte-t-il pas le débat avec les autres candidats du premier tour ?
  • Pourquoi, quand Laurent Toubiana dépose une pétition au Sénat pour obtenir les données sur la mortalité en France toutes causes confondues, sa pétition est-elle refusée ? Ces données devraient être librement disponibles et accessibles à tous.
  • Pourquoi, quand Me Protat demande une audition pour la question prioritaire de constitutionnalité qu'elle a formulée, le Conseil constitutionnel la lui refuse-t-il sans aucunement justifier sa position ? A minima une décision motivée devrait être de mise.
  • Pourquoi les décisions pour la gestion de la crise sanitaire sont-elles adoptées secrètement par un Conseil de défense ?
  • Pourquoi imposer une 4ᵉ dose alors que des traitements précoces sont utilisés efficacement dans bien des pays, ce alors qu'il n'y a eu aucune étude concernant la 4ᵉ dose ?
  • Pourquoi enfreint-on les règles évidentes de précaution et du consentement libre et éclairé ?

Je ne suis pas policier, mais à l'instar de l'inspecteur Colombo : « Je me demande bien pourquoi ».

Pendant la crise sanitaire, les citoyens experts ont joué un rôle critique dans l'analyse des décisions du gouvernement et se sont pris à ce jeu du contrôle. Et c'est leur droit. Mais malgré ça, président de la République, Gouvernement et Parlement ont écouté la seule voix des covidistes, amplifiée par la caisse de résonance médiatique.

L'État français souhaite-t-il respecter ce droit hérité de notre Révolution ?

Le cas échéant, la confiance n'excluant pas le contrôle, cela ne devrait poser aucun problème à l'État si des citoyens français demandaient à l'ONU un contrôle des élections, ou même à tout autre pays jugeant important le respect de ce droit inscrit dans la Déclaration des droits de l'homme. Il s'agirait là d'un moyen pour que la France fasse preuve de sa bonne volonté de sortir du groupe des "démocraties défaillantes" dans laquelle le célèbre journal The Economist a classé notre pays pour la seconde année d'affilée.

Si tout se fait de manière loyale en France, dans « le respect de l'Etat de droit »  qui est si cher à notre Président, il n'y a absolument aucune raison que son propre Gouvernement s'y oppose...

Tenez ! Tant qu'on y est, on pourrait même demander au cabinet de conseil McKinsey de mener à bien cette mission, la mener pour le peuple et avec, bien sûr, les deniers du peuple. De cette façon, ce coup-ci, le client de McKinsey sera effectivement le peuple, et non pas un sous-ensemble. Tous ensemble.

Les cops parisien, le cop marseillais, le cop lyonnais, le cop nantais, etc... les cops de tous les clubs de football de France confirment :

« Qui ne contrôl(e) pas n'est pas Français. Sait ! Qui ne contrôl(e) pas n'est pas Français. Sait ! »

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