Le couvre-feu est mort hier soir

Le couvre-feu est mort hier soir

Publié le 12/06/2021 à 12:22
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Auteur(s): FranceSoir

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Qui a dit que les révolutions arrivaient par la bourgeoisie ?

Hier soir, peu après 23 heures, l'heure actuelle du couvre-feu - car oui, le virus est passé à l'heure d'été, pour ceux qui n'auraient pas suivi - un match d'anthologie se déroulait Porte d'Auteuil, où le maître des lieux, Rafael Nadal, tombait pour la première fois de son piédestal, déboulonné par un immense Novak Djokovic.

L'Espagnol aux treize victoires à Roland-Garros avait déjà vu son invincibilité sur la terre battue parisienne écornée par deux fois, mais il était alors diminué physiquement, et ce n'était jamais arrivé à ce stade du tournoi (demi-finale). C'est en cela que le Serbe, numéro 1 et maître du tennis mondial, sauf peut-être pour la popularité où il peine à se hisser au niveau de son adversaire d'hier et plus encore à celui de l'icône Roger Federer, a réussi un exploit hier soir : au bout d'un bras de fer intense et magnifique, il a battu un Rafael Nadal en pleine possession de ses moyens, et sans doute encore au sommet de son art malgré les années qui passent. Un exploit historique !

Mais quittons le sport pour revenir à nos... moutons. Dûment vaccinés, testés, tracés, mais pas franchement isolés, les spectateurs du central étaient dans tous leurs états hier, et pas seulement par le spectacle offert. Ils redoutaient que le couperet de la permission de 23 heures ne les prive de la suite et la fin de ce match dont ils goûtaient chaque échange exceptionnel. Ils ont chanté, hué, réclamé, vouant Guy Forget (le directeur du tournoi) aux gémonies, avant de l'acclamer... Une versatilité aussi impressionnante qu'un grand écart en bout de course de Novak Djokovic. Et c'est par une miraculeuse "grâce présidentielle" que la mesure a été exceptionnellement levée, selon le bon plaisir des "autorités" (sic).

Tant mieux pour les spectateurs, tant mieux pour le sport, tant mieux pour le spectacle et pour le tournoi qui s'est épargné la risée d'un tel match arrêté... net. 

Seulement, "en même temps" (au sens propre), des centaines de jeunes se faisaient chasser de l'esplanade des Invalides à coups de gaz lacrymogènes. Réunis notamment pour une soirée "Projet X" - mais il convient de préciser que les soirs précédents, l'esplanade était aussi noire de monde -, ils ont vu débarquer la police surarmée, qui les a dispersés manu militari. La confrontation a tourné court, trois sets secs, pas de rab, circulez.

Bien sûr, les belles âmes ont une nouvelle fois entonné leur rengaine : "comparaison n'est pas raison", "ces jeunes, même s'ils ne risquent rien pour eux-mêmes, font circuler le virus", "à Roland-Garros, les spectateurs respectaient un protocole sanitaire strict" : piqués, "passés" - bientôt pucés ?

Peu importe que la population ne soit pas la même - sur le court Philippe-Chatrier, la moyenne d'âge était nettement plus élevée... Peu importe que vaccination, tests, masques et autres mesures n'aient qu'une efficacité toute relative (voire imaginaire pour certaines) sur la contamination. Peu importe que les amateurs de tennis soient plus statiques que les jeunes fêtards. Peu importe donc que le "protocole sanitaire" comporte en réalité une bonne part de fétichisme - si l'on était taquin, on pourrait même le taxer de "rassurisme", voire de "placebo"...

Peu importe, toujours, que dans une optique de "gestion du risque", il soit infiniment plus raisonnable de laisser les jeunes, enfermés depuis des mois, s'ébrouher dehors, avec un risque minime sinon nul, plutôt que de les renvoyer dans leurs pénates, où ils poursuivront la soirée, entassés dans leurs studios, résidences étudiantes, dormant les uns chez les autres en raison... du couvre-feu - ne nous attardons pas davantage sur les méandres de cet Absurdistan tant de fois disséqués. Peu importe, enfin, qu'en réalité le risque théorique, tout bien pesé, tous facteurs confondus, ne soit en rien indéniablement supérieur sur les pelouses du 7ème que dans les gradins du 16ème.

Peu importe la réalité, au fond : on a eu droit aux inévitables réactions outrées et empreintes de "virtue signaling" (vertu ostentatoire) de tous les apprentis kapos du covid. "Ces jeunes irresponsables..." "les gens font n'importe quoi..." "il ne faudra pas venir pleurer quand on aura une quatrième vague"... Peu leur chaut que ce soit le trente-septième épisode du genre, sans qu'aucun foyer épidémique n'ait jamais été constaté à chaque fois qu'ils se sont indignés de la sorte : ni la fête de la musique, ni les carnavals, ni les manifestations (Black Lives matter, climat, et tant d'autres), ni le Puy du Fou, ni les pique-niques sur les quais... n'ont joué le moindre rôle avéré dans une quelconque flambée épidémique.

Mais quoi qu'en disent les derniers des Mohicans covidistes, bien moins audibles que lors des épisodes précédents, au fond, le couvre-feu est mort hier soir.
Une démonstration par l'absurde, qui lui a porté le coup de grâce.

On nous reprochera de faire à notre tour du "wishful thinking" ? De la "pensée désidérative" ? Pas seulement - trop, c'est trop, la courbe du chouinage semble s'inverser cette fois. Mais admettons-le, pour une part, c'est un voeu pieux, ou de la méthode Coué, absolument ! Et pourquoi pas, après tout ?

Va-t-on enfin réaliser à quel niveau d'absurdité nous sommes tombés pour que des spectateurs d'un match de tennis en viennent à chanter joyeusement "merci Macron", pour avoir levé la permission parentale (lui qui n'a pas d'enfant), selon son bon plaisir ? L'idiocratie heureuse est-elle vraiment un puits sans fond ?

Est-il fou de songer que le syndrome de Stockholm (bien mal nommé en l'espèce...) a peut-être atteint un point de basculement hier ? De non-retour ?

Est-il si insensé de croire que cette séquence aussi savoureuse que pathétique a montré une fois pour toutes que "le roi est nu" ?
Le roi n'étant pas ici le président, mais la doxa sanitaire ?

Et si on laissait au seul Jean-François Delfraissy le port du masque en extérieur jusqu'au 30 juin (sic) ? Et si on envoyait promener une bonne fois pour toutes ces policiers en civil qui débarquent à 23h10 aux terrasses des restaurants pour houspiller les restaurateurs - "on ferme Monsieur, le virus est de sortie !" ?

Et si on se rappelait qu'il est temps de se souvenir de qui nous sommes ?

Vive la responsabilité, vive la liberté ! Le couvre-feu est mort hier soir. Paix à son âme damnée.


PS : nous renouvelons notre invitation au Défi de la vérité adressée à Emmanuel Macron. Peut-être l'occasion d'y présenter ce faire-part de décès d'une mesure à l'efficacité jamais prouvée ? Nous aurions bien transmis la même invitation au Premier ministre Jean Castex, mais apparemment, il est en quarantaine... bien que vacciné ! Nous souhaiterions donc pouvoir échanger avec le président sur "la rationalité des Lumières" dont il se réclamait le 14 juillet dernier, au regard de... l'obscurantisme qui s'est abattu hier soir sur "la nuit aux Invalides".

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Un couvre-feu invalide... du moins à Roland-Garros.

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