La littérature peut trouver son chemin dans la rue - Francis Spectre

La littérature peut trouver son chemin dans la rue - Francis Spectre

Publié le 06/09/2021 à 10:10 - Mise à jour à 10:46
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Auteur(s): FranceSoir

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Rencontre avec Francis Spectre, auteur auto-édité de L'Insoumis, un récit ravageur refusé par les maisons d'édition...

Mis en scène par un avant propos particulièrement dénonciateur, suivi d'une mise en bouche bien crue et d'une fornication expéditive, on se doute que le petit Jonhatan - celui que son père rêve Insoumis - aura bien des choses à raconter, ou plutôt à nous faire remarquer, sur notre société.

Le petit Jonathan grandissant, pointe du doigt ça, ça et ça. Le manque de curiosité lié à la croissance, l'éducation inversée, l'importance du détail, l'absence de concentration, l'auto-censure intellectuelle, la fuite face à la réflexion, le pouvoir de l'imagination, le rapport aux écrans, à l'école et à l'autre, le rôle divin des chiens, mais aussi et surtout l'insoumission que son géniteur lui envie. Entre beaucoup d'autres choses, ces mots sont une invitation naturelle à la question et à la réflexion perpétuelles, desquelles nous manquons cruellement, soit dit en passant.

Avec une plume audacieuse et un style franc, le récit pas si fictif de Francis Spectre se rapproche immanquablement de la conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole, plus vieux et outre atlantique : une critique acerbe et habilement déguisée de notre société. Peut-être même que dans le réel, les histoires respectives de ces deux auteurs se ressemblent elles aussi...
 
Les maisons d'édition que vous avez contactées ont refusé votre manuscrit. Pourquoi ? Quelle a été votre réaction ?
 
Je pense qu’il y a trois raisons à leur refus. Tout d’abord, les maisons d’éditions sont débordées par les manuscrits. Ensuite, mes livres ne sont pas formatés, ni dans le langage, ni dans les thèmes abordés. Et en dernier lieu : je n’ai aucun contact dans le milieu de l’édition. Mes chances d’être publié étaient minces. De plus, j’avais déjà eu des manuscrits refusés. Mais cette fois-ci, au lieu de le vivre comme un désastre, ça m’a stimulé. Je crois dur comme fer que lorsqu’une œuvre est bonne, elle peut survivre, même dans des conditions extrêmement difficiles. J’ai donc décidé de me lancer dans l’autoédition.
 
Depuis quelques années vous vendez donc vos bouquins vous-même. Pouvez-vous nous raconter votre aventure ?
 
J’ai commencé par démarcher une dizaine de librairies dans différentes villes. Elles ont toutes refusé. Pas la place, pas le temps, pas l’énergie pour défendre un livre dont personne n’a entendu parler. Encore une fois, j’aurais dû être abattu, mais pas du tout. Ca m’a donné une sorte de ferveur complètement irrationnelle. Je savais que mon livre trouverait ses lecteurs, d’une manière ou d’une autre. Alors j’ai essayé plusieurs choses : dépôt en restaurants, dans des boutiques, dans des lieux associatifs. J’ai fait des salons et des lectures publiques. Les gens de mon village, en Dordogne, ont commencé à en parler. Et puis j’ai essayé les marchés. Un bouquiniste m’a invité sur son stand. Un dimanche, on a fait une séance dédicace improvisée et ça a tout de suite fonctionné. Aujourd’hui, j’ai mon propre stand et à ce jour, j’ai vendu plus de 3000 exemplaires.
 
À tous points de vue, quelles ont été les principales leçons que vous avez tirées de cette expérience ?
 
Défendre ses bouquins entre un étal de poulets rôtis et un banc de fromages, c’est une expérience qui enseigne un grand nombre de choses. Tout d’abord, je me suis aperçu que la lecture touchait absolument tout type de personnes. Pauvres, riches, jeunes, vieux, cultivés, pas cultivés, hommes, femmes, peu importe. Pourvu qu’il y ait une étincelle de curiosité. Pourvu aussi qu’on leur tende la main, qu’on rende le livre attrayant, qu’on arrive à en parler avec passion. Donc ça c’est la première leçon : il n’y a pas de ‘lectorat-type’ ou de ‘cible’. La science du marketing est totalement inadaptée à la littérature. Chaque personne a une sensibilité qui dépasse le cadre de ces étiquettes. C’est la deuxième leçon : la subjectivité. L’histoire change à chaque lecteur, à chaque lectrice. Personne ne peut de prédire leur réaction. D’être aussi proche des lecteurs m’a fait comprendre que lorsqu’on s’immerge dans un livre, on fait plus que se l’approprier, on devient co-auteur de l’histoire.
 
Au cours de l'année précédente, vous écrivez et publiez la suite de l'Insoumis : Barbarisme. Y a-t-il un message particulier que vous cherchez à faire passer à travers ces deux ouvrages ?
 
Pas particulièrement, non. C’est à chacun et chacune de découvrir le message qui l’attend dans les pages. Je pense que l’art est un miroir déguisé en chemin. Lire un livre c’est comme un rêve, une aventure paradoxale où on sort de soi… tout en plongeant profondément à l’intérieur de soi. Moi, le message que j’y trouve me concerne. Avec le recul, ce qui me frappe c’est que dans les trois livres, la rue y est omniprésente. Comme si les livres voulaient m’indiquer une direction... Ce qui explique peut-être pourquoi je suis persuadé que si la littérature doit trouver un nouveau souffle, c’est dans la rue que ça se passe.

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