Chronique N°58 – « Nous mettre sous cloche, enferme aussi le virus. C’est très cloche, bandes de cloches ! » 3ème volet, la santé mentale

Chronique N°58 – « Nous mettre sous cloche, enferme aussi le virus. C’est très cloche, bandes de cloches ! » 3ème volet, la santé mentale

Publié le 23/04/2021 à 12:55
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Auteur(s): François Pesty, pour FranceSoir

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Avec un tel niveau d’incertitude, comment peut-on considérer comme robustes les spéculations de ce travail ? Le pompon, c’est lorsque l’on apprend que l’étude a observé une augmentation du risque de s’infecter lorsque l’on a fréquenté les « bars, restaurants, et salles de sport ». Ils étaient tous fermés sur la période ! On peut vraiment se demander si ce travail ne correspond pas plutôt à une commande faite par l’exécutif (Chef d’Etat, Premier ministre et gouvernement) auprès de l’Institut Pasteur, afin de pouvoir justifier toutes les mesures prises qui, elles n’ont jamais été évaluées sérieusement…

Bon, après, avoir constaté que la majorité des contaminations se font à l’intérieur des foyers familiaux et surtout entre conjoints, on se doutait bien que ce n’était pas au milieu des champs… La conclusion qu’il fallait en tirer, c’est qu’il ne faut surtout pas enfermer les gens ! Vraiment, il n’y a pas photo. Ce sont bien les résultats de l’étude japonaise (Miyaki et al.), essai clinique prospectif, randomisé et contrôlé, réalisé en quasi-cluster, qui doivent guider l’appréciation du rapport bénéfice/risque du télétravail ou de la mise en quarantaine, chez eux des salariés symptomatiques. Pas l’enquête épidémiologique biaisée de l’Institut Pasteur ! Bref, en réalité, le télétravail déporte les contaminations dans les foyers !

A force de fermer, rouvrir, confiner, déconfiner, couvrir le feu, le découvrir, on ne réduit pas les contaminations, simplement on les déplace. Quelques exemples :

- Quand on passe d’une jauge de 20.000 m2 à 10.000 m2, dans les « grands » centres commerciaux, on déplace les clients dans les magasins plus exigus qui sont restés ouverts, ce qui favorise le brassage et les contaminations…

- Lorsque les supermarchés sont forcés de fermés leurs rayons « non-essentiels », la clientèle se masse sur une surface plus étroite pour mieux se contaminer…

- Quand on ferme les écoles et que les parents veulent continuer à travailler, on va contaminer les grands-parents qui vont les garder chez eux !

- Lorsqu’on a confiné strictement tout le pays en mars 2020 alors que le virus circulait très vite (R0 = 3) et sans connaître qui était contagieux, l’exécutif a pris des risques inconsidérés dans les quartiers défavorisés où 10 personnes ou plus vivent dans 30 m2 avec 3 ou 4 générations sous le même toit,

- Quand on prône le télétravail, on oublie que la réduction des contaminations sur les sites de l’entreprise est minime, mais qu’en même temps on multiplie par deux les contaminations dans les foyers (Etude Miyaki et al. : ici , retrouvée et analysée par l’incontournable Collaboration Cochrane dans sa dernière revue méthodique avec méta-analyse publiée le 20 novembre 2020 (ici) ; à (re)découvrir dans ma précédente chronique (ici)…

- Lorsque l’on ferme les restaurants, bars, salles de spectacles, cinémas, théâtres, cirques, salles de sports, stades…, les gens vont ailleurs ou pire, ils restent chez eux pour mieux se contaminer les uns les autres…

- Dans le même temps, alors que l’on n’a pas confiné strictement les résidents très âgés (hébergement en chambres individuelles) et que l’on a continué à servir 3 repas par jour en salle à manger, on a contribué à l’hécatombe dans le grand âge !

Et, c’est tout bonnement, de cette manière que ceux qui nous gouvernent ont fini par rendre le virus endémique. Ils n’ont toujours pas compris (nos énarques, épidémiologistes, infectiologues, réanimateurs, virologues, médecins de santé publique…), que le confinement est une mesure qui n’a jamais prouvé la moindre efficacité à stopper une pandémie à virus respiratoire. Bien au contraire, la balance « bénéfice / risque » pourrait fort bien être négative pour toutes ces mesures.


3. La santé mentale à tout âge, victime collatérale du confinement et des enfermements

Commençons par rappeler que le ministère de la Santé a généré et génère encore beaucoup d’anxiété. Nous avons tous en mémoire les points presse du Directeur général de la santé (DGS), Jérôme Salomon, qui pendant les premiers mois de la pandémie égrenait tous les soirs de longues séries de chiffres mortifères. Aujourd’hui, les supermarchés (le mien en tous cas) relayent selon une fréquence rapprochée les messages du ministère de la Santé. Idem pour les radios publiques. A titre d’exemple, voici le spot radiophonique particulièrement anxiogène du ministèreé auquel nous avons droit sur la radio d’information continue leader, France Info (Se caler à 18:33 du fichier d’enregistrement audio : ici).

Avec une voix masculine très grave et dramatisante, venue des ténèbres « Actuellement, des formes plus contagieuses du coronavirus circulent. Pour ne pas nous contaminer les uns, les autres, il est essentiel de nous isoler dès que c’est nécessaire. Au moindre doute, dès les premiers symptômes, je m’isole et je fais un test. Si mon test est positif, je reste isolé 10 jours et j’alerte mes contacts. Si j’ai été en contacts avec une personne positive, je me fais tester et je m’isole immédiatement pendant 7 jours, même si mon test est négatif [1]. Vous avez besoin d’aide pendant l’isolement ? Appelez le 0800 130 000. Vous pourrez recevoir un accompagnement matériel, médical ou psychologique. Ensemble, faisons bloc contre le coronavirus. Ceci est un message du Ministère des solidarité et de la santé. »

[1] En quelque sorte, si on a vu l’ombre de l’ombre d’un cas contact, on doit s’isoler…

Le 23 mars 2021, France Info se faisait l’écho d’une réunion à Matignon sur la santé mentale des françaises et des français, autour de Jean Castex et d’Olivier Véran (Fichier audio : ici), alors que d’après le journaliste qui officiait « Les hospitalisations des moins de 15 ans pour motifs psychiatriques sont en hausse de 80% selon la pédopsychiatre Angèle Consoli, invité ce matin de nos confrères de France Inter (ici).

Ouvrons donc une parenthèse « Angèle Consoli », interviewée par Léa Salamé : « Vous exercez depuis vingt ans à l’hôpital de La Pitié-Salpétrière, le plus grand service de pédopsychiatrie en France, et vous avez fait entrer il y a un mois avec votre nomination, la psychiatrie au sein du Conseil Scientifique. Puisque, jusqu’à vous, il n’y avait pas de psychiatre depuis un an, dans le Conseil Scientifique. Une réunion a lieu aujourd’hui à Matignon sur la santé mentale des Français. Le gouvernement craint la déprime et l’effondrement psychologique avec ce troisième confinement. A Matignon, on reconnait que la santé mentale n’a pas été assez bien prise en compte et on promet de nouvelles mesures. Avez-vous le sentiment d’être mieux écoutée, plus écoutée qu’il y a 3 mois, 6 mois, ou un an ? »

Angèle Consoli « Alors je crois qu’il y a une inquiétude qui est apparue et qui a émergée à l’automne et qui a été transmise et reprise par les médias, et je pense aujourd’hui que la santé mentale et les préoccupations pour la santé mentale sont fortes. Et j’espère que ça va porter ses fruits en termes de mesures, parce que cette crise covid ne fait qu’exacerber des difficultés à un système qui est depuis longtemps en grandes tensions ».

Léa Salamé « C’est-à-dire que le système était déjà ultra-tendu, mais là, avec le covid, vous voyez les explosions de cas partout, c’est ça ? Les hospitalisations qui augmentent partout ? Dans toutes les régions ? »

AC « Il y a des populations particulièrement vulnérables et c’est vrai qu’on va parler des enfants et des adolescents, mais c’est vrai que quand par exemple un adolescent doit être hospitalisé, parce que par exemple il y a un risque suicidaire majeur, et qu’on passe l’après-midi ou des heures à chercher un lit d’hospitalisation pour finir par dire à ses parents et au jeune qu’il doit rentrer chez lui parce qu’on n’a pas de place, c’est particulièrement préoccupant et source de tension pour nous et assez douloureux de travailler dans ces conditions ».

LS « Les enfants, ces oubliés de la pandémie, disait hier le Professeur Richard Delorme dans le JDD. Il parle d’une explosion des hospitalisations, chez les jeunes de moins de 18 ans et des tentatives de suicide, une explosion des tentatives de suicide chez les moins de 15 ans, surtout depuis le deuxième confinement. C’est ce que vous constatez également ? »

AC « Oui, alors, il y a des retours du terrain, de tous nos collègues sur l’ensemble du territoire national, qui montrent effectivement beaucoup de demandes de soins, de consultations, d’indications d’hospitalisation, beaucoup d’idées suicidaires et de crises suicidaires, avec des jeunes qui relèvent de soins psychiatriques. Hein, on n’est pas, alors, il y a un continuum entre une forme de détresse, de stress et de manifestations légères et des décompensations psychiatriques relevant de soins. Donc ça, ce sont les retours du terrain. Et, il y a aussi des données épidémiologiques maintenant qui sont plus fiables, parce qu’il y en a très peu dans notre discipline. Mais, par exemple, les données de Santé Publique France montrent effectivement une augmentation des symptômes dépressifs chez les moins de 15 ans. Avec une augmentation des passages aux urgences sur l’ensemble du territoire et du nombre d’hospitalisation après passage, par exemple, qui a augmenté de 80%. Et de même pour la tranche 12-17 ans, symptômes anxieux, dépressifs et crises suicidaires ».

LS « Alors, on sait que le fait de plus pouvoir fêter leur anniversaire, d’arrêter les activités sportives, le judo, la boxe, de vivre avec un masque, perturbe énormément les enfants et les moins de 15 ans. Est-ce qu’il y a des signes qui doivent alerter les parents ? »

AC « Oui, alors je crois qu’il y a des signes qui doivent alerter les parents. Un changement de comportement, ce qu’on appelle une rupture avec le fonctionnement ou l’état antérieur. Quelque chose qui change. Les parents peuvent dater, ah ben, depuis 2 semaines, 3 semaines. Alors, ça peut être dans un sens où il est plus irritable, plus colérique, plus explosif, hein. Avec des manifestations comme ça plus comportementales. Mais ça peut être aussi dans un sens où il est plus en retrait, il s’isole, ou carrément, hier encore, on me parlait d’une jeune qui s’était mise à pleurer. Quasiment tous les jours, elle pleure. Voilà. Donc, ça, ce sont des signes qui doivent alerter. Qui doivent alerter aussi à l’école. Hein, il y a aussi des psychologues scolaires, même s’il n’y en a pas beaucoup. Des médecins scolaires à l’université pour les étudiants. Et aussi, tous les réseaux de soins, pédiatres, médecins généralistes. Voilà, il faut qu’on soit vigilants, il y a un impact sur la santé mentale à prendre en compte ».

LS « Vous dites, dès qu’on observe chez un enfant, chez un adolescent un changement de comportement, c’est ça qui doit alerter. C’est le changement, c’est ça ? Et là, on consulte immédiatement ».

AC « Ah, on peut déjà parler avec son enfant, quel que soit son âge, avec des mots adaptés ».

LS « C’est quoi les mots ? »

AC « C’est quoi les mots ? Ça dépend de l’âge. Je crois qu’un adolescent on peut carrément lui demander « Pourquoi tu pleures autant ? », « Pourquoi tu es aussi irritable ? », « Est-ce qu’il y a des choses qui t’inquiètent ? qui te préoccupent ? », mais un petit aussi, avec des mots aussi adaptés « Qu’est-ce qui t’inquiète ? », « Qu’est-ce qui t’angoisse ? ». Je me souviens d’une petite fille qui disait « toutes mes poupées sont mortes, elles ont eu le covid, parce qu’elles ont embrassé, elles ont fait un bisou à un homme qu’elles ne connaissaient pas », vous voyez ce sont les comtes de fées revisités ».

LS « Qu’est-ce qu’on répond ? Qu’est-ce que vous avez répondu à cette petite fille quand elle vous dit toutes mes poupées sont mortes à cause du covid ? Parce que ça c’est chez tous les enfants là maintenant. On parle de la maladie, de la mort, certains enfants aussi culpabilisent d’avoir contaminé leurs parents, ou leurs grands-parents, ou ont peur de les contaminer. Qu’est-ce que vous répondez à ça ? »

AC « Bien sûr, c’est extrêmement anxiogène, donc je crois que déjà en parler, déjà parler, on a montré que ça réduisait le niveau d’anxiété. De parler de leur représentation, de ce qu’ils sont en train d’imaginer. Et puis, d’avoir un discours clair, apaisant et qui peut être aussi rassurant. Hein, il y a par exemple, la vaccination, vous en parliez à l’instant, on voit bien que ça a un effet dans certains pays où ils sont plus avancés que nous, que ça a quand même un effet important sur la réduction de la tension hospitalière [2] et de la circulation du virus [3]… »

[2,3] Pas d’accord avec cette affirmation. Pour démontrer la relation de cause à effet, il aurait été nécessaire de randomiser en grappe dans un essai clinique prospectif contrôlé, en comparant des groupes vaccinés et non vaccinés comparables sur la pyramide des âges et sur la présence des principales comorbidités

LS « Et ça, c’est donc une des réponses pour les enfants, de leur dire on a trouvé le vaccin, ça va aller mieux demain ».

AC « Oui, une des réponses, sans être complètement, mais de se projeter vers l’avenir, même s’il ne sera pas tout à fait pareil. Il sera meilleur ».

LS « Vous dites, il ne faut pas submerger les enfants d’infos anxiogènes. Il faut continuer à les faire rêver, penser à les encourager à être créatifs. Il faut qu’ils écoutent des podcasts. C’est ça ce que vous disiez ? »

AC « Alors, j’ai parlé de ça. Ce que vous m’avez dit là... »

LS « Allez, on va faire la pub pour France Inter. « Oli » (ici) et « Les Odyssées » (ici), ça marche très bien pour les enfants, quel que soit leur âge ».

AC « Eh bien, j’ai découvert ça, moi, personnellement, pendant cette période et je crois que pouvoir, pouvoir rêver, pouvoir imaginer, et pouvoir voyager dans sa tête, les livres, les podcasts, sont importants ».

LS « Et le rapport aux écrans, qu’est-ce que vous avez à dire ? J’imagine que c’est une question que tous les parents vous posent. L’obsession aux écrans ? »

AC « Alors, oui, c’est un problème qui ne date pas de la crise covid. Mais, c’est vrai que ça peut susciter. Le fait de moins voir ses pairs, de moins avoir d’interactions sociales, de moins sortir, évidemment, on se retrouve à la maison et ça peut favoriser quand même qu’il y ait plus de. Voilà, il faut quand même qu’il y ait des limites, il faut garder des interactions, des interactions sociales et je voulais dire aussi que dans le champ de la petite enfance, c’est aussi une vigilance à avoir, puisqu’on a vu aussi augmenter le nombre de consultations, pour retard de langage… »

LS « Des 0-3 ans, vous dites. Il y a eu une augmentation des consultations pour les 0-3 ans ».

AC « Oui, pour trouble du sommeil, et pour des difficultés d’attention, de conflits intra-familial, et je crois que c’est important d’avoir une vigilance dans ce domaine-là, et une vigilance, je vous le disais juste avant dans le champ du handicap ? Hein, par ce que ça a été particulièrement difficile, toute la période du confinement, suivi de l’été, pour les personnes, pour leurs familles, pour les aidants, avec une certaine forme d’épuisement. Une difficulté peut être à respecter aussi les gestes et les mesures barrières, dans cette population. Et puis, comme vous le disiez toujours, parfois des comorbidités qui font qu’il y a une inquiétude, une inquiétude d’amener le virus, que les personnes soient malades. Vous savez, il y a une étude sur les patients, les personnes avec trisomie 21 qui ont montré qu’ils avaient beaucoup plus de risque d’être infectés et de présenter des formes graves. Ils ont aussi des comorbidités ».

LS « Hier, toujours dans le JDD, le Professeur Delorme expliquait que 5% de chômage en plus chez les parents signifie 30% à 40% de maladie mentale de plus chez les enfants. C’est vraiment ça ? Un père ou une mère qui bascule au chômage, c’est une chance beaucoup plus élevée pour l’enfant d’être traumatisé ? »

AC « Alors, traumatiser, c’est peut-être, mais effectivement, les difficultés que vont rencontrer les parents vont avoir effectivement un impact direct sur la dynamique familiale et sur le bien-être de leurs enfants. Sans être non trop culpabilisant. Mais c’est quand même pour ça qu’il y a besoin d’accompagnement et d’aide. Mais, c’est vrai qu’on sait en santé mentale qu’il y a deux facteurs de risque majeurs, qui sont des facteurs de risque qu’on retrouve dans cette pandémie et dans son impact sur la santé mentale, c’est la précarité sociale, les difficultés économiques et l’isolement social ».

LS « Et c’est pour ça que les écoles restent ouvertes, c’est pour ces deux raisons que le gouvernement a fait le choix de laisser les écoles ouvertes. Merci à vous Angèle Consoli. Merci d’être venue nous parler de ça ».

Fermons à présent cette parenthèse « France Inter » pour revenir sur France Info, ce 22 mars 2021, qui interviewait un autre psychiatre, le Pr Michel Lejoyeux (Se caler à 0:17 de l’enregistrement audio : ici)

La journaliste (Probablement Marie Bernardeau) « Bonjour Professeur Michel Lejoyeux, vous êtes chef du service de psychiatrie et d’addictologie à l’Hôpital Bichat, à Paris, Professeur à l’Université (Paris) Diderot. Vous signez notamment « Les 4 saisons de la bonne humeur » aux éditions Jean-Claude Lattès. Merci d’être avec nous sur France Info. La santé mentale, c’est une problématique urgente, cette santé mentale des Français en général ? Il faut s’en saisir au sommet de l’État ? »

Pr Michel Lejoyeux « Bien sûr. Alors, moi, j’ai l’honneur de présider une commission, qui est la commission nationale de psychiatrie, qui réfléchit à cette question de l’offre de soins, à la question de la prévention. Moi, je vois trois situations émerger. 1. Une nouvelle population d’adultes jeunes, ou d’adolescents, qui sont en difficultés. Difficultés dans leurs études, difficultés pour l’accès au travail. 2. Une explosion des situations d’addiction. C’est tellement facile d’avoir recours à un petit alcool, à un petit apéro, qui est l’exemple même du faux ami. Et la troisième chose, c’est que nos files actives de patients, déjà suivis en psychiatrie, les déprimés, les handicapés, les anxieux, les psychotiques, eux, n’accèdent plus à leurs soins habituels, et vont plus mal. Donc, évidemment qu’il y a une urgence à les prendre en charge ».

La journaliste « Il faut plus de moyens, Professeur Lejoyeux ? »

Pr MJ « Il faut, bien sûr des moyens, et les soignants ne vont pas vous dire autre chose. Et, il faut aussi une stratégie, en psychiatrie, je crois, comme dans les autres disciplines. Avec, un dépistage, de ceux qui vont le plus mal. C’est exactement comme le covid. Une prévention, une capacité qu’on a collectivement à augmenter notre résistance à ce stress. Et puis, évidemment, une offre de soins. A la fois une offre de soins classique pour ceux qui allaient déjà mal, et une offre de soins probablement un peu originale, un peu innovante, avec probablement des psychothérapies un peu différentes, pour ces nouveaux traumatisés psychiques du Covid-19 [4] ».

[4] Un peu vaporeux notre psychiatre. Dommage que le journaliste n’ait pas creusé plus pour lui faire clarifier l’originalité et le caractère « innovant » de ses thérapies. Au passage « innovant » ne veut rien dire de plus que « nouveau ». Ce mot galvaudé ne préjuge en rien du progrès ou non apporté par la nouveauté, comme le dit très bien le physicien Etienne KLEIN (ici)

La journaliste « Ces nouveaux traumatisés psychiques du covid, est-ce qu’ils ont un profil particulier, un âge, je ne sais pas, ou ça peut être absolument tout le monde ? »

Pr MJ « Pour moi, je vois deux profils particuliers, ce premier, comme je vous l’ai dit, c’est cette population d’adultes jeunes qui subit la double peine. Ils suivent leurs cours en distancielle, ils ont des difficultés financières, ils ont des difficultés familiales. Et puis une autre chose qui émerge maintenant, c’est cette notion de covid long. C’est-à-dire que, allez je ne veux pas dire un chiffre, mais aux environs de 30% des personnes infectées par le covid, qui ont eu peur, qui ont eu une déstabilisation à la fois de leur vie professionnelle et de leur vie psychique ont des séquelles dépressives qu’on commence à voir et qu’on commence à reconnaitre et qui sont multifactorielles. Ces deux populations là, sont des nouveaux, des nouvelles victimes. Et puis on reste extrêmement vigilant, quant à une augmentation de prévalence des troubles psychiatriques classiques ».

La journaliste « Le gouvernement, à l’image d’Olivier Véran, par exemple, refuse de parler de confinement ? On n’empêche pas les Français de sortir, dit le ministre des Solidarités et de la Santé. Ne pas dire confinement, dire plutôt nouvelles mesures, nouvelles restrictions, c’est de la sémantique ? ça change quelque chose ça, pour l’impact sur le moral, la santé mentale ? »

Pr MJ « Vous savez, quand les médecins font, établissent des causalités, ils se trompent très souvent. On a un faisceau de facteurs. Vous voyez bien que ce qui fait qu’on va bien ou pas bien, ce sont évidemment ces questions-là, c’est aussi notre vie personnelle. C’est aussi notre relation au produit. Moi, je pense que par exemple, un peu d’activité physique. C’est ce que j’écris aussi dans mes bouquins, quelques moments de déconnexion, de rêverie, quelques petits rendez-vous avec soi, qui sont des rendez-vous, ce que j’appelle de renaissance, de résilience, sont aussi des facteurs. Donc, n’allons pas établir une sorte de causalité qui est vraiment fausse entre telle annonce et l’état mental collectif d’une population ».

La journaliste « Vous l’avez déjà un petit peu abordé ce sujet, Professeur Michel Lejoyeux, la prochaine question que je vais vous poser. Mais, quel conseil vous pouvez donner, si on vit mal la situation actuelle ? »

Pr MJ « Je crois vraiment que nous sommes dans un moment où la santé doit être protégée. Santé physique, évidemment, par la protection vis-à-vis du virus, le traitement de ceux qui vont plus mal. Et puis, vous savez, retrouver des temps pour soi. Retrouver un petit temps pour soi. Ça peut être un temps de lecture, ça peut être un temps de musique. Ça peut être quelques activités agréables, chargées d’émotions positives, et surtout ne pas se tromper. Faire la différence entre la tristesse, la colère. Tout cela ce sont des émotions désagréables. Mais on est encore, dans émotion, il y a le mot « motion », l’esprit bouge encore, on est encore en action. Et puis des cas de maladie, avec la perte d’envie, le ralentissement, la culpabilité, où là, il faut d’urgence faire appel à un système de soins ».

La journaliste « Est-ce qu’on a besoin d’un cap aussi ? Parce que je vois par exemple, que le Monsieur Vaccins, du gouvernement, le Pr Fischer, évoque la possibilité d’une vie normale à l’été, l’automne. Des horizons, c’est important ça ? »

Pr MJ « Bien sûr que c’est important. Nous avons toujours besoin d’anticiper des choses positives et nous savons que de toutes façons, cette épreuve-là ne durera pas non plus. Cette idée du caractère transitoire, même très long et épouvantablement long, de l’épreuve, est importante. Pour le dire autrement, vous savez, je l’ai beaucoup écrit. L’optimisme, la capacité à projeter quelque chose de positif sur soi, est un facteur de résistance, de résilience. Là le problème c’est qu’en plus de ce facteur d’anticipation, il faut tenir dans un présent qui s’étire et qui est de plus en plus traumatisant ».

La journaliste « Professeur Lejoyeux, vous êtes chef du service psychiatrie et addictologie à l’hôpital Bichat, la Cour des Comptes estime que le remboursement des psychologues libéraux par l’assurance maladie doit être généralisé dès que possible. Est-ce que pour vous, c’est une bonne idée ça ? »

Pr MJ « Alors, évidemment qu’on a besoin de soutien psychothérapique et évidemment que c’est une bonne idée. Il faut quand même un, un, j’allais dire un corollaire, quand on rembourse, c’est qu’on sache exactement ce qui se fait. Quand on rembourse des consultations médicales, on a des objectifs, on a des praticiens formés avec des critères précis ? On a un encadrement des pratiques. Donc, rembourser Oui, rembourser en adaptant bien l’offre à la réponse, me parait la condition [5] ».

[5] Faudrait quand même pas confondre psychiatre et psychologue !

La journaliste, résumant l’ensemble de l’interview [6] « Merci beaucoup Professeur Michel Lejoyeux…, vous nous le dites sur France Info, faisons attention à ne pas régir totalement la vie des personnes au plan sanitaire. Pour vous ce qui s’exprime à travers ce carnaval non autorisé hier à Marseille, c’est un épuisement, une absence de visibilité sur l’avenir, on est nous dites-vous, face à un stress tout à fait inédit. Il peut y avoir des réactions de colère, de l’exaspération qui sont un indice de déni de la réalité. C’est votre avis, il est sur France Info ».

[6] Retrouver la première partie de l’interview du Pr Lejoyeux, où il commentait le trop fameux carnaval de Marseille, sur ma chronique N° 56 : ici)

Le même jour, dans l’après-midi, France Info diffusait plusieurs témoignages (Se caler à 7:15 de l’enregistrement audio : ici)

Le journaliste, Julien Langlet « On a beaucoup parlé du « mal-être » des étudiants dans cette crise sanitaire. Des dégâts psychiques importants. Cette période, elle est particulièrement difficile pour les jeunes, mais aussi les plus jeunes, les enfants. On va en parler dans un instant avec la présidente de la société française de pédiatrie, mais on va d’abord écouter ce témoignage de Lucie, 19 ans. Elle est élève en terminale. Elle vit très difficilement l’isolement. Lucie « Ça m’arrive souvent le week-end, enfin, quand je suis toute seule chez moi, mais enfin, ça me soule. J’ai envie de sortir. Mais, je ne peux pas. Il y a des petits moments de déprime, parce qu’on se sent vachement seule. Enfin, je veux dire même pour rencontrer des gens. Euh, des mecs et tout, euh (rire), on peut plus, c’est triste. Des fois, le soir quand on est chez soi, quand on est tout seul dans son lit, on se dit, mais qu’est-ce que je fous-là quoi ? »

JL « Voilà ce témoignage de Lucie, 19 ans. Donc, élève en terminale. Mais, ces dégâts psychiques depuis un an touchent aussi les plus jeunes, les enfants. Et le CHU de Nantes, justement, tire la sonnette d’alarme. Notamment, la chef de service de pédiatrie qui est avec nous. Christelle Gras-Leguen, vous accueillez beaucoup d’enfant en ce moment ? »

Pr Christèle Gras-Leguen (Se caler à 8:07 de l’enregistrement audio : ici) « Effectivement, depuis plusieurs semaines maintenant, hein, il y a une augmentation tout à fait spectaculaire du nombre des enfants qui consultent aux urgences ou qui sont hospitalisés pour des détresses et des inquiétudes autour de leur santé mentale ».

JL « Alors, là, on parle bien d’enfants, c’est-à-dire, à partir de quel âge ? »

Pr Ch G-L « Alors, les plus jeunes qui sont admis aux urgences ont 8, 9 ans, et on accueille les enfants, dans le service où je travaille, jusqu’à 16 ans. Mais, il semblerait que cette situation touche tous les âges, avec des symptômes et des présentations qui sont très différents en fait ».

JL « Vous n’aviez jamais vu ça ? »

Pr Ch G-L « Alors, c’est effectivement historique. On avait déjà avant cette pandémie une augmentation tous les ans des consultations pour des motifs pédopsychiatriques. Mais, sans communes mesures avec ce qu’on observe aujourd’hui ».

JL « Alors, de quoi souffrent-ils ? De quelles pathologies exactement ? »

Pr Ch G-L « Alors, les enfants qui arrivent, sont anxieux pour beaucoup, stressés, ont des troubles du sommeil, ont des idées noires, sont tristes, et certains même, ont fait des passages à l’acte, et des tentatives de suicide ».

JL « Alors, quel est le profil, s’il y en a un ? Le profil de ces enfants ? Est-ce que ce sont des enfants déjà en difficulté que vous suivez régulièrement ? Ou alors, un public que vous n’aviez jamais vu auparavant ? »

Pr Ch G-L « Alors, on se doute bien que dans ces situations de crise, ce sont toujours les plus fragiles et les plus vulnérables qui sont concernés en première ligne. Et sans surprise, on a vu des enfants qui faisait l’objet déjà de difficultés familiales ou sociales, et qui étaient parfois déjà suivi pour des soucis pédopsychiatriques. Mais, pour autant, ce n’est pas du tout du tout, la totalité des enfants. Et au moins la moitié d’entre eux étaient des enfants sans histoire, pour lesquels il n’y avait pas eu d’alerte jusqu’alors ».

JL « Et quels sont les signes justement, qui doivent peut-être alerter les parents qui nous écoutent ? Pour savoir si leur enfant justement a un problème et des difficultés avec cette crise sanitaire ? »

Pr Ch G-L « Alors, il n’y a pas de, il ne faut pas inquiéter les parents. Ce n’est pas dans un ciel serein où tout d’un coup, il y a un geste dramatique. C’est pas du tout ça. Ce sont des enfants qui vont mal, qui l’expriment, qui présentent des symptômes qui sont tout à fait bruyants et pour lesquels les parents vont être alertés. Ce sont des enfants qui mangent moins bien, qui dorment moins bien, qui ont des crises de colère ou au contraire des crises de pleurs. Donc, ce sont des choses qui sont spectaculaires. Et bien évidement, les parents ne peuvent pas passer à côté et sauront aller consulter ».

JL « Comment on résout ces problèmes ? Ils restent longtemps à l’hôpital ? Comment vous travaillez avec eux ? Comment les remettre en forme ? »

Pr Ch G-L « Alors, il y a, bien évidemment, autant de façons de faire que d’histoires personnelles et il n’y a pas de grandes règles. Ce qu’il faut, c’est pouvoir les rassurer, pouvoir s’il faut les héberger quelques jours à l’hôpital dans un endroit rassurant où on pourra faire le point avec eux, avec leurs familles. Et puis surtout faire le lien avec les médecins traitants, et puis toute la médecine ambulatoire susceptible de les aider à supporter le stress environnant et puis parfois des éléments déclenchants qui leurs sont personnels ».

JL « Est-ce que l’absence d’école, lors du premier confinement a été aussi, peut-être une des raisons de cette affluence au sein de votre service ? »

Pr Ch G-L « Alors, c’est difficile à dire. Par contre, ce que l’on peut affirmer, c’est que la fermeture des écoles pendant le premier confinement a été l’occasion de constater très rapidement les effets tout à fait délétères de l’arrêt de la collectivité et de l’absence de vie sociable pour les enfants. On a vu une flambée de violences intrafamiliales. Les appels au 119 ont explosé et on a vu des effets sur les inégalités sociales tout à fait spectaculaires en termes d’apprentissage. Donc les effets délétères de la fermeture d’école ont été bien établis. Est-ce que c’est ça qui parle aujourd’hui ? Je ne sais pas du tout. Mais, en tous cas, on se félicite que ces écoles aient pu être ouvertes par la suite pour limiter autant que faire se peut les dégâts de cette période déjà très stressante ».

JL « Pour vous, il y a plus de bénéfice à laisser les écoles ouvertes que fermées ? »

Pr Ch G-L « Ah, oui, tout à fait. On a aujourd’hui accumulé les données qui montrent que les enfants sont très peu en cause dans la contamination du virus. La plupart des contaminations, elle a lieu en intra-familial, et l’école n’ait qu’exceptionnellement en cause dans des clusters ou des contaminations. Par contre, les bénéfices sont évidents et donc la balance, là aussi, est évidente ».

JL « D’accord, parce que ça fait débat quand même »

Pr Ch G-L « Je sais que ça fait débat avec des critères qui sont parfois surprenants pour lesquels la balance bénéfice / risque n’est pas la même pour tout le monde. Et je pense que tant qu’on ne prendra pas en compte les bénéfices de la scolarité, eh bien, on fera fausse piste, puisqu’effectivement, la solution à la pandémie, elle n’est pas à l’école. Mais, elle est bien en dehors de l’école et en particulier dans les campagnes de vaccination [7] ».

[7] Nous verrons bien. Pour l’heure, il me semble très prématuré de penser que la vaccination à elle seule permettra d’en terminer avec cette pandémie virale

JL « Merci, Christelle Gras-Leguen, je rappelle que vous chef de service de pédiatrie au CHU de Nantes, également présidente de la Société Française de Pédiatrie ».

Le 12 avril 2021, la même radio d’information continue diffusait le reportage de Philippine Oisel, sur les dégâts collatéraux dans les crèches du port du masque par les adultes (Retrouvez l’intégralité de l’enregistrement audio : ici)

Frédéric Carbonne (Journaliste présentateur, chaque jour aux commandes de France Info entre 12h et 14h) « Et dans une minute, la relève est dans ce studio. Le prix du jeune reporter a été remis ce matin. Vous avez entendu pas mal de ces reportages le mois dernier. Philippine Oisel, bravo à elle qui a obtenu le prix, est avec nous après le fil info. Une heure moins dix, Olivia Chandioux « Un dépistage covid à la maison, c’est possible depuis aujourd’hui. Ces autotests arrivent progressivement en pharmacie. Attention, s’il est positif il faut aller faire une PCR en laboratoire pour confirmer le résultat. Un nouveau vaccin en France également aujourd’hui, l’américain Janssen, une première livraison de 200.000 doses. Elles serviront à vacciner les Français de plus de 55 ans ».

Frédéric Carbonne « Tous les jours, à cette heure-ci, pendant le mois de mars, vous avez entendu les reportages des étudiants d’écoles en journalisme à qui France Info avait choisi de donner le micro. L’occasion d’avoir leur regard sur cette période si particulière, l’opportunité aussi, puisqu’un jury forcément bienveillant et exigeant, devait décerner le prix du meilleur de ces reportages. Ça n’a pas été facile, avec 2 mois de stage à France Info. Et nous accueillerons bientôt dans cette rédaction Philippine Oisel. Bonjour ».

Philippine Oisel « Bonjour »

Frédéric Carbonne « Vous êtes étudiante au CUEJ, le Centre Universitaire d’Enseignement de Journalisme de Strasbourg. Ça n’a pas dû être évident pour vous depuis un an. Journalisme. La distanciation sociale. Apprendre ce métier, ça passe forcément par des rencontres, par être auprès des gens. Ça a dû être particulier quand-même, ces derniers mois ? »

PO « Oui, c’est ça, les gens ne nous accueillent pas forcément facilement. C’est dure de s’imposer, de dire voilà, je voudrais faire un reportage sur tel ou tel sujet. Ils disent « bon, il faudra respecter les distances, il faudra respecter les gestes barrières », mais, bon, après, quand on explique bien tout ça, ça se passe plutôt bien au final ».

Frédéric Carbonne « Le masque, en reportage ? Parce qu’on va écouter votre reportage qui est sur le masque en crèche. Le contact avec les gens que vous rencontrez en reportage, ça complique. Ce n’est pas forcément simple. En même temps, vous n’avez jamais connu autre chose, puisque vous commencez ».

PO « Ben, ce n’est pas forcément simple parce que voilà. On aime bien voir les expressions du visage sur les gens qu’on va interviewer au final. Mais, parfois, ça m’arrive de retirer le masque, si je me trouve loin avec la distance, et tout, pour montrer, voilà, qui je suis. Et puis, ça se passe bien ».

FC « Et vous aimeriez savoir derrière le masque de l’interlocuteur qui il y a ? Ça complique des fois ? » 

PO « C’est un peu intriguant. Parfois, les gens se présentent aussi en enlevant leur masque. Parfois, on ne saura jamais qui il y aura vraiment derrière ce masque-là. Mais, ça va ».

FC « C’est ça qui vous a donné l’idée d’aller regarder le masque à la crèche. Oh, c’est d’autres enjeux les tous petits. Mais, c’est ça qui vous a donné cette idée-là ? ».

PO « Mais, un peu. Je me suis dit, au final, est-ce que le fait que les adultes portent le masque en permanence, est-ce que cela aura un impact sur le développement des bébés, parce que, parce que ouais, ils apprennent, les enfants, à lire sur les lèvres. Enfin, les émotions s’apprennent sur le visage, en fait. C’est hyper important. Donc, sans ça, est-ce que les enfants se développent quand-même ? Est-ce qu’il y a des différences ? Donc ».

FC « Vraies questions que vous aviez en allant faire ce reportage dans une crèche de Strasbourg. On l’écoute ensemble. On se retrouve après ».

Le reportage de Philippine Oisel sur France Info :

PO « Les bébés s’amusent avec leurs jouets à la crèche de la petite bulle. Ils sont entourés d’adultes masqués, mais s’habituent à ces demi-visages. Mathias est papa d’une petite fille de deux ans. Mathias « Les enfants, ils ne voient pas nos expressions, ils ne voient pas forcément les sourires. Mais, eux doivent s’y habituer tout doucement quand-même. Ça m’inquiète un petit peu, parce que quand on remarque que ça va faire un an que l’on est dans cette situation sanitaire, ça représente plus de la moitié des vies de certains enfants ici ». PO « La petite fille reconnait ses parents, mais pas toujours les personnes qu’elles n’a vu qu’une ou deux fois ». Mathias « C’est possible qu’elle ne les reconnaisse pas. Ça dépend de la fréquence où elle voit les personnes. Après, c’est sûr que si elle rencontre la maman d’un copain, des gens comme ça dans la rue, masqués, je suis obligé de lui dire « tiens regarde, le papa de Simon, ou un tonton, une tata qu’elle a moins l’habitude de voir, surtout en ce moment, vu la situation ». PO « A la crèche, le masque est obligatoire pour tous les adultes. Sidonie, éducatrice, explique le danger pour les bébés « On a observé vraiment une disparition des expressions faciales chez les bébés, vraiment. Et ça, de façon spectaculaire, dès le départ du port du masque. C’est-à-dire qu’ils ne sourient quasiment plus et ils ont une expression assez neutre sur la journée. Et ils se désintéressent de nos visages aussi. PO « Pourtant, c’est là que tout se passe. Le visage est un outil de travail dans le monde de la petite enfance. Sidonie « Quand on s’adresse à un bébé, on se met à sa hauteur et on se fait reflet miroir de ses expressions du visage en fait. Un bébé qui nous regarde avec une moue, on va le regarder aussi avec un air un peu triste, en lui demandant « mais qu’est-ce que tu as ? ». PO « Les bébés apprennent à parler en lisant sur les lèvres. Alors, les professionnels redoutent que le masque ne retarde l’acquisition du langage ».

Frédéric Carbonne « Effectivement, quelles traces laisseront ces mois, encore une fois, tellement particuliers. Je ne vais pas donner de secrets du jury, Philippine Oisel. Mais, il y a eu beaucoup de discussion. Il y avait d’autres excellents reportages. Une grosse dizaine, quatorze avaient été sélectionnés et on peut peut-être dire que ce sont l’originalité, la sensibilité, dont vous faites preuve dans ce reportage qui vous a valu ce prix. C’est intéressant, parce quand on entend ces questions sur le sourire, le visage, mais du coup, on est à la radio. Est-ce que la voix est encore plus importante que d’habitude, dans ces lieux comme les crèches ? »

PO « Evidemment. En fait, on observe une compensation par rapport à ce masque. Et en fait, les gens au sein des crèches, parlent plus fort. Parce qu’en fait, les bébés ne reconnaissent pas forcément qui parle. Donc, il faut parler plus fort pour essayer de vraiment se distinguer parmi qui parle au sein des éducateurs. Donc, en fait, on observe un niveau sonore plus élevé dans les crèches. Ce qui est plutôt désagréable en fait ». 

FC « Oui, donc, du coup, ça créé une ambiance moins feutrée, au moins pour les petits. »

PO « Oui, c’est moins doux. Moi, j’ai vu, ils s’interpellent, ils crient presque en fait, pour vraiment que les enfants puissent distinguer qui parle. Et c’est, ça, c’est vraiment un vrai problème en fait ». 

FC « Qu’est-ce qu’elles vous disent les éducatrices qui sont des femmes ? Qu’est-ce qu’elles vous disent ? Qu’il leur tarde vraiment d’enlever le masque ? »

PO « Oui, oui. Que parfois, elles le font, en se mettant loin évidemment des enfants, pour qu’ils puissent voir les visages. Et, elles observent quelque chose d’intéressant. C’est, que quand elles enlèvent leur masque, eh ben les bébés raccrochent un peu aux émotions et commencent à sourire un peu. Donc, au final, on voit que ça a un vrai impact, quoi ».

FC « Hum, qui laissera encore une fois des traces. Reportage impressionniste, j’ai envie de dire, ce n’est pas les plus simples à faire. C’est ça que vous aviez envie de faire ? »

PO « Impressionniste »

FC « Toucher à quelque chose qui est évidemment une réalité, mais qui ne sont pas des faits, comme ça, bruts avec des chiffres et autres. C’est ça qui vous intéressait là-dedans ? » 

PO « Ben, oui, ça, c’est une question d’avenir. Pour l’instant, on ne sait pas ce qui va se passer. Peut-être que l’impact ne sera pas aussi important qu’on prévoit. Mais, en fait, c’est un peu un angle mort dans ces sujets. On n’est pas dans de l’immédiat, on n’est pas dans les questions de confinement, de couvre-feu, de crèches qui ferment. On est dans, un peu de l’inconnu en fait. On ne sait pas trop ce qui va se passer ».

FC « Et les parents, ils ont une forme d’inquiétude ? J’imagine que vous avez parlé avec eux aussi ».

PO « Ils, j’ai parlé avec eux, ouais. Oui, ils trouvent que les enfants reconnaissent moins bien leurs proches. Par exemple, des oncles, des tantes, comme j’explique un peu dans le reportage. Alors, que pourtant ce sont des gens de la famille. Des gens qui sont censés être familiers. Mais, comme ils les ont vu qu’une fois, deux fois, eh ben, ils ne raccrochent pas au visage. Et ça, c’est aussi un problème, source d’inquiétude ».

FC « Il ne faut sans doute pas exagérer les impacts non plus. Ça ne va pas fabriquer des générations de bébés qui plus tard auront moins de contacts sociaux. Mais, voilà. Ça existe et ça laissera des traces. Je vous remercie infiniment, Philippine Oisel, je vous souhaite la bienvenue à France Info, votre stage de deux mois, on ne sait pas encore quand, mais bientôt. Vous êtes donc la lauréate de ce prix des jeunes reporters. Une opération qu’on a été ravi vraiment de faire pendant tout le mois de mars avec toutes les écoles de journalisme en France, associées à France Info, partenariat évidemment naturel. Vive la relève ! ».

Le 14 avril 2021, Le Pr Elisabeth (Lisa) Ouss, pédopsychiatre à l’hôpital Necker était également interviewée sur France Info (Retrouvez l’intégralité de son interview : ici)

Nicolas Teillard, journaliste animateur qui est quotidiennement aux commandes de France Info entre 17h00 et 20h00 « La santé mentale des français a souffert de la crise sanitaire. C’est un sujet qui inquiète les autorités et particulièrement chez les enfants et les adolescents. Les conséquences de cette période sont encore difficiles à estimer précisément, mais les spécialistes s’accordent à dire que les confinements, la chute de socialisation, les angoisses aussi liées à l’épidémie auront forcément des répercussions qui peuvent être importantes. C’est d’ailleurs, dans un service de psychiatrie de l’enfant que le chef de l’État est en ce moment-même en visite au CHU de Reims et pour en parler, notre invitée. Bonsoir Lisa Ouss ».

Pr Elisabeth Ouss « Bonsoir. »

NT « Vous êtes professeur en pédopsychiatrie à l’hôpital Necker à Paris, également membre du collectif inter-hôpitaux. Derrière ce constat et ces mots parfois un peu vagues de détresse mentale, psychologique. Quelle est la réalité ? Qu’est-ce que vous voyez dans vos services ? ».

Pr Elisabeth Ouss « On a constaté depuis le mois de septembre, depuis l’automne, une altération de la santé mentale qui se manifeste par un recours beaucoup plus important aux urgences, aux consultations, avec à la fois des enfants qui par exemple, font des tentatives de suicide, de plus en plus jeune, de manière de plus en plus grave, avec des moyens beaucoup plus radicaux. Et ce qui est nouveau, des décompensations psychiatriques comme on n’en n’avait rarement vu, à la fois en quantité et en intensité ».

NT « C’est quoi exactement, une décompensation psychiatrique ? »

EO « Ce sont des enfants qui se mettent à, qui étaient relativement stabilisés avec un suivi, et qui se mettent à avoir des symptômes psychiatriques très bruyants, perdre leur rapport avec la réalité et nécessitent des soins psychiques qui sont habituellement dispensés dans des services de pédopsychiatrie. On les voit arriver en pédiatrie et aux urgences pédiatriques actuellement ».

NT « Ça veut dire, plus de patients, des patients plus jeunes, des cas plus violents ? »

EO « Oui, beaucoup plus de patients, après une diminution des tentatives de suicide d’environ au moins la moitié au premier confinement, on a remarqué qu’il y en a probablement de 25 à 40% de plus actuellement et avec des enfants que nous ne voyons pas avant et des procédés que nous ne voyons pas non plus ».

NT « Ça veut dire quoi des profils différents des enfants que vous ne voyez pas avant ? »

EO « Ce sont des enfants qui font des tentatives de suicide avant huit ans, avec des modalités assez impressionnantes. Ce sont des enfants qui étaient à peu près stabilisés et qui, à la faveur de la déscolarisation, du délitement de toutes les infrastructures sociales, familiales, amicales, n’arrivent plus à suivre le cours normal de leurs vies. Ils s’expriment de manières très variées ».

NT « Avec un lien évident, avec cette vie si difficile depuis plus d’un an ? »

EO « Il y a un lien absolument évident, la plupart des services français et même à l’étranger, nous disent qu’il y a une déferlante qu’on n’a jamais vue et le lien est tout à fait majeur ».

NT « On parle là de cas très graves, dans ce que vous nous décrivez et on imagine que cette détresse-là, elle est aussi partagée par l’entourage, par les parents ? »

EO « Absolument, on voit à la surface, à la crête de la vague, on voit les enfants qui sont le plus en difficultés. Mais, on sait aussi derrière que nos collègues en libéral, reçoivent aussi des enfants qui peuvent parler de leur détresse ».

NT « La jeunesse est touchée, parce que c’est une cible plus fragile ? »

EO « C’est une cible plus fragile parce qu’elle dépend de manière très étroite de l’environnement, de l’environnement très proche, de l’environnement scolaire, de l’environnement sociétal. Et comme tous les fondements sont actuellement bousculés, c’est comme un édifice qui s’écroule comme un château de cartes ».

NT « Avec un âge où les enfants sont en plein développement, où tout est plus important ou le besoin de repère est beaucoup plus fort ? »

EO « Le besoin de repère, le besoin d’avoir une certaine sécurité qui leur permet d’aller explorer le monde est tout à fait nécessaire. Et en même temps, cette sécurité minimale actuellement n’est plus là. Au premier confinement, il y avait une espèce d’infrastructure qui tenait les familles et la société. Mais, cette infrastructure est beaucoup plus difficile à tenir maintenant ».

NT « Il y a clairement un effet d’usure ? Avec le temps qui passe, avec la durée de cette crise interminable ? »

EO « Il y a un effet d’usure très clair. L’effet d’usure que nous connaissons tous nous-même, l’effet d’usure que connaissent aussi les professionnels de la santé. Et l’effet d’usure que des enfants qui vont bien, manifestent par exemple en ne souhaitant plus sortir, en voulant rester confiné chez eux. En ayant perdu l’appétence aux choses qui leur plaisaient auparavant ».

NT « J’allais y venir. On a parlé de cas très graves. Est-ce qu’il y a aussi, de manière plus difficile à percevoir, une forme de déprime générale qui peut provoquer après assez rapidement des basculements ? »

EO « Oui, il y a une déprime générale et une espèce de fatalité, qui désigne aussi la jeunesse comme une espèce de, enfin, tout un champ sacrifié de la société. Et ce pessimisme ou cette absence d’optimisme, ou cette absence de possible, est quelque chose qui mine les enfants et les adolescents ».

NT « Bon. C’est un constat très difficile que vous dressez ».

EO « Très difficile »

NT « mais, qui est important. Je voudrais aussi qu’on essaye d’aider, peut-être ceux qui sont concernés par ce genre de choses ou qui se disent « ça peut aussi arriver à mes enfants, à mes ados ». Comment est-ce qu’on peut voir ces choses-là ? Comment on peut agir ? »

EO « Toute modification dans le comportement qui soit dans le retrait, la discrétion, la perte de parole, ou au contraire, dans l’agitation, ou la sollicitation, tout ce qui peut être différent du comportement habituel, est quelque chose qui doit nous alerter, pas forcément parce que c’est grave, mais, parce qu’il faut à ce moment-là, questionner l’enfant. Et tout le monde n’est pas actuellement disponible pour le questionner ».

NT « Il faut en parler, il faut s’aérer le plus possible, il faut essayer que ça sorte ? »

EO « Il faut vraiment offrir des champs, des espaces de parole, des espaces de partage, des espaces de jeu, où l’enfant ou l’adolescent se sente autorisé, sans avoir le sentiment qui pourrait déstabiliser ou détruire son entourage, le laisser parler de ce qui est difficile pour lui ».

NT « Et consulter, si besoin ? »

EO « Alors, consulter si besoin ? Quand nous dressons un tableau un peu difficile de la santé mentale, parce que, je rappelle quand même qu’actuellement nous avons une crise très difficile sur une profession qui était en difficulté. Ça ne veut pas dire que nous ne sommes pas disponibles. La profession, la discipline est très soudée et nous restons toujours disponibles pour les situations difficiles. Donc, il ne faut pas hésiter à en parler à l’entourage. L’entourage scolaire, lorsque les écoles sont ouvertes, la personne de confiance à laquelle on se sent d’en parler ».

NT « Ça peut être dure pour des parents de faire le pas aussi, d’emmener ses enfants voir des spécialistes sur ce sujet ? »

EO « C’est très difficile pour les parents. C’est assez souvent. Ils sentent ça comme un aveu d’impuissance, comme un aveu de faiblesse, alors qu’aller consulter un professionnel de la santé mentale, c’est déjà le signe qu’on a décidé que les choses se passaient autrement. Et en général, c’est un, pour nous en tous cas, un geste très positif de la part de l’entourage. Mais, ça les remet souvent en question ».

NT « Un tout dernier mot concernant la prise en charge. Est-ce que les moyens sont au rendez-vous ? »

EO « Les moyens ne sont pas au rendez-vous. Nous alertons depuis des années et le Président de la République a lui-même soutenu que c’était une priorité, la santé publique et la santé mentale. Les moyens manquent. On nous demande de plus en plus d’être disponibles pour la maltraitance, la radicalisation, le neurodéveloppement, les troubles du comportement, les malaises sociétaux, sans nous en donner les moyens. La population d’enfants a quasiment doublé, alors que le nombre de psychiatres a diminué par deux. Et toutes les disciplines associées sont en nombre insuffisant. Donc, nous sommes en graves difficultés pour pouvoir répondre de manière adaptée telle que nous le voudrions à tous les besoins pédopsychiatriques et de santé mentale de l’enfant et de l’adolescent ».

NT « Eh bien, c’est une parole inquiétante, mais très importante, que la vôtre ce soir Lisa Ouss, Professeur en pédopsychiatrie à l’hôpital Necker, à Paris. Merci infiniment d’avoir bien voulu nous apporter cet éclairage sur France Info ».

J’ai jugé intéressant de cartographier les conflits d’intérêts répertoriés dans la base transparence santé pour les 4 psychiatres interviewés sur France Info. Alors, voici le résultat de mes investigations :

On note que d’une manière générale les psychiatres ont moins de liens d’intérêts déclarés dans la base transparence santé que les autres spécialistes habitués des plateaux TV et des radios (infectiologues, réanimateurs, virologues, épidémiologistes, médecins de santé publique…) Le cas de Mme le Pr Angèle CONSOLI est exemplaire. Comme quoi, il est possible d’être « PU-PH » et de ne pas avoir de conflits d’intérêts avec les firmes de la santé, principalement les laboratoires pharmaceutiques…

Pour conclure, nous constatons bien une convergence des experts pour dire que le confinement et les mesures de fermetures s’accompagnent d’une nette dégradation de la santé mentale à tout âge, mais particulièrement préoccupante chez les jeunes adultes, les adolescents et les enfants. Nous retiendrons le chiffre de 80% d’augmentation des hospitalisations après passages aux urgences

Pour autant, nous manquons d’indicateurs fiables

- Nombre de tentatives et de décès par suicide,

- Nombre d’homicides et de tentatives

- Violences faite aux femmes et aux enfants,

Pourquoi Santé publique France n’a-t-elle pas comptabilisé les nombres de personnes hospitalisées dans les établissements de santé mentale ? On pourrait aussi étudier les variations de la consommation des médicaments psychotropes (anxiolytiques, antidépresseurs, somnifères, antipsychotiques) en fonction des phases de confinement / déconfinement). Une idée pour une prochaine chronique.

Auteur(s): François Pesty, pour FranceSoir

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