Chronique N°73 – « L’euthanasie active du grand âge s’est très certainement poursuivie pendant la quatrième vague en EHPAD et à domicile »

Chronique N°73 – « L’euthanasie active du grand âge s’est très certainement poursuivie pendant la quatrième vague en EHPAD et à domicile »

Publié le 09/10/2021 à 11:32
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Auteur(s): François Pesty, pour FranceSoir

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CHRONIQUE - Après les troisième et quatrième vagues de l’épidémie covid en France, j’avais hâte de réactualiser mon étude sur l’utilisation des trois benzodiazépines injectables utilisés dans l’euthanasie active, appelons les choses par leur nom, de personnes âgées résidentes d’EHPADs ou à leur domicile, refusées par les réanimations hospitalières et en phase « asphyxiques », quel horrible mot, de leur syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA) suite à une forme grave de la covid, que la très mal nommée « Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP) » proposait de traiter par une association de morphine (pour soulager la douleur) et donc d’une benzodiazépine injectable, aux propriété puissamment sédatives. Un cocktail explosif autorisé officiellement par un décret du 28 mars 2020, pris par Edouard Philippe et Olivier Véran, qui initialement entérinait une « prescription hors AMM dans le cadre du Covid-19 » prévue à titre dérogatoire jusqu’au 15 avril 2020, mais sans cesse repoussée

Voir ma chronique du 22 octobre 2020 : "Combien de morts sur ordonnances en EHPADs ou à domicile avec le Rivotril, à cause du covid et des refus d’hospitaliser?"

Ce lundi 4 octobre 2021, le téléchargement des données de remboursements des médicaments (Nombres de boîtes, base de remboursement et montants de remboursement) sur le site ameli.fr (ici) ne permettait d’accéder qu’aux données de janvier à mars 2021.

Nous sommes quand même au mois d’octobre. Assurance maladie, réveillez-vous… Je commençais à m’impatienter (il m’est arrivé dans le passé d’attendre plus d’un an des données que l’Assurance maladie tardait à mettre en ligne…). Mais, un peu par hasard, il y a quelques jours, Google ayant été un peu plus perspicace, je tombe sur une autre page du site ameli.fr (ici), mise en ligne apparemment le 15 septembre 2021, avec en bas de page, encore fallait-il aller jusque-là, une partie des données que j’attendais depuis des mois…. Un pas de géant, nous avons les données manquantes jusqu’au mois de juillet 2021 inclus.

Vous me direz, dommage qu’ils n’aient pas mis en ligne aussi août. Car, effectivement, lors de la quatrième vague, le pic de décès à l’hôpital avait été atteint le 25 août 2021. Alors que nous sommes à présent bien entrés dans le mois d’octobre, nous pourrions avoir aussi septembre 2021…

Ne boudons pas notre satisfaction d’avoir pu avancer de quelques mois. Je n’attendrai pas six mois de plus. Nous ferons le moment venu une quatrième actualisation de cette étude… Il est vrai que la dernière mise à jour de mon étude, datait du 17 février 2021, et couvrait la période janvier 2015 à décembre 2020 (Voir ma chronique N°52). Nous avions montré que les pics de surprescription (par les médecins) et de surdélivrance (par les pharmaciens) exerçant en pharmacie de ville, observés pour les trois benzodiazépines injectables, coïncidaient parfaitement avec ceux des décès de résidents en Ehpad ou à l’hôpital.

En effet, nous avions une hécatombe de décès de résidents survenus en EHPADs et à l’hôpital, en avril, mai, novembre et décembre 2020, comme nous pouvions hélas le constater sur le graphique suivant :

Le fait que les pics d’utilisation des benzodiazépines injectables observés en avril, juin, octobre, novembre et décembre 2020, coïncidaient avec les semaines les plus meurtrières pour les résidents, n’était sans doute pas lié au hasard…

Les données qui viennent d’être mises en ligne par l’Assurance maladie permettent une actualisation jusqu’à juillet 2021 inclus :

Il y a juste un hic. Depuis le 3 juin 2021, Santé Publique France ne publie plus aucune des trois données hebdomadaires qui permettaient de suivre la situation dans les EHPADs. A savoir, les nouveaux cas confirmés covid-19 chez les résidents, les nombres de décès de résidents survenus en EHPAD, et survenus à l’hôpital. Ma chronique de février portant sur le sujet, y est peut-être pour quelque chose…

Devant cette dissimulation insupportable, j’ai fait le 4 septembre officiellement par courriel une demande directement à la girectrice générale de Santé publique France, Madame Geneviève Chêne. Voir ci-dessous :

Comme la loi m’y autorise, n’ayant au bout d’un mois reçu aucune réponse de l’institution, j’ai saisi la CADA. Voir ci-dessous :

Santé publique France nous a quand même donné un hochet [1]. Sa grossière stratégie de brouillage des pistes par laquelle elle a régulièrement modifié la granulométrie ou le format des données qu’elle publiait, dans les fins de dissuader, de gêner ou de rendre impossible le suivi de la situation sanitaire par le citoyen lambda (j'en suis un) est manifestement payante pour masquer la responsabilité de celles et ceux qui ont si mal géré la crise… Je donnerai plus loin deux ou trois exemples.

[1] Hochet « Chose vaine et futile, qui flatte » (Le Petit Larousse Illustré Edition 2020)

En l’occurrence, alors que nous avions chaque semaine les nombres de décès cumulés depuis le 1er mars 2020, survenus chez des résidents en EHPADs et à l’hôpital, colligés dans le tableau suivant, il était aisé par soustraction des données de la semaine précédente d’en déduire les nombres de décès hebdomadaires. Ce tableau a disparu des points épidémiologiques hebdomadaires nationaux à compter du 3 juin 2021 et ces données ne sont plus accessibles !

En lieu et place, le nombre total de décès survenus dans les établissements sociaux et médico-sociaux (sans le détail des EHPAD), apparait dans la rubrique narrative intitulée « Hospitalisations, admissions en soins critiques et décès ». Voir l’extrait du point épidémiologique du 30 septembre ci-dessous.

Le souci, c’est que les données n’étant pas « consolidées » - les établissements ne les remontent pas toujours en temps et en heure…-, elles sont modifiées parfois deux ou trois semaines plus tard…

D’une façon générale, Santé publique France a drastiquement réduit ses rapports hebdomadaires comme l’indique la courbe suivante :

Mes recherches montrent tout de même que 307 décès confirmés covid-19 sont à déplorer pendant la quatioème vague dans les établissements médico-sociaux.

Ne nous a-t-on pas expliqué (Olivier Véran) qu’ils étaient presque tous vaccinés et donc protégés ?

L’exclusion ou l’éviction des résidents d’EHPAD et personnes du grand âge qui s’étaient vus refuser l’entrée à l’hôpital et notamment en réanimation, quelle qu’en soit la raison (saturation des lits, arbitrage en faveur des plus jeunes…), a conduit inexorablement à la perte totale de chance lorsqu’ils étaient atteints d’un syndrome détresse respiratoire aiguë (SDRA) à la suite d’une infection par le SARS-COV-2. Il est donc parfaitement pertinent d’analyser l’évolution de l’occupation des lits de réanimation selon les différentes tranches d’âges. Voici le dernier graphique que j’avais actualisé à la fin du mois de juin

Pour réaliser ce graphique édifiant, un sujet dont les médias ont évité de parler, les données sources étaient extraites du tableau 3, ci-dessous.

 

Ce tableau a évidemment fait les frais de la réduction de 90% du contenu des rapports de SPF. À compter du point épidémiologique du 16 juillet 2021, exit le tableau 3… Cependant, il a été possible de récupérer des données proches, mais dans un format différent, par extraction avec Géodes, sur le site de SPF (ici). Nous sommes alors passé de 5 classes d’âges à 10, ce qui occasionne une rupture dans les données. Les analyses ne sont plus superposables…. 

Voici donc le graphique qui objective l’éviction des 60 ans et + des services de réanimation, lors des 1ère, 2ème, 3ème et 4ème vague :

Pour conclure, et en attendant le bon vouloir de l’Assurance maladie pour qu’elle mette en ligne les données de remboursement des médicaments correspondantes aux mois d’août et de septembre 2021 (se souvenir que le pic de mortalité de la quatrième vague a eu lieu l’avant-dernière semaine d’août), il me semble, que la manière la plus élégante pour démontrer la poursuite de l’euthanasie active de résidents d’Ehpad ou de personnes du grand âge à leur domicile, est d’employer la méthode des cumuls annuels mobiles (12 derniers mois glissants). Celle-ci permet immédiatement de déceler les ruptures de pentes, et donc les périodes où on a recouru aux fâcheux protocoles de la SFAP.

La divergence, dès le mois d’avril 2020, par rapport à la droite tendancielle préexistante (droite noire en pointillés) qui déclinait lentement depuis décembre 2015 - ces benzodiazépines injectables étaient essentiellement utilisées avant l’arrivée du covid dans l’état de mal épileptique -, témoigne à chaque hausse qui écarte la courbe de plus en plus de cette droite, de la poursuite au moins jusqu’à juillet 2021 des prescriptions et des délivrances hors AMM de ces 3 benzodiazépines, principalement le Valium 10mg/2ml solution injectable, suite au protocole proposé par la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs…

Il faut bien dire que ce protocole dans sa version du 4 octobre 2020 est absolument introuvable, car non fléché depuis la page d’accueil du site de la SFAP (ici). À croire que la société savante le cache… Vous le trouverez en suivant ce lien : ici. La dernière reconduction de ce dispositif autorisant sans jamais la nommer, l’euthanasie active de résidents ou de personnes âgées à leur domicile, sans date limite, remonte à l’arrêté du 1er juin 2021 (ici). Nous avons appris ces derniers jours que les hôpitaux ont continué pendant la pandémie à fermer des lits…

Il est parfaitement incompréhensible d’avoir privilégié l’euthanasie active en Ehpad ou à domicile, plutôt que la prise en charge de ces personnes vulnérables à l’hôpital.

Où sont passés les 14.500 lits de réanimation promis par Olivier Véran ?

Il faut bien noter le cynisme de l’intitulé de cet arrêté du 1er juin 2021,

Car, enfin, « Arrêté du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire ». Quelle sortie expéditive pour celles et ceux qui sont euthanasiés au moyen d’une sédation profonde et prolongée jusque mort s’ensuive.

Je vous donne rendez-vous, dès que les données des mois d’août et septembre 2021 auront été mises en ligne par la CNAMTS, pour actualiser cette étude, qui ne manquera pas de constater, hélas, la poursuite lors de la quatrième vague de cette pratique éthiquement très discutable…

Auteur(s): François Pesty, pour FranceSoir

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