Courbes meurtrières et modélisations de l’enfer : les chiffres tuent plus que le Covid

Courbes meurtrières et modélisations de l’enfer : les chiffres tuent plus que le Covid

Publié le 01/05/2021 à 16:00
FranceSoir/Stock.Adobe
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Auteur(s): Erwan Lubovski, pour FranceSoir

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À tout seigneur tout honneur, et il serait bien insolent de nier la suzeraineté du britannique Neil Ferguson dans l’art de la prédiction qui tue. Coutumier du fait, l’épidémiologiste s’illustre dès 2005 en prédisant jusqu'à 150 millions morts de la grippe aviaire dans le monde. Mauvais calcul, 282 personnes sont finalement décédées de la maladie entre 2003 et 2009. 
 
En 2009, une nouvelle prédiction de Ferguson avançe que la grippe H1N1 pourrait emporter jusqu’à 65 000 personnes au Royaume-Uni. Encore raté, la maladie a tué 457 britanniques.
 
« 500.000 morts si l'on ne fait rien »
 
En mars 2020, et après d’autres passionnantes péripéties prédictionnelles, le mage Ferguson annonce 250.000 morts britanniques du Covid au printemps si Boris Johnson s’entête dans sa stratégie d’immunité collective, et 500.000 décès pour la France « si rien n’est fait. » C’est cette prédiction qui a « contribué à la décision d'Emmanuel Macron de confiner le pays à partir du 17 mars. » Merci qui ?
 
On notera pour l’anecdote que le grand marabout Ferguson (modélisation & désenvoûtement rapides)  a dû renoncer à son poste au sein du « conseil scientifique » d’outre-Manche après avoir violé les règles d’un confinement dont il était pourtant l’un des plus grands apôtres.
 
Bientôt sur vos écrans : les Ferguson Awards
 
Loin de mettre un terme à l’épidémie de « modélite », ces prévisions pour le moins discutables sont devenues un élément phare du travail des épidémiologistes des temps modernes. « Si t’as pas fait une modélisation catastrophiste à 50 ans, t’as raté ta vie. » Politiques et médias se font bien sûr l’écho de ces prédictions et le président Macron ne se prive pas de participer à la fête, on ne rappellera jamais assez son intervention justifiant le deuxième confinement dans laquelle il affirmait sans ciller : « quoi que nous fassions, près de 9000 patients seront en réanimation à la mi-novembre », ce qui ne s’est évidemment jamais vérifié. Quant à la possibilité de ne pas confiner dans l'idée d'atteindre une immunité collective, elle se serait soldée selon le grand épidémiologiste de l'Elysée par au moins « 400 000 morts supplémentaires en quelques mois. »
 
Liv Grjebine, qui enseigne l’histoire des sciences à Harvard, relevait dans un article récent : « [en] janvier 2021, le Conseil scientifique s’appuyait sur des projections développées par l’Institut Pasteur et par l’Inserm pour défendre un confinement strict. Ces projections prévoyaient une forte hausse du nombre d’admissions hospitalières : près de 30.000 admissions par semaine vers le 8 février, or 11.300 hospitalisations ont en fait eu lieu lors de cette période, soit près de trois fois moins ; ces mêmes projections prévoyaient 140.000 nouveaux cas de contamination par jour la semaine du 15 février or environ 20.000 ont été observés en pratique cette semaine-là, soit sept fois moins. »
 
Plus près de nous, le 27 mars de cette année, l’AP-HP suite à une « réunion de crise » affirmait  qu’en l’absence d’un « confinement dur » au 1er avril, 4 400 malades pourraient être admis en réanimation en région parisienne dans le courant du même mois. Le mois d’avril s'est terminé hier, il n’y a pas eu de confinement strict et selon Santé Publique France, le nombre de personnes en « soins critiques » avant-hier en Île-de-France s’élevait à 1730, soit une augmentation environ douze fois inférieure à celle annoncée par l'AP-HP.
 
C'est Toto qui fait un modèle...
 
Mais comment en sommes-nous arrivés là ? Pour Philippe Lemoine, doctorant à l'université Cornell qui intervenait dans Le Figaro« leurs modèles reposent sur des hypothèses fausses et leurs conclusions ne sont que des conséquences logiques de ces hypothèses, qui aboutissent à une surestimation systématique de la croissance de l'épidémie qui met le gouvernement sous pression pour prendre des mesures qui ont un coût économique et humain gigantesque, alors que rien ne démontre leur efficacité et certainement pas ce genre d'études semi-tautologiques. »
 
Et ça continue encore et encore…
 
Tautologiques ou pas Toto du tout, la fièvre des courbes laisse toujours les médias en chaleur. Pour preuve cet article publié sur le site de FranceInter le 26 avril : « Cinq courbes qui montrent que l'on va vivre le plus risqué des trois déconfinements. » Non pas une, deux, trois ou même quatre... mais cinq courbes, mesdames et messieurs ! Si c'est ça ce n'est pas un gage de sérieux. Et toutes ces courbes pour un papier qui se conclut par « il est difficile de savoir de quel côté penche désormais la balance. » On sait en revanche de quel côté penche la balance de FranceInter.
 
Tout cela préterait à rire si ces projections de l'enfer ne transformaient nos vies en (inter)minable remake d'Un jour sans fin, et si elles ne continuaient pas à être relayées et validées par politiques et médias. Les responsables (ou oserons-nous dire les coupables) : épidémiologistes, modélisateurs, bio-statiticiens ont beau se tromper et se tromper encore, non seulement ils ne reconnaissent pas leurs erreurs, mais ils persistent à en produire de nouvelles. Une vraie passion. Sachant qu'une pendule cassée donne l'heure juste deux fois par jour, ils espèrent sûrement finir par avoir raison sur quelque chose. Peut-être aux alentours de la "douzième vague" ? Ou après la découverte d'un variant venu de l'espace ?
 
Dans un monde rationnel, les incompétents dangereux seraient démis de leurs fonctions. Dans le nôtre, ils squattent les médias et torturent les libertés.
 
Et pourtant, rappelons-le : ils n'ont aucune légitimité démocratique.

Auteur(s): Erwan Lubovski, pour FranceSoir

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