Facebook: révisionnisme et négationnisme au service de la propagande de guerre

Auteur(s)
Michel Rosenzweig, pour FranceSoir
Publié le 26 août 2022 - 11:50
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Manifestation Ukraine Stepan Bandera
Crédits
Sergei SUPINSKY / AFP
Manifestation en l'honneur de l'homme politique ukrainien Stepan Bandera, leader de l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN), à Kiev, le 1er janvier 2022 pour marquer le 113e anniversaire de sa naissance.
Sergei SUPINSKY / AFP

TRIBUNE — Samedi 6 août 2022, je publiais sur mon compte Facebook un texte (voir à la fin de l’article) pour rappeler le passé collaborationniste nazi de l’Ukraine, en observant que cet État n’avait jamais exprimé aucun regret officiel pour cette collaboration active, et que plusieurs rues portaient encore le nom du chef de file nationaliste ukrainien pro-nazi Stepan Bandera.

Les modérateurs de Facebook ont immédiatement supprimé ma publication, partagée par de nombreux lecteurs, et mis mon compte en restriction totale de publication pour sept jours, au motif que mes propos relevaient de la manifestation de la haine et étaient donc jugés contraires aux fameux standards du réseau, ces derniers étant en réalité plus politiques et plus idéologiques que moraux.

Où réside la haine dans ma petite publication ?

Aucun historien sérieux ne contestera que ce que je rappelle ici appartient bien aux faits historiques vérifiables : Stepan Bandera est l’un des dirigeants de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) et le dirigeant de l'Organisation des nationalistes ukrainiens, dite « OUN-B », à tendance extrémiste. Dans sa lutte pour l'indépendance de l'Ukraine contre la Pologne et l'Union soviétique, il collabore avec l'Allemagne nazie en créant la Légion ukrainienne, sous commandement de la Wehrmacht. Le 30 juin 1941 à Lviv, il rédige avec Iaroslav Stetsko une déclaration d'indépendance de l'Ukraine. Celle-ci étant rejetée par l'occupant nazi, il est arrêté et envoyé après janvier 1942 dans le camp de Sachsenhausen. Libéré en septembre 1944, il collabore à nouveau avec l'Allemagne nazie depuis Berlin.

De même, il est aisément vérifiable sur Wikipédia que plusieurs rues en Ukraine sont encore actuellement nommées « rue Stepan Bandera » en hommage à cet individu.

Tout récemment encore, on pouvait voir un extrait de la télévision ukrainienne, repris sur Twitter, où les intervenants faisaient ouvertement et de manière décomplexée, l’apologie de Stepan Bandera. Ce tweet est encore visible :

Le 24 août, je repartageais ce tweet afin d’appuyer mon propos sur le néonazisme ultra-nationaliste du courant de Stepan Bandera, toujours actuel et bien vivant. Les modérateurs de Facebook m’ont ici encore immédiatement repéré en retirant ma publication au motif du non-respect des standards, et en m’infligeant une restriction totale de publication pour 30 jours, assortie d’une menace de suspension/suppression définitive de mon compte. Quelques minutes plus tard, après avoir contesté la sanction, Facebook présenta néanmoins et curieusement ses excuses en rétablissant la publication. Mystère des voies impénétrables du réseau social de Monsieur Zuckerberg, qui comme moi-même, devrait en principe être sensible à ce sujet…

Il n’y a bien sûr, strictement rien dans les propos que je ne cesse simplement de rappeler, qui est de nature erronée ou haineuse.

Lire aussi : "Amnesty International et l’Ukraine: une polémique interne inédite"

Ce qui dérange les modérateurs de Facebook relève de tout autre chose et personne ne sera dupe des motifs officiels invoqués par le réseau social pour censurer et bloquer un compte pendant 7 ou 30 jours en le menaçant de fermeture.

En réalité, comme pour le Covid, il est désormais interdit d’exprimer de réels faits vérifiables sur l’Ukraine, ceci afin de respecter la ligne directrice de la position occidentale qui consiste à soutenir aveuglément l’Ukraine tout en encourageant et en autorisant officiellement l’expression de la haine envers la Russie et les Russes, en allant même jusqu’à encourager le meurtre des soldats russes.

Plus graves encore, de nombreux commentaires haineux envers les Russes et des appels au meurtre sont quotidiennement publiés sur Facebook, sans que les modérateurs s'en émeuvent le moins du monde, ce qui est en totale contradiction avec les standards que le réseau social brandit sans cesse pour censurer ce qui ne lui plaît pas.

Ainsi, au nom du soutien à l’Ukraine dans sa guerre de résistance face à l’armée russe, Facebook pratique une censure qui relève du révisionnisme et du négationnisme historiques, et ceci avec l’assentiment des gouvernements de l’Union européenne et des États-Unis.

Il est piquant (et en même temps grotesque) de constater que les médias officiels et Facebook pratiquent une censure idéologique et politique au nom des valeurs démocratiques et de la liberté d’expression, ce qui démontre parfaitement leur contradiction interne et l’hypocrisie qui consiste à violer les valeurs universelles desquelles ils se réclament sans cesse.

Cependant, un mensonge répété mille fois n’en fera jamais une vérité.

De même, la vérité historique des faits rappelés dans ma petite publication collera à la peau de tous ceux qui tenteront de l’effacer comme le sparadrap qui collait au doigt du Capitaine Haddock dans « Vol 747 pour Sidney ».

Alors oui, que cela déplaise aux modérateurs de Facebook et à tous les commentateurs des plateaux de télé et de radio, cela ne changera rien à la vérité des faits : les descendants de ceux qui ont activement contribué à l’extermination des juifs ukrainiens ne suscitent ni mon empathie ni ma sympathie, et l’état ukrainien continue à entretenir le silence sur son passé nazi sans émettre le moindre mea culpa officiel. Cela, en persistant à entretenir ce courant ultra-nationaliste à plusieurs niveaux (média, armée, société civile), consciemment et de manière opportuniste, tout en réclamant l’adhésion à l’Union européenne au nom de valeurs qu’ils ne respectent pas et avec la complicité des autorités de ladite Union.

Texte publié sur Facebook et retiré par les modérateurs :

Grosse piqûre de rappel.

Que les choses soient très claires : je n'ai aucune empathie pour les descendants de ceux qui ont activement collaboré à exterminer au moins 1 500 000 juifs ukrainiens et qui n'ont à ce jour formulé aucun regret officiel, affichant ainsi un silence aux limites du négationnisme que le régime de Kiev n'a jamais fermement désavoué, et qui continuent à rendre hommage aux héros nationalistes ukronazis bandéristes et à leur chef de file Stephan Bandera dont le nom orne toujours des places, des rues et des avenues, notamment à Kiev.

Un peuple qui se bat au nom de son autodétermination et qui revendique en tant que nation son appartenance à la civilisation européenne des droits de l'homme en voulant rejoindre l'UE devrait d'abord avoir l'obligation morale de faire le ménage chez lui au lieu de se mettre la tête dans le sable dans une posture de déni indigne des valeurs au nom desquelles il prétend se défendre.

 

Exemples de rues au nom de Stepan-Bandera :

Rue Stepan-Bandera, à Chepetivka, ville de l'oblast de Khmelnitski.

Rue Stepan-Bandera, à Ivano-Frankivsk, capitale administrative de l'oblast d'Ivano-Frankivsk.

Rue Stepan-Bandera, à Iziaslav, ville de l'oblast de Khmelnitski.

Rue Stepan-Bandera, à Khmelnitski, capitale administrative de l'oblast de Khmelnitski.

Rue Stepan-Bandera, à Kolomyia, ville de l'oblast d'Ivano-Frankivsk.

Rue Stepan-Bandera, à Loutsk, capitale administrative de l'oblast de Volhynie.

Rue Stepan-Bandera, à Lviv, capitale administrative de l'oblast de Lviv.

Rue Stepan-Bandera, à Rivne, capitale administrative de l'oblast de Rivne.

Perspective Stepan-Bandera, à Kiev, capitale de l'Ukraine.

Perspective Stepan-Bandera, à Ternopil, capitale administrative de l'oblast de Ternopil.

Michel Rosenzweig est philosophe et essayiste.

Voir aussi : "Simulacres et simulations"

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