Lettre ouverte : les jeunes sont en train de s’éteindre

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FranceSoir
Publié le 08 février 2021 - 16:23
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Monsieur le Président,

Je suis jeune. J’ai 21 ans depuis janvier. Comme vous l’avez énoncé si bien, il est dur de vivre en cette période lorsque l’on a 20 ans. Peu importe où nous nous trouvons et ce que nous faisons, mais dans la folie de notre jeunesse on veut vivre. On veut profiter de ce que le monde a à nous offrir, de la culture, du sport, de la nature, de nos amis, du monde… Et aujourd’hui, être dehors devient presque un renouveau. Trouver la bonne raison de sortir lorsque nous avons une attestation, gagner quelques minutes pour braver le couvre-feu, savoir profiter des quelques heures de liberté qui nous sont offertes.

Comment peut-on rester fougueux, plein d’envies, de rêves et de projets, et surtout d’espoir, lorsque l’on voit nos libertés, le dehors se refermer sur lui même. Les journées deviennent courtes, non plus rythmées par la lune et le soleil mais bien par des restrictions. Le rythme biologique de nos vies a aujourd’hui des limites. Nous, qui voulons utiliser les moindres minutes des 24 heures que nous avons, nous sommes réduits à vivre au rythme de notre scolarité pour la plupart. Par quels moyens pouvons nous espérer un lendemain, sachant que nous vivons avec un minuteur ? Un compte à rebours nous empêchant d’exprimer notre vie le long d’une journée ? Monsieur le Président, les rêves, les projets eux, ne s’arrêtent pas.

Comme l’énonce Heïdi Soupault, nous avons été solidaires. Nous avons appris les gestes barrières. Nous avons attendu et respecté, patiemment, en espérant que les personnes touchées diminuent. En effet, ce virus a tout fait basculer dans nos vies. Mais pour autant, doit-il les manipuler ? Nous vivons aujourd’hui au rythme de ses mutations, ses évolutions, sa contamination. Jusqu’où irons-nous ? Nous voyons les couvre-feux, eux, se raccourcir. Passer de 21h à 20h et enfin à 18h. La vie, elle continue son cours. S’occuper de sa famille. Pratiquer un sport. Voir ses amis. Nous devenons des « morts-vivants ».

Nous avons protégé nos aînés, nous nous sommes protégés en fermant les universités, en restant face à des écrans. La réalité nous échappe, la réalité de la vie en université, la réalité de la rencontre, la réalité du monde des études. Ce que vous savez sûrement, nous les étudiants, bougeons beaucoup. Train, avion, tram, bus… Eux sont remplisn, à l’inverse de nos établissements scolaires et des lieux culturels. Je vois ici un dilemme : endiguer le virus ou anéantir les relations humaines ? Nous vivons dans un bal masqué ou nous ne pouvons plus découvrir la personne d’en face. Protégés de la maladie en contrepartie des expressions du visage.

Jeunes, fougueux, vivants, et bientôt privés d’espoir. Oui, aujourd’hui nous voulons profiter de notre jeunesse. Le retour à « avant » est illusoire, pour autant, le « après », vous en avez les clés. Nous museler, c’est nous perdre. En quoi ou en qui croire lorsque la personne qui nous guide, Monsieur le Président, nous rend sans vie et simplement numérisés ? Nous avons surmonté de nombreuses mesures, compréhensifs. Maintenant, notre patience a ses limites. Le mot vivre résonne dans nos cœurs, le mot liberté cogne dans nos esprits. Alors STOP. Si votre devoir est de promouvoir des projets de lois qui normalement devraient soutenir la jeunesse de France, mon devoir est d’accuser leurs conséquences. Ouvrez les yeux et regardez-nous, non pas tels que vous pensez nous voir à travers les informations, mais bien ce que nous sommes. Nous sommes demain. Nous sommes l’avenir.

J’ai de l’espoir. Je suis positive. Je veux avancer.

Monsieur le Président, si vous lisez ces mots, saurez-vous nous tenir vivants ?
 

Bien à vous,

Léocadie Bouillot

 

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