Un problème nommé défiance

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Un problème nommé défiance

Publié le 05/03/2021 à 18:16
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Auteur(s): FranceSoir
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Rendant hommage à George Shultz, ancien secrétaire d'Etat, autrement dit ministre des Affaires étrangères, de Ronald Reagan à l'occasion de sa disparition, voici un mois, Laure Mandeville rapportait dans "Le Figaro" la grande leçon que cet homme avait tirée de son existence au soir de sa vie, alors qu'il venait de célébrer ses 100 ans : "La confiance est la pièce essentielle".

Son propos, extrait du dernier éditorial qu'il avait signé pour le "Washington Post", mérite d'être cité plus complètement : "Quand la lumière était dans la pièce, quelle que soit cette pièce - le salon familial, la salle de classe, le vestiaire de gym, l'entreprise, le bureau du gouvernement ou la salle militaire- de bonnes choses arrivaient. Quand la confiance n'était plus dans la pièce, les bonnes choses ne venaient pas. Tout le reste n'est que détails".

Mais voilà ! La confiance ne se décrète pas, elle se mérite et elle trouve d'abord sa source dans un discours de vérité. Avec un climat de confiance, tout paraît simple, tout est possible. Que le ressort se brise et que la défiance s'installe, alors tout devient compliqué, sinon impossible. On le mesure tous les jours dans l'ensemble des activités humaines, qu'il s'agisse d'économie, de finances, voire même de sport.

Tout au long de sa vie, Alain Peyrefitte avait travaillé sur ce sujet avant d'y consacrer un ouvrage : "La société de confiance". Aujourd'hui, il ne fait guère de doute que notre pays se trouve confronté à une grave crise de confiance. Des exemples pris dans l'actualité très récente illustrent cette défiance qui règne notamment dans des domaines importants de notre vie nationale : la justice et la santé.

Un Français sur deux ne fait plus confiance à la justice. Le constat est grave, très grave. Il devrait amener le pouvoir à réagir, les juges à s'interroger. La lenteur, parfois même l'extrême lenteur, avec laquelle la justice est rendue indispose les Français. Ainsi, il aura fallu... 25 ans pour que l'ancien Premier ministre Edouard Balladur soit blanchi des accusations portées contre lui pour le financement de sa campagne présidentielle de 1995. Mais, tout au long de ce quart de siècle, bien que juridiquement présumé innocent, l'opprobre du "tous pourris" a forcément atteint cet homme et jeté la suspicion sur sa personne. 25 ans pour découvrir qu'il n'y avait rien à découvrir, et pour rendre un non-lieu, voilà qui est révélateur d'une justice dont le fonctionnement n'est certainement pas exemplaire.

Autre exemple d'une justice à la peine, le jugement du Tribunal correctionnel de Paris concernant l'ancien président de la République, Nicolas Sarkozy. On apprend que, pendant sept mois, par des écoutes téléphoniques, le leader de l'opposition "a pu être espionné, en voyant le contenu de ses conversations livré à la presse". Dans la République française, dans un pays de liberté. Qui peut cautionner des pratiques dignes d'un Etat totalitaire ?

Et, pendant ce temps-là, la délinquance prospère dans les villes, et aussi désormais dans les campagnes. Lorsque policiers ou gendarmes arrêtent les malfaiteurs et les livrent à la justice, les condamnations ont cessé d'être dissuasives. La formule rituelle des journalistes est révélatrice : le prévenu "risque jusqu'à "x" années d'emprisonnement". Bien sûr, nul ne peut prévoir une décision de justice. Mais le mot correspond bien à la réalité. Il n'y a plus d'exemplarité de la sanction, et c'est cela qui choque nos compatriotes.

Autre secteur où la défiance règne dans notre société : la santé. Et la parole publique n'est pas étrangère à cet écart qui va grandissant entre gouvernants et gouvernés. Clairement, il s'agit de la vaccination contre le Covid-19. Pathétiques étaient les appels à la vaccination du Premier ministre et du ministre de la Santé à l'occasion de leur conférence de presse du jeudi 4 mars.

On apprend de la bouche de M. Véran que 40% des personnels des EHPAD, et seulement 30§ de la totalité des soignants de notre pays ont accepté de se faire vacciner. Dans le même temps, les médias expliquaient à leurs auditeurs ou téléspectateurs que 75% des vaccins achetés par notre pays -celui de Pasteur ! - se trouvent... dans des réfrigérateurs ! 

Il y a certainement un premier problème, c'est que l'intendance ne suit pas ! Mais, depuis un an, nous y sommes habitués. Le gouvernement n'a cessé de courir après l'épidémie, sans jamais la rattraper ! Après les masques et les tests, il était quasi naturel que les vaccins subissent le même sort. Et puis, comment ne pas penser que les soignants de notre pays, nécessairement mieux à même que le commun des mortels de se faire une opinion sur le nouveau type de vaccin proposé à la population, n'ont eu aucune envie d'essuyer les plâtres ?

Voilà à quoi conduit le mensonge d'Etat ! A la perte de confiance dans la parole des gouvernants et, par voie de conséquence, à la défiance. Le président de la République n'a pas voulu, ou n'a pas pu - les candidats ne se pressaient sans doute pas à la porte ! - changer l'équipage en cours de gestion de la pandémie. Il récolte aujourd'hui ce qu'il a semé, tandis que les Françaises et les Français n'en peuvent plus, à l'aube du printemps, de ce couvre-feu à 18 heures que même l'occupant allemand n'avait pas infligé à la population pendant la seconde guerre mondiale.

A l'évidence, un choc de confiance sera indispensable pour assurer le renouveau du pays au lendemain de la crise sanitaire. Vaste programme !

 

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De la confiance à la méfiance puis la défiance.

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