Qui est Buon Tan, relais d'influence du Parti communiste chinois investi par Macron aux législatives?

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FranceSoir
Publié le 13 mai 2022 - 19:01
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Le député LREM Buon Tan.
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LUDOVIC MARIN / AFP
Le député LREM, Buon Tan.
LUDOVIC MARIN / AFP

Le Parti communiste chinois (PCC) a conféré au député français, passé du Parti socialiste à La République en marche (LREM), des fonctions qui visent à étendre l’influence de la Chine en France. Si Buon Tan a été visé en 2017 par une note du renseignement transmise à Emmanuel Macron, alertant sur des risques d’ingérence, cela n’aura néanmoins pas empêché le président, qui selon France info valide personnellement chaque candidature, de l’investir pour les législatives.

Le choix du parti présidentiel de se faire représenter dans la neuvième circonscription de Paris par cet homme au profil sulfureux, réputé pour sa proximité avec Pékin, en a irrité plus d’un. Pourtant, les liens de Buon Tan avec la macronie ne datent pas d’hier.

Lors de l'élection présidentielle de 2017, l’homme d’affaires avait milité pour la victoire d’Emmanuel Macron, ce qui lui avait valu d'être qualifié de « poisson-pilote de Macron dans la diaspora asiatique » par Libération. Lors des élections législatives qui ont suivi, Buon Tan était parvenu à se faire élire dans cette même circonscription sous les couleurs de LREM en remportant 55% des suffrages face à Raphaël Qnouch (La France insoumise). Une victoire électorale qui n’avait pas été enrayée par une enquête préliminaire pour abus de confiance, suite à une accusation de détournements de fonds, rapportait Le Parisien. L’enquête a été classée sans suite.

Président du groupe d’amitié France-Chine et secrétaire de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée en 2017, aujourd’hui, par ses connexions étroites avec le pouvoir communiste chinois désormais de notoriété publique, Buon Tan inquiète. Comme l’écrit Le Monde, l’élu, qui navigue librement au sein des plus hautes sphères du pouvoir, « assume même son rôle de relais d’influence ».

Des « liens solides » entre Buon Tan et le Parti communiste chinois

D’après les informations du Point, il est membre du « conseil exécutif de l'Association pour l'amitié des Chinois de l'étranger ». Or, cette fonction n'a pas été déclarée à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) lors de son élection en qualité de député en 2017, ni dans aucune des déclarations annuelles qui ont suivi. Cette omission interpelle, car cette institution, créée par le Parti communiste chinois, est pilotée par le département du travail du Front uni, la branche du PCC dédiée aux opérations d’influence à l'étranger. Naturellement, qu’un député censé représenter le peuple français soit lié à cette organisation laisse craindre de potentiels conflits d'intérêts.

Dans un rapport publié mercredi 2 mars pour le groupe d’experts tchèques Sinopsis, René Bigey et Alex Joske ont détaillé les « liens solides » compromettants entre le député et les organes du Front uni. « Buon Tan est membre de l’organisation du département du Front uni depuis au moins 2008 quand il a été nommé au conseil de l’Association pour l’amitié de la Chine outre-mer (COFA), dont il est membre du conseil exécutif depuis mai 2019 », écrivent-ils.

Cette année-là est marquée par une séquence filmée par la télévision d’État où M. Tan, alors invité à une réunion du Front uni à Pékin et placé au premier rang comme invité, serre la main du président Xi Jinping.

Le rapport indique également que l’élu contribue aux efforts de transfert de technologie soutenus par l’État chinois : des opérations de vol de propriété intellectuelle et du savoir-faire étranger que les États-Unis, par la voix de l’administration de Donald Trump, avaient tôt fait de dénoncer dans le cadre de la guerre commerciale entamée en mars 2018 avec l’empire du Milieu, comme le relatait le New York Times.

De 2013 à 2019, Buon Tan a aussi été membre de l’Association des échanges outre-mer (COEA), dont la mission est « d’établir de très nombreux contacts avec des Chinois à l’étranger dans le but de faire venir des capitaux, des technologies et des talents en Chine ».

Par ailleurs, il entretient des relations avec le département de liaison internationale du comité central. Ce département « exerce des activités de renseignement, a pointé le renseignement tchèque en 2015 ».

Sans surprise, Buon Tan ne cache pas sa sympathie à l’égard de l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin en raison « des relations privilégiées que Jean-Pierre Raffarin a nouées avec la Chine tout au long de sa vie », écrivait-il sur son site Internet suite à une audition du groupe d’amitié France – Chine en 2020.

À ce sujet, il convient de noter que les relations très proches de Jean-Pierre Raffarin avec la Chine avaient, elles aussi, interpellé la DGSI, le service de renseignements français chargé du contre-espionnage et de la protection du patrimoine économique français. Membre du conseil stratégique de la France China Foundation, une plateforme de dialogue entre les leaders français et chinois (aux côtés notamment de Jacques Attali, Laurent Fabius, Édouard Philippe ou encore Cédric Villani), Jean-Pierre Raffarin a multiplié les déplacements en Chine dans le cadre de sa Fondation prospective et innovation (FPI), cette dernière prônant un « grand basculement » des alliances économiques de la France de l’ouest vers l’est.

« Buon Tan représente un risque sérieux pour la sécurité nationale française »

Les liens d’intérêts entre le Parti communiste chinois et Buon Tan ont aussi alarmé Clive Hamilton, universitaire australien spécialisé sur les opérations d'ingérence de la Chine dans les démocraties. Ce dernier sonne l’alerte : « Buon Tan semble aller au-delà des opérations d'influence […]. Il représente un risque sérieux pour la sécurité nationale française. »

« Ces organisations sont établies par, ou liées au département du Front uni du Parti communiste chinois, détaille l'universitaire, qui leur a consacré un livre (Hidden Hand : Exposing How the Chinese Communist Party is Reshaping the World, 2020, pas encore traduit en français). Leur rôle est de mener des actions d'influence et d'interférence dans des pays étrangers, et à certains moments de travailler avec les agences de renseignement chinoises dans leur travail d'espionnage. Ce ne sont pas des organisations innocentes représentant la communauté chinoise. Les personnes qui tiennent des positions dans ces organisations le font avec la permission explicite du PCC à Pékin. »

Nommé adjoint au commerce du maire socialiste du 13ème arrondissement à Paris, Jérôme Coumet, Buon Tan fait ses premières armes en politique sous l'aile du député PS Jean-Marie Le Guen. Ce dernier présentera le futur macroniste à François Hollande qui le chargera, dans le cadre de la campagne présidentielle de 2012, de séduire l’électorat asiatique dont le poids se chiffre à plus d’un million d’électeurs. Ce rôle de poisson-pilote au sein de la « communauté » asiatique, il l’endossera de nouveau en 2017 pour l’ex-ministre de l’Économie de François Hollande, Emmanuel Macron.

Lors de la réception du Premier ministre chinois Li Keqiang, le 30 juin 2015, d'après Libération, Manuel Valls était allé jusqu'à lui présenter Buon Tan comme le « Chinois le plus influent de Paris ». Autant dire qu’il semble difficile pour les pouvoirs hollandiste puis macroniste de se passer des services clientélistes de l’homme d’affaires auprès de la diaspora chinoise en France, quitte à prendre des risques avec la sécurité nationale.

Buon Tan et François Hollande en janvier 2012 lors des festivités du Nouvel An chinois à Paris - © Johanna Leguerre/ AFP

Vote contre une dénonciation de la répression des Ouïghours

C’est à l’occasion du vote en janvier 2022 sur une résolution visant à reconnaitre comme génocide la répression des Ouïghours en Chine que Buon Tan s’était particulièrement fait remarquer à l'Assemblée nationale. Le macroniste est l’unique député à avoir voté contre, rapportait France info. D'autres, qui doutent du caractère génocidaire des crimes commis contre la minorité ouïghoure, avaient choisi l'abstention, à l'instar de LFI.

Plus récemment, le député a corédigé un rapport sur les relations franco-chinoises, adopté par le Parlement, où il écrit notamment :

« D’une part, la Chine s’est rapprochée du système multilatéral en s’associant à l’initiative de suspension de la dette (ISSD) ou encore en rejoignant la facilité COVAX. Codirigé par la CEPI (Coalition for Epidemic Preparedness Innovations) et Gavi l’Alliance du vaccin, COVAX est le pilier vaccination de l’accélérateur ACT-A lancé en avril 2020 à l’initiative de la France, de l’Union européenne, de l’Allemagne et de l’OMS pour coordonner la lutte contre la pandémie de Covid-19. »

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