Cazeneuve veut créer une nouvelle "formation de l'islam de France", demeure la question du financement

Cazeneuve veut créer une nouvelle "formation de l'islam de France", demeure la question du financement

Publié le 02/08/2016 à 08:40
©Philippe Wojazer/Reuters
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Auteur(s): La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP
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Après le cuisant échec d'une précédente structure, le ministre de l'Intérieur a promis lundi de lancer en octobre une nouvelle "fondation de l'islam de France", possible clé future d'un financement du culte musulman aujourd'hui jugé fragile et insuffisamment transparent.

Bernard Cazeneuve a confirmé lundi 1er la relance de cette structure dans le cadre d'une réflexion globale sur l'organisation de l'islam, critiquée dans la classe politique et jusque dans les rangs musulmans face à la succession d'attentats djihadistes.

En fait, une "fondation des oeuvres de l'islam" existe depuis... 2005. Créée par Dominique de Villepin, elle devait permettre de lever des fonds, notamment pour le financement de la construction de mosquées, le Conseil français du culte musulman (CFCM) - créé en 2003 - n'ayant pas de moyens pour le faire.

Mais la fondation "a dysfonctionné dès sa naissance parce qu'elle a été composée comme le CFCM - par blocs qui ne s'entendent pas", résumait fin janvier un haut fonctionnaire lors de son audition devant une mission du Sénat. L'instance représentative souffre de dissensions internes, fruit des rivalités entre fédérations de mosquées liées aux principaux pays d'origine (Algérie, Maroc et Turquie).

"Ils n'étaient pas d'accord sur qui dirige et comment on dirige", confie à l'AFP un bon connaisseur du dossier. "A ce jour, seul Serge Dassault a fait une donation, d'un million d'euros, qui est en attente à la Caisse des dépôts", selon les dires du haut fonctionnaire auditionné par le Sénat.

La relance d'une fondation a été évoquée bien avant la tribune du Premier ministre Manuel Valls dans le JDD dimanche et "l'appel des 40" Français musulmans dans les mêmes colonnes. Bernard Cazeneuve l'avait annoncée dès la première "instance de dialogue avec l'islam" en juin 2015, souhaitant alors que la fondation "puisse être opérationnelle avant la fin" de la même année.

Une mission de préfiguration a été confiée à un haut fonctionnaire en novembre, mais la structure n'est toujours pas sur pied huit mois plus tard, d'où l'impatience de certains observateurs. "Il y a là un travail technique qui est difficile", a fait valoir lundi le ministre de l'Intérieur, qui s'est dit soucieux "d'accompagner dans le respect rigoureux des principes de la laïcité la formation théologique des imams et la volonté de garantir la totale transparence dans le financement des mosquées".

La fondation présentera un volet culturel, qui permettra de financer des thèses pour une meilleure connaissance de l'islam en France, des bourses pour les imams et aumôniers candidats aux 13 diplômes universitaires de formation "profane"....

Mais le financement du domaine religieux (construction de mosquées, formation théologique des cadres) exige, loi de 1905 oblige, de concevoir un meccano complexe. "Il faudra qu'une association cultuelle lui soit adossée, nous n'avons pas d'autres possibilités dans l'état actuel du droit", glisse-t-on dans l'entourage de Bernard Cazeneuve.

Au-delà de cette fondation, le CFCM table sur d'autres pistes pour financer les besoins du culte musulman et éviter les flux d'argent de l'étranger qui, sans être majoritaires, sont souvent critiqués pour leur manque de traçabilité.

"Dès la rentrée", son président Anouar Kbibech espère lancer une "redevance sur le halal", qui ne serait pas une taxe perçue par l'Etat - la législation ne le permet pas - mais une contribution pour service rendu perçue par les instances musulmanes, à partir d'un secteur d'activité évalué à plus de 5 milliards d'euros par an.

Le CFCM dit aussi avoir commencé à étudier une autre piste: une redevance sur le grand pèlerinage à La Mecque, le hajj. "Il y a à peu près 30.000 pèlerins venant de France chaque année, dont les coûts de voyage vont de 4.000 à 9.000 euros. Le fait de rajouter 10 ou 20 euros par séjour comme contribution au financement du culte devrait être indolore pour les pèlerins, transparent pour les agences et les opérateurs du pèlerinage, et permettre au CFCM et au culte musulman d'avoir les moyens de leur fonctionnement", estime Anouar Kbibech.

 

Auteur(s): La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP

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