Eric Zemmour candidat à l'élection présidentielle : une déclaration en vidéo... et déjà une polémique !

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FranceSoir
Publié le 30 novembre 2021 - 20:45
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Eric Zemmour, lors de sa déclaration de candidature, le 30 novembre 2021
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La fin d'un faux suspense : Eric Zemmour a annoncé sa candidature par une vidéo diffusée sur Internet, aujourd'hui à midi.
DR - Capture d'écran

C’est la fin d’un vrai-faux suspense qui aura duré plusieurs mois : Eric Zemmour a officiellement annoncé sa candidature à l’élection présidentielle, dans vidéo enregistrée et diffusée sur les réseaux sociaux aujourd’hui à midi. Un format paradoxalement innovant pour le polémiste réactionnaire, plus familier des livres que des lives : c'est d'ailleurs devant une bibliothèque remplie d'ouvrages anciens qu'il s'est exprimé. Une mise en scène en clin d’œil appuyé au général de Gaulle, Eric Zemmour assis à un bureau sur lequel était installé un imposant micro, façon "Radio Londres", lisant les feuilles de son discours, sans regarder la caméra de prime abord, avec en fond musical la... Marche funèbre de la septième symphonie de Beethoven.

Dans sa vidéo de dix minutes, entrecoupée d’extraits de documentaires, de films ou d'images d'actualité, le désormais candidat est resté fidèle aux thématiques qu’il développe depuis des années, décrivant un pays qui ne se reconnaît plus, et mettant en cause l’invasion migratoire, la trahison des élites, la tyrannie des minorités, le pouvoir des juges ou encore la désindustrialisation de la France, à qui il entend redonner son lustre d’antan. « Je me suis longtemps contenté du rôle de journaliste, d’écrivain, de Cassandre, de lanceur d’alerte. Je croyais alors qu’un politicien reprendrait le flambeau que je lui transmettais. Je me disais, "à chacun son métier". […] Je suis revenu de cette illusion », explique-t-il pour justifier son entrée effective dans l’arène politique.

Reconquête identitaire, sécuritaire, culturelle, économique : le clip a tenté d'embrasser sujets fétiches du journaliste du Figaro et enjeux majeurs de la campagne qui s'annonce. Après un démarrage plutôt déroutant, voire maladroit, quelques clins d'œil appuyant lourdement le propos, le discours trouve un certain souffle au fil des minutes et rattrape une première impression mitigée. Comme s'il avait voulu illustrer sa mue, quittant le costume du chroniqueur parfois provocant pour endosser celui du candidat, qui prend de la hauteur.


Rien sur la politique sanitaire

Il est à noter qu'Eric Zemmour n'a pas dit un mot sur la gestion de la crise sanitaire de ces 18 derniers mois : un sujet jugé secondaire au regard des grands enjeux de l'histoire qu'il entend prendre à bras-le-corps. Malgré une défense des traitements contre le tout-vaccinal, et un refus de céder à la politique de la peur, l'ancien journaliste du Figaro s'est montré relativement peu engagé sur le volet sanitaire. Il a néanmoins affirmé la semaine dernière sur France Info qu'il supprimerait le passe sanitaire s'il était élu :

"Depuis un an et demi, on a beaucoup joué avec la peur des gens, c'est très excessif, on en fait trop et on en fait trop depuis le début" [...] Il a appelé à "remettre cette épidémie à sa juste mesure", considérant par ailleurs que "tout le monde en fait trop", notamment les autres pays d'Europe. [...] Éric Zemmour a également estimé qu'il fallait "arrêter d'être aussi brutal avec ces gens", alors que le gouvernement a acté l'envoi de 25 membres du GIGN et de 10 personnes du Raid vers la Guadeloupe, confrontée à une série de violences ayant pour origine la contestation de l'obligation vaccinale des soignants. [...] "Il y a une vraie incompréhension entre les populations guadeloupéennes, antillaises, françaises et Emmanuel Macron. Il a un problème avec le peuple." [...] Il s'est dit "choqué" par le fait "de virer des soignants qui ne sont pas vaccinés" et considéré "choquant" l'obligation vaccinale des soignants en général. "On a compris que le vaccin n'empêche pas de transmettre, il évite seulement la plupart des conséquences graves", déclare Eric Zemmour.


Des ratés à dépasser

L’annonce de cette candidature intervient dans une zone de turbulences pour Eric Zemmour : après une percée fracassante à la fin de l'été, sa précampagne semblait marquer le pas dans les sondages. Une dynamique grippée par les soubresauts d'une organisation en construction et par certains choix hasardeux : sa déclaration récente, qualifiée par certains d’outrancière, à propos de François Hollande – accusé, devant le Bataclan, d’avoir « préféré que des Français meurent [dans des attentats] plutôt que d’empêcher des migrants de venir en France » - et surtout son déplacement agité à Marseille, ponctué par un doigt d’honneur à une manifestante qui lui avait adressé le même geste, ont quelque peu érodé son image.

Dans l’entourage de l’ancien chroniqueur de CNews, on minimise, "un épiphénomène qui sera oublié avec cette entrée en campagne, entre l'annonce à midi, le journal de 20 heures ce soir et le meeting du Zénith", et on déplore que les journalistes de la presse locale aient trahi la confiance accordée en communiquant son parcours (donné sous embargo) aux militants "antifas" de la cité phocéenne, jouant les pompiers pyromanes en alimentant des troubles qu'ils relatent ensuite complaisamment - tout en déplorant, pour certains, le mauvais traitement supposé des journalistes... Les préfets, censés assurer la sécurité des déplacements, n'ont pas toujours joué non plus le jeu de la vie démocratique, regrettent-ils aussi, espérant qu'avec le véritable lancement de la campagne, ces bâtons dans les roues s'atténueront.

En attendant, leur candidat n'est pas dupe des attaques à venir, et les a d'ailleurs évoquées à la fin de son intervention, pour les parer d'avance avec assurance : « Face à nous, se dressera un monstre froid et déterminé qui cherchera à nous salir. Ils vous diront le pire sur moi, mais je tiendrai bon. Les quolibets et les crachats ne m’impressionneront pas. »
 

Olivier Faure : « Le micro de De Gaulle mais le discours de Pétain »

Comme pour illustrer son propos, les réactions ne se sont pas fait attendre. Sitôt le clip diffusé, la société de production Gaumont a fait savoir qu’elle se réservait le droit de porter plainte. En cause : l’utilisation par l’équipe de Zemmour d’extraits du film Jeanne d’Arc. D'autres extraits vidéos auraient aussi été repris sans autorisation préalable des auteurs. Aussitôt, les chaînes d’informations BFM TV et LCI ont décidé de ne plus diffuser la vidéo pour le moment. L'annonce de sa candidature a suscité des réactions contrastées : interrogée sur le plateau de BFM TV, Marine Le Pen a qualifié le clip d’Eric Zemmour « de passéiste et crépusculaire ». Même son de cloche du côté du député LFI Alexis Corbière, qui a estimé « qu’on avait plus l’impression qu’il s’agissait d’une déclaration à l’élection présidentielle de 1965 que celle de 2022 ».

Gilles-William Goldnadel : « Malgré les divergences qui nous opposent, beaucoup de choses dans son discours me touchent »

À l’Assemblée nationale, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a profité d’une séance de questions au gouvernement pour évoquer la vidéo du polémiste, dont il a considéré qu’elle était « absolument ignoble ».

« Le micro de De Gaulle mais le discours de Pétain. La bibliothèque de Pompidou mais les lettres de Renaud Camus. La musique de Beethoven mais les fausses notes d’un passé fantasmé pour un présent caricaturé. La France ne mérite pas cette sinistre mise scène », a quant à lui fustigé le leader du parti socialiste, Olivier Faure, sur Twitter.

À l’inverse, le compère d’Eric Naulleau a reçu le soutien circonstancié de Gilles-William Goldnadel. « Malgré les divergences qui nous opposent, beaucoup de choses dans son discours me touchent. Je ne supporte plus la marque d’infamie de "polémiste d’extrême-droite" alors qu’aucun média n’affuble Mélenchon de la griffe blessante de "tribun d’extrême-gauche". »
 

Interview sur TF1

« J’ai vu du Trump et j’ai vu qu’il s’adressait à un autre public. […] J’ai vu quelque chose de plus populaire, de plus violent », a analysé Pascal Praud sur le plateau de RTL. Et d’ajouter : « Lorsqu’on dit la France telle que vous l’avez connue n’existe plus, je trouve que c’est caricatural. […] J’y ai vu une forme de trumpisme qui n’existait pas dans d’autres discours. »

Le principal intéressé aura l’occasion de réagir aux nombreuses réactions que son annonce a suscitées, ce soir, dans le JT de TF1, où il répondra en direct aux questions de Gilles Bouleau à 20 heures.

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