Claude Malhuret, un pourfendeur du populisme pressenti pour devenir ministre de la Santé

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FranceSoir
Publié le 30 avril 2022 - 23:55
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Claude Malhuret, le 23 février 2022 au Sénat
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F. Froger / Z9, pour FranceSoir
Claude Malhuret, sénateur de l'Allier (Auvergne-Rhône-Alpes)
F. Froger / Z9, pour FranceSoir

Si tous les Français ne le connaissent pas encore, le sénateur Claude Malhuret n’est pas un nouveau venu dans l’arène politique. Sa carrière, longue de plus de 35 ans, a débuté en 1986, lorsqu’il est nommé secrétaire d’État chargé des droits de l’homme dans le premier gouvernement de cohabitation formé par Jacques Chirac, sous la présidence de François Mitterrand. Soutien indéfectible des décisions du gouvernement et de la politique du président de la République, pourfendeur d'antivax, il est aujourd'hui pressenti pour être ministre... de la Santé. Portrait.

Un habitué des salves anti-populistes

Qu'il soit de droite ou de gauche, le "populisme" occupe une place prédominante dans les discours du sénateur de l'Allier. Malhuret, c'est une voix, une éloquence. Qu'on l'aime ou pas ne change rien... Il sait galvaniser les esprits pour rallier les hésitants. Influent, l'homme est aussi redouté, tant pour ses formules venimeuses que pour son outrecuidance à critiquer les positions à contresens de celles du gouvernement.

Au fil du quinquennat d’Emmanuel Macron, le sénateur s’est fait remarquer pour ses prises de parole très dures à l’encontre de ceux qui se sentent victimes d’un système et le font savoir en protestant.

En 2018, il s’en prend aux Gilets jaunes dès le début des manifestations, rappelant que "la loi se fait au Parlement, et pas sur les ronds-points".

Et, lorsqu'un des porte-paroles du mouvement appelle à "entrer dans l’Élysée", Claude Malhuret voit deux issues possibles pour sortir de la crise : "Soit l’insurrection, soit en cas de pourrissement, la dispersion d’un mouvement et l’oubli de ses objectifs dont il ne resterait pas plus que ce qu’il reste d’un moineau ayant traversé un ventilateur".

Lors des débats sur la situation sanitaire et le passe vaccinal, blâmant les opposants à la vaccination, Claude Malhuret fustige leur positionnement et les idées qu'ils défendent. Le 11 janvier 2022, dans le petit hémicycle du Sénat, il termine son discours par ces mots : 

"Oui, le passe vaccinal est une façon de pousser à la vaccination. Et pour tout dire, l’idéal serait la vaccination obligatoire, comme il en existe onze autres sans que personne ne hurle à la tyrannie. Vous ne la proposez pas parce que vous craignez que les boutefeux ne finissent par déchirer un pays exténué et parce qu’en démocratie il n’y a pas de moyen infaillible de l’imposer, et vous avez sans doute raison. Alors, va pour le passe vaccinal. Les offusqués professionnels diront que vous créez deux catégories de Français, alors que ce sont eux qui se placent en marge et nous mettent en danger. Ils diront que vous les stigmatisez, alors que depuis un an ils traitent les vaccinés de moutons, les soignants de collabos, qu’ils saccagent les permanences des élus et les menacent de mort. Mais nous allons poursuivre ensemble, calmement, la lutte contre l’épidémie. Malgré eux. Et avec l’immense majorité des Français."

Des propos surprenants de la part d’un homme qui, s’il a peu exercé la médecine, n'en reste pas moins médecin pour l'avoir étudiée pendant plusieurs années avant de devenir interne des hôpitaux de Paris. Surprenants parce que Claude Malhuret ne peut pas ignorer que les vaccins rendus obligatoires par le passé, ne l'ont jamais été aussitôt après leur invention. L'obligation était instaurée seulement lorsque tous les désagréments et les risques avaient été raisonnablement envisagés par les autorités sanitaires et après que celles-ci s'étaient assurées que le bénéfice l’emportait sur le risque.

Ara, pour FranceSoir

 

Lire aussi : Le Sénat entame les débats sur l'instauration du passe vaccinal

Le sénateur ne se contente pas de s’en prendre aux "antivax". Il charge également les élus et les responsables politiques opposés à la vaccination, sans oublier d’égratigner au passage, et sans le nommer, le professeur Didier Raoult.

"Les Philippot, Asselineau, Le Pen, Dupont-Aignan ou Mélenchon, ce pacte germano-soviétique de la désinformation, ont été successivement pour la chloroquine, contre le vaccin, contre le passe sanitaire et maintenant contre le passe vaccinal, avec une infaillibilité absolue dans l’aveuglement. Ces amoureux des dictatures, il faut quand même qu’ils soient gonflés pour accuser le gouvernement et le Parlement de prendre des mesures liberticides. S’ils avaient été au pouvoir, la vaccination aurait perdu des mois. Et les morts auraient été bien plus nombreux, comme chez leurs amis Bolsonaro l’antivax ou Poutine et son vaccin inopérant réclamé à grands cris par Mélenchon et dont même les Russes ne veulent pas. Les Français n’auraient eu droit qu’aux remèdes bidons d’un gourou rocambolesque, validés par la Twitter School of Medicine et la Facebook University."

Le 1er mars 2022, lors d’une prise de parole à propos du conflit russo-ukrainien, il s’en prend à nouveau à ceux qu’il appelle des "politiciens aux abois qui essaient de se refaire la cerise".

"S’il (Vladimir Poutine) en est arrivé là, c’est en partie à cause de nos propres lâchetés. L’invasion de la Géorgie, l’annexion de la Crimée, le Donbass, la Transnistrie, les crimes contre l’humanité commis en Tchétchénie ou en Syrie, les centaines d’assassinats et les milliers d’emprisonnements en Russie même : tout cela, nous l’avons laissé faire. Quelques discours ont été prononcés à l’ONU sur les droits de l’homme et le droit international, et puis, circulez, il n’y a rien à voir !
Ce n’est pas seulement par lâcheté que nous n’avons rien fait. C’est parce que les démocraties ont en leur sein une cinquième colonne, le plus souvent soudoyée par le Kremlin, qui reprend mot à mot sur les réseaux antisociaux, au moyen de milliers de faux comptes, de trolls et de bots pilotés depuis Moscou, sur les radios et télévisions de RT, Sputnik et, hélas !, d’autres encore, la propagande de Poutine : l’Ukraine n’existe pas, elle est dans la sphère russe, ses dirigeants sont des nazis.
Vladimir Zemmour, Joseph Vissarionovitch Mélenchon et Anastasia Le Pen sont depuis longtemps les généraux en chef de cette cinquième colonne."

Un parcours professionnel et politique riche et éclectique

Médecin épidémiologiste, mais également titulaire d’un certificat d’aptitude à la profession d’avocat, Claude Malhuret a donc peu exercé la médecine. Sa dernière expérience de médecin sur le terrain remonterait à l’année 1975, lorsque l’Organisation mondiale de la santé l’envoie en Inde au Bengale-Occidental, pour travailler en tant que médecin épidémiologiste.

Pour autant, il ne s’est jamais désintéressé des sujets de santé. En 1976, cet ancien soutien du mouvement de Mai 68, membre du Parti socialiste unifié et de l’Unef, devient coordinateur des équipes médicales de l’association Médecins sans frontières (MSF). Une expérience qui le marque pour longtemps puisque, depuis, il ne cesse d’être excédé par "la sempiternelle tendance des Français à se plaindre de tout"; qu’il dénonce face à des peuples qui n’ont presque rien. Une critique qu’il remet au goût du jour au moment de l’épidémie de Covid-19 et de la campagne de vaccination, n’hésitant pas à dénoncer les citoyens français qui expriment "le rejet de tout", particulièrement des vaccins.

À la fin des années 70, Malhuret s’éloigne définitivement du militantisme de gauche. Il s’est expliqué de cette rupture en 2003 dans un livre intitulé Les vices de la vertu ou la fin de la gauche morale (Robert Laffont). Une décision qui tient à la fois de la prise de conscience de l’horreur totalitaire communiste au moment du génocide commis par le régime khmer rouge, de l’idéologie tiers-mondiste avec laquelle il rompt au moment des massacres d’Éthiopie, et, enfin, du cynisme de François Mitterrand qu’il ne cesse de dénoncer. Au vu de ces éléments, il cesse de militer à gauche et apporte son soutien à Valéry Giscard d’Estaing, qui se représente pour un second mandat de président en 1981.

En 1986, avant même qu'il ait remporté une élection au suffrage universel, Jacques Chirac, devenu Premier ministre de la cohabitation, le nomme secrétaire d’État aux Droits de l’homme, sur proposition d’Alain Madelin. Son action au gouvernement est marquée par une loi sur l’autorité parentale "constituant un progrès notable dans la protection de l’enfant et dans celui du maintien du couple parental, particulièrement en ce qui concerne le cas de l’enfant naturel".

En 1989, il devient maire de Vichy (Allier), d’où il est originaire, un mandat qu’il exerce jusqu’en 2014 avant de devenir sénateur de l’Allier. 

Parallèlement à ses mandats politiques, il fonde en mai 2000 le site internet Doctissimo avec le docteur Laurent Alexandre, seul portail d’information médicale à survivre à l’éclatement de la bulle Internet au début des années 2000. Officiellement, les articles sont rédigés soit par des médecins, soit par des journalistes. Et, pour garantir la fiabilité des informations, l'ensemble des contenus rédactionnels seraient revus par le directeur médical du site, docteur en médecine.

Une fiabilité affichée qui a, cependant, été mise en doute dans un article de Capital : "Doctissimo a compris le truc pour titiller la curiosité de 'patients' : il joue sur leur angoisse, en suggérant le pire. Un doute sur un grain de beauté, et nous voilà vingt minutes plus tard dans le dossier 'Depistage du cancer de la peau." On apprend également que les articles n'ont pas été créés pour le site, mais qu'ils ont été copiés "dans les encyclopédies d'information médicale dont les droits ont été rachetés au début des années 2000."

Si la bulle Internet n'a pas fait disparaître Doctissimo, le site connaît un ralentissement dans sa croissance et les actions ont perdu de leur valeur.  En 2006, Claude Malhuret vend ses actions au plus bas. « La connerie de ma vie » confiera-t-il plus tard alors qu’en 2008, le groupe Lagardère rachetait Doctissimo pour 70 millions d’euros.

En 2003, Claude Malhuret devient directeur du développement éthique de Korian, un groupe qui gère 300 établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). 

Si l’on en croit les critiques, l’éthique et la déontologie médicales n’auraient pas été respectées. Le 1ᵉʳ mars 2022, "Cash Investigation" révèle le scandale qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Le documentaire met en lumière de graves manquements, puisque le groupe faisait travailler à des postes d’aide-soignante des personnes sans diplôme et sans formation, une situation qui avait conduit plusieurs salariés de ces Ehpad Korian à avertir les journalistes. 

Pour vérifier ces informations, la rédaction de Cash Investigation a décidé de faire embaucher Marie Maurice, sans diplôme d’aide-soignante, dans les Ehpad du groupe. La jeune femme a répondu à plusieurs annonces du groupe Korian, mais également à celles des groupes DomusVi et Orpéa. Si les deux derniers groupes ont refusé sa candidature ou n’y ont pas répondu, trois établissements du groupe Korian sur les huit sollicités ont donné une suite favorable à sa demande. Embauchée comme auxiliaire de vie alors qu’elle ne possède ni diplôme ni formation dans ce domaine, elle se trouve dès son premier jour affectée aux missions dévolues aux aide-soignantes, puisqu’il lui est demandé d’administrer des médicaments. 

La violence dans les institutions pour personnes âgées est suffisamment connue pour avoir suscité depuis plusieurs années de nombreux débat, suite à divers scandales. Des réflexions éthiques ont été engagées sur la fin de vie et les problématiques liées au grand âge. Malgré ses efforts, la maltraitance, son caractère répété et insidieux, demeure. "Mon rôle était de déceler les maltraitances et de concevoir un programme de bientraitance."avait déclaré Claude Malhuret. Une belle promesse qui ne semble pas avoir été suivie par des engagements.

Voir aussi : Scandale Orpea: le gouvernement publie un rapport d'enquête accablant

Pourtant, comme directeur du développement éthique de Korian mais également entant que parlementaire, Claude Malhuret avait toutes les cartes en main pour porter les réflexions éthiques sur la fin de vie et sur les problématiques liées au grand âge et à la maltraitance dans les établissements médicalisées. Hélas, rien ne semble avoir avancé dans ce domaine alors que la place des personnes âgées dans la société est un défi économique, mais également social, et que la population continue de vieillir.

A cette heure, sa nomination avenue de Ségur n'est qu'une rumeur. Mais s'il devenait le successeur d'Olivier Véran, nul doute qu'au vu de son pedigree et de ses envolées à la tribune du Sénat, un tel choix serait perçu comme une véritable provocation de la part d'Emmanuel Macron.

Le sénateur Alain Houpert s'est élevé de façon mordante contre cette perspective :

Dessin

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