Marine Le Pen en campagne dans l'Outre-mer "méprisé"

Auteur:
 
Par Anne RENAUT - Paris (AFP)
Publié le 14 décembre 2021 - 18:08
Cet article provient directement de l'AFP (Agence France Presse)
Image
La candidate du Rassemblement national (RN) à la présidentielle Marine Le Pen le 2 décembre 2021 à Paris
Crédits
© JULIEN DE ROSA / AFP
La candidate du Rassemblement national (RN) à la présidentielle Marine Le Pen le 2 décembre 2021 à Paris
© JULIEN DE ROSA / AFP

Marine Le Pen va faire campagne de jeudi à mardi à Mayotte, puis à la Réunion, pour redonner une "place centrale" aux territoires d'outre-mer qu'elle juge "méprisés" et qui représentent une réserve de voix non négligeable pour la candidate désormais concurrencée par Éric Zemmour.

"Mayotte est en train de vivre notre futur. C'est un symbole de ce que nous pourrions vivre demain si on ne fait rien, et un symbole de l'abandon de l'Etat", a estimé mardi devant la presse la candidate du Rassemblement national à la présidentielle, en dénonçant le "laisser-faire, laisser-aller, laisser-passer" des gouvernements successifs en matière d'immigration.

Petite île située entre Madagascar et la côte est-africaine, Mayotte fait face à une forte immigration clandestine venue principalement des îles des Comores qui ne sont qu'à 70 km de ses côtes. Les migrants empruntent des embarcations de fortune, les "kwassa-kwassa", pour rallier Mayotte, souvent au péril de leur vie. Samedi, cinq d'entre eux ont péri en mer.

Marine Le Pen rencontrera vendredi le Comité de défense des intérêts de Mayotte (Codim), groupe qui avait participé aux mouvements de "décasages" illégaux de 2016 pour expulser ceux qu'il considérait comme clandestins, ainsi que des familles de victimes de l'insécurité et de violences, pour lesquelles elle accuse les "bandes de migrants étrangers".

- Crise sociale -

Outre l'immigration, contre laquelle la candidate propose à l'échelle nationale un référendum, Marine Le Pen veut aussi s'attaquer à la "précarité indigne" des Ultramarins qui "souffrent d'un coût de la vie plus élevé qu'en métropole". Elle promet à cet égard, comme en métropole, de baisser la TVA sur l'essence, l'électricité et le gaz mais aussi de réformer l'octroi de mer, une taxe sur les produits en outre-mer qui finance les communes.

En insistant sur le pouvoir d'achat, elle se différencie aussi de son rival Eric Zemmour, plus libéral qu'elle sur le plan économique et social.

Sur ce même thème, le président par intérim du RN Jordan Bardella s'était rendu début décembre en Martinique, touchée comme la Guadeloupe par une crise sanitaire et sociale, née au départ du refus de l'obligation vaccinale pour soignants et pompiers. Le RN défend la "liberté" vaccinale et est opposé au pass sanitaire.

Pour autant, Marine Le Pen "ne pense pas qu'une modification statutaire soit de nature à régler les problèmes" des Antilles et juge le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu "à côté de la plaque" quand il évoque la possibilité d'une plus grande autonomie de la Guadeloupe.

En quête, comme Eric Zemmour, de parrainages pour sa candidature, Marine Le Pen affichera à Mayotte le soutien d'un élu du parti centriste MDM, et sera reçue à la Réunion lundi par le maire de La Plaine-des-Palmistes, Johnny Payet, le jour de la "Fèt Kaf" qui célèbre l'abolition de l'esclavage sur l'île.

- "Méprisés" -

Elle sera aussi reçue à Mayotte comme en 2016 par le Grand Cadi, Hamada Saanda Mahamoudou, représentant religieux (musulman) de l'île, marquant encore sa différence d'avec Eric Zemmour pour qui l'islam n'est "pas compatible avec la France".

Jugeant ces territores "abandonnés" et "méprisés", Marine Le Pen leur a promis mardi une "place centrale" si elle est élue, en proposant à nouveau d'y consacrer un "grand ministère d'Etat" et une loi programme pour 15 ans.

Pour la candidate d'extrême droite, "il s'agit d'additionner" les voix alors que la "compétition se fait plus rude avec Eric Zemmour". Or la Réunion, avec ses 800.000 habitants, "constitue le plus gros réservoir" outre-mer, souligne la chercheuse invitée au Cevipof Christiane Rafidinarivo.

"Elle a des arguments sur l'immigration comorienne ou la question sécuritaire, qui n'est toujours pas résolue" et qui génère "de plus en plus de migrations de Mayotte vers la Réunion", ajoute-t-elle.

Alors que l'ancien président du FN Jean-Marie Le Pen n'a jamais pu faire campagne aux Antilles, sa fille, chantre de la "dédiabolisation", est arrivée en tête dans huit territoires d'outre-mer sur onze aux élections européennes de 2019. Après avoir progressé à la présidentielle de 2017, où elle avait obtenu au second tour plus de 40% des voix dans trois territoires, dont Mayotte.