Nadia Remadna, la mère qui fait trembler les maires de banlieue

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Nadia Remadna, la mère qui fait trembler les maires de banlieue

Publié le 02/04/2016 à 18:46 - Mise à jour à 18:49
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Auteur(s): La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP
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En 2013 Nadia Remadna, ancienne médiatrice scolaire, a fondé la "Brigade des mères". Une association qui agit pour protéger des dérives les enfants des banlieues. Elle accuse notamment des élus locaux d'avoir manqué à leur devoir pour obtenir la paix sociale.

"Est-ce que 200 voix valent 130 morts?" C'est avec ce genre de déclarations fracassantes que Nadia Remadna, fondatrice de la "Brigade des mères", est devenue la bête noire des élus de banlieue qu'elle accuse de faire le lit du terrorisme, pour préserver la paix sociale.

"Nous, les Français, on va devoir apprendre à vivre avec la peur, comme les Algériens au temps de la guerre civile. Si on aime la France autant qu'on le dit, il faut qu'on se lève tous", lance cette grande femme de 52 ans aux longs cheveux noirs.

Ce jour-là, alors que la capitale belge est frappée au cœur par un double attentat, cette mère divorcée de quatre enfants est invitée par l'Observatoire de la laïcité de Saint-Denis pour parler de son livre, Comment j'ai sauvé mes enfants (Calmann-Lévy).

Sa sortie en janvier a donné une tribune nationale à cette femme au caractère bien trempé, jusqu'alors surtout connue des mères de famille de Sevran (Seine-Saint-Denis) pour sa capacité à secouer les institutions comme à trouver des solutions concrètes.

Retrouver une ado fugueuse, dénicher un avocat en urgence pour un gamin qui a fait une bêtise, mettre à l'abri une femme battue, "expliquer à un psy scolaire que ce n'est pas son rôle d'orienter d'office toutes les filles vers le sanitaire et le social et tous les garçons vers Roissy-Charles-de-Gaulle pour être bagagistes"... Mais aussi, remonter les bretelles à un collégien qui sèche l'école, trouver un boulot à un détenu qui a besoin de gages d'insertion, etc.

En 2013, voyant que son téléphone n'arrêtait pas de sonner, Nadia Remadna a eu l'idée de fonder la "Brigade des mères". Pour "intervenir quand c'est chaud", à l'image de "la Brigade des stups ou de la BAC", explique cette ancienne médiatrice scolaire.

La "BDM" n'a pas de local, aucune subvention mais qu'importe: des centaines de mères, y compris des beaux quartiers parisiens, l'ont rejointe et, ailleurs en France, d'autres "BDM" sont en train de se former.

Si Nadia Remadna encourage les femmes à prendre leur destin en main, c'est qu'elle-même a fait l'expérience de l'enfermement. L'été de ses 13 ans, alors que la famille passe les vacances en Algérie, son père lui dit de dire "adieu à la France". Tous restent au bled, d'où elle parvient à s'enfuir l'année de ses 25 ans. Pendant que son père est à la mosquée, elle lui vole ses économies et saute dans un taxi, direction Sétif et la liberté.

Longtemps, Nadia a concentré ses attaques sur le patriarcat qui règne dans les quartiers populaires. Mais depuis les attentats du 13 novembre, les élus, jugés responsables de la "salafisation" des banlieues, sont la cible principale de sa vindicte, à commencer par le maire de Sevran. Avec les parents d'un jeune tué en Syrie, elle accuse Stéphane Gatignon (UDE) d'avoir fermé les yeux sur la présence de recruteurs sur sa commune: pas moins de six Sevranais seraient morts dans les rangs de l'organisation État islamique.

"Est-ce que 200 voix valent 130 morts? Je vous préviens, la prochaine fois qu'un jeune meurt à Sevran, je porte plainte pour non-assistance à personne en danger", lance Nadia Remadna.

Un discours "simpliste" et "culpabilisant" qui fait bondir François Pupponi, le député-maire PS de Sarcelles (Val-d'Oise): "La réalité, c'est que les maires sont mis de côté par les préfectures. On fait ce qu'on peut, mais on n'a pas de pouvoir."

"Elle a raison de dire qu'il y a eu des accommodements déraisonnables, mais tous les élus ne sont pas à mettre dans le même panier", estime de son côté Frédérique Calandra, la maire du XXe arrondissement. Pour l'édile socialiste, Nadia Remadna a cependant le mérite de parler au nom de ces femmes de banlieue que la République a "abandonnées".

Pour la philosophe Elisabeth Badinter, qui la soutient activement, cette pasionaria de la laïcité "se bat pour l'application des lois et veut tout simplement stopper la régression dont les femmes sont victimes". En ce sens, c'est "une représentante actuelle des Lumières".

 

Auteur(s): La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP

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Les élus, jugés responsables de la "salafisation" des banlieues, sont la cible principale de la vindicte de Nadia Remadna.

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