"On forme des médecins, pas des orateurs" : des étudiants en colère contre l'oral de médecine

"On forme des médecins, pas des orateurs" : des étudiants en colère contre l'oral de médecine

Publié le 29/09/2021 à 19:53 - Mise à jour le 30/09/2021 à 13:17
Pixabay License
PARTAGER CET ARTICLE :
Auteur(s): FranceSoir
-A +A

« Nous sommes un crash-test avec cette réforme » : cette année, 72% de la note en première année de médecine était attribuée à l’oral. Une réforme pour essayer d’obtenir des profils différents, mais qui comportait de fortes incohérences selon les étudiants en médecine restés sur la touche : ces oraux s'appuyaient sur des questions de société telles que « le racisme, l’agriculture, les gaz hilarants » ou même sur l’analyse d’une chanson de Louis Chedid, des thèmes n’ayant aucun lien avec des questions de médecine.

Ni les étudiants, ni le jury n’étaient clairement informés de l’importance de cet oral. Charlotte, qui a fait sa première année à l’université de Paris, fait partie de ces étudiants très haut placés dans le classement suite aux examens écrits. Jointe par téléphone, elle témoigne : « on n'a eu aucune préparation à l’oral, on nous a prévenus deux mois à l’avance en nous disant que la note compterait pour 50% de la note ; il n’y avait pas de barème exact, il n’y a eu aucune formation des jurys. Pour certains jury, 14 étaient une note excellente, alors que d’autres allaient jusqu’à 18. Entre 14 et 18, il y a un énorme trou. Donc ça faisait deux poids, deux mesures, ce n'est pas possible de voir ça quand on sort de huit mois de travail intense en première année de médecine ! »

 

Les étudiants se sont heurtés à l’irresponsabilité des décisionnaires : requête auprès du doyen de l’université de Paris, qui dit qu'il ne peut rien faire, qu’il faut aller voir le ministère. Ce dernier répond qu’il ne peut rien faire non plus, qu’il faut aller voir la directrice de l’université. Charlotte nous affirme que celle-ci leur a menti délibérément durant leur rendez-vous : la présidente Christine Clerici leur explique que même si elle souhaitait les repêcher, soit rajouter 40 étudiants en plus des 800 admis, elle ne pourrait pas prendre plus d’élèves. L’étudiante bout : « après on a vu ça avec notre avocat, elle est vraiment capable de nous reprendre. Elle ne veut pas, on ne sait pas pourquoi, la présidente ne s’est pas justifiée. »

Pour Charlotte, ces oraux peuvent être intéressants pour sélectionner des profils différents, « mais il faut des règles précises. On ne peut pas évaluer tout le monde sur des sujets de société, ou en tout cas pas avec de tels coefficients. On forme les médecins de demain, là. On ne forme pas des orateurs. »

Beaucoup de ces étudiants recalés malgré leurs connaissances en médecine sont partis viser une licence dans un autre cursus, parfois proche de leur anciennes études comme la licence SIAS (Sciences interdisciplinaires appliquées à la santé), d'autres ont carrément changé pour une inscription en droit ou en éco-gestion. Pour se défendre et faire comprendre leur problème, ces étudiants ont réalisé une courte vidéo illustrant les thèmes de société sur lesquels ils ont été jugés, davantage que pour la restitution de ce qu'ils ont étudié ces huit derniers mois.




Voir aussi : "On crache sur l'avenir" : le sénateur Alain Houpert défend les étudiants en médecine

Auteur(s): FranceSoir

PARTAGER CET ARTICLE :

Chère lectrice, cher lecteur,
Vous avez lu et apprécié notre article et nous vous en remercions. Pour que nous puissions poursuivre notre travail d’enquête et d’investigation, nous avons besoin de votre aide. FranceSoir est différent de la plupart des medias Français :
- Nous sommes un média indépendant, nous n’appartenons ni à un grand groupe ni à de grands chefs d’entreprises, de ce fait, les sujets que nous traitons et la manière dont nous le faisons sont exempts de préjugés ou d’intérêts particuliers, les analyses que nous publions sont réalisées sans crainte des éventuelles pressions de ceux qui ont le pouvoir.
- Nos journalistes et contributeurs travaillent en collectif, au dessus des motivations individuelles, dans l’objectif d’aller à la recherche du bon sens, à la recherche de la vérité dans l’intérêt général.
- Nous avons choisi de rester gratuit pour tout le monde, afin que chacun ait la possibilité de pouvoir accéder à une information libre et de qualité indépendamment des ressources financières de chacun.

C’est la raison pour laquelle nous sollicitons votre soutien. Vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire et nous donner des marques de confiance, ce soutien est précieux, il nous permet d’asseoir notre légitimité de media libre et indépendant et plus vous nous lirez plus nous aurons un impact dans le bruit médiatique ambiant.
Alors si vous souhaitez nous aider, c’est maintenant. Vous avez le pouvoir de participer au développement de FranceSoir et surtout faire en sorte que nous poursuivions notre mission d’information. Chaque contribution, petite ou grande, est importante pour nous, elle nous permet d'investir sur le long terme. Toute l’équipe vous remercie.




Des étudiants en médecine recalés sur des sujets n'ayant rien à voir avec la médecine

Newsletter


Fil d'actualités Politique




Commentaires

-