Police, syndicat, médias : sur le chiffrage des manifestations, la guerre des trois

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Par Cyril TOUAUX - Paris (AFP)
Publié le 25 janvier 2020 - 09:16
Mis à jour le 26 janvier 2020 - 10:42
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Manifestation à Paris le 24 janvier 2020 contre la réforme des retraites
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Manifestation à Paris le 24 janvier 2020 contre la réforme des retraites
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Depuis près de deux ans, pour sortir du traditionnel et parfois surréaliste face à face police-organisateurs sur les chiffres des manifestations à Paris, un autre acteur, financé par un collectif de médias, le cabinet d'études Occurrence, livre une 3e estimation qui se rapproche bien plus des autorités, et n'échappe pas aux critiques.

C'est un sujet sans fin. Comment compter une population qui manifeste? Et surtout qui croire? Lors de la manifestation parisienne vendredi, la police a par exemple dénombré 31.000 personnes, la CGT entre 350 et 400.000. Ces écarts, répétés, parfois de l'ordre de 1 à 10, voire plus, entre la police et les organisateurs, ont convaincu une partie des médias de faire appel depuis la fin 2017 à une autre source.

"Ce n'était pas journalistiquement satisfaisant de donner deux vérités alternatives", explique Thomas Legrand, éditorialiste politique à France Inter à l'origine, avec d'autres, de cette mutualisation du chiffre.

Près de 80 médias - dont l'AFP fait partie - paient pour bénéficier d'un chiffre censé échapper à tout soupçon de manipulation et délivré par un cabinet d'études basé à Paris. "Le seul chiffre qui ne soit pas politique et qui se rapproche le plus de la vérité", assume Thomas Legrand.

Pour la manifestation de vendredi, Occurrence a par exemple dénombré 39.000 personnes.

En moyenne, sur une trentaine de manifestations comptées par Occurrence, leurs chiffres s'écartent selon eux d'un peu plus de 15% de ceux de la police, de plus ou de moins, et de près de 250% de ceux des organisateurs, toujours en dessous.

- Méthodologie critiquée -

Alors que la police et les syndicats comptent manuellement, en cliquant sur différents points de défilé, Occurrence utilise la détection automatique. Placée dans une chambre d'hôtel en hauteur sur le parcours de la manifestation, une caméra filme les passages des manifestants. Le flux est ensuite analysé par un algorithme qui décompte les personnes franchissant une ligne virtuelle à l'aplomb de la caméra, le tout découpé en tranche de 10 secondes.

Pour pallier les défaillances techniques de l'algorithme qui bugue lorsque les passages sont très compacts, Occurrence effectue des redressements en fonction de la densité, et recompte certains passages - les plus denses - à la main. En moyenne, les manifestations font l'objet de 20% de redressement.

Mais voilà, dans des conclusions publiées mi-décembre 2019 sur Twitter, Bruno Andreotti, professeur de physique à l'Université Paris VII, invité en mai 2018 à observer un comptage d'Occurrence, n'a pas été tendre. Problèmes de mesure, redressement trop important, non prise en compte des manifestants échappant à la caméra...

"La mesure brute qui sort n'est pas bonne. Elle se casse la gueule quand c'est très dense, l'algorithme ne marche pas. C'est comme si vous aviez un thermomètre bloqué à 45 degrés et que vous vouliez prendre la température de votre poulet au four à 120 degrés", dit-il.

Une salve peu appréciée par Assaël Adary, le patron d'Occurrence, qui estime ces critiques "injustes". Occurrence ne prend en effet pas en compte les manifestants rejoignant le cortège sans passer par leur point de comptage, ceux qui arrivent par des rues adjacentes ou qui rejoignent la manifestation à la fin. "Nous comptons les gens qui passent devant nos capteurs, y compris des passants sur les trottoirs qui ne manifestent pas. Mais pas les autres", explique-t-il.

- "Ca pose question" -

"L'algorithme est imparfait car sa fiabilité va dépendre de la densité de la foule. Et si on couple avec un recomptage à la main, c'est problématique", estime de son côté Medhi Moussaid, chercheur spécialisé dans le comportement des foules.

Côté CGT, l'arrivée de ce nouvel acteur, qui donne des chiffres toujours inférieurs aux siens, n'est pas forcément appréciée. "Je trouve leurs chiffres incroyablement bas, plus bas que ceux de la police. Ca pose question", estime Benoît Martin, de l'UD CGT Paris, "je trouve que leur impartialité affichée ne correspond pas à la réalité".

Malgré ce qu'il qualifie de "failles", Mehdi Moussaid assure que "le principe général est bon". "On avait à faire avec des comptages sauvages, aux biais cognitifs, ininformatifs. Le principe qui tend à plus de neutralité est bon. Et, comme chaque technologie, cela évolue, la version 1 est mauvaise, mais la version 2 sera meilleure".

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