Terrorisme: la radicalisation islamiste en prison, un phénomène croissant

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Pierre Plottu
Publié le 14 novembre 2014 - 16:49
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Une prison.
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©Henry Hagnäs/Flickr
Les détenus musulmans représentent entre 30% et 50% de la population carcérale en France.
©Henry Hagnäs/Flickr
A la prison de Fresnes (Val-de-Marne), les détenus identifiés comme islamistes radicaux ont étés isolés afin qu'ils ne puissent pas recruter parmi les autres prisonniers. Cette expérimentation pose la question de la radicalisation derrière les barreaux. Un phénomène qui, s'il ne date pas d'hier, est de plus en plus important.

Quand on parle de la radicalisation des détenus derrière les barreaux, Mehdi Nemmouche et Mohammed Merah sont les deux noms qui viennent immédiatement à l'esprit. Au départ petits voyous, certes musulmans pratiquants mais sans velléités djihadistes, l'un comme l'autre se seraient convertis à un islam radical en prison, avant de commettre leurs attentats.

La prison serait-elle devenue une pépinière de djihadistes? Oui, mais attention: il ne s'agit pas d'un phénomène nouveau. Au début des années 1990, déjà, Khaled Kelkal sombrait dans un islam dévoyé et violent après un séjour derrière les barreaux. Après une série d'attentats sanglants au cours de l'année 1995, celui qui était l'un des principaux auteurs d'attentats pour le GIA (un groupe algérien) fut, comme Merah, abattu par la police aux termes d'une fusillade diffusée en direct à la télévision.

Quelques années plus tard, c'est au tour du "Gang de Roubaix", un groupe terroriste français proche d'Al-Qaïda, de défrayer la chronique. Démantelé en 1997, ce gang ressemblait certes plus à une bande criminelle qu'à une vraie cellule terroriste, mais il s'est tout de même rendu responsable de plusieurs attentats.

La plupart de ses membres ont également combattus l'armée bosniaque en Bosnie dans les années 1994-1995. Ils étaient alors intégrés dans les "brigades de moudjahidine", aux côtés de combattants afghans notamment.

Ces deux exemples prouvent que la radicalisation de détenus en prison, où les détenus musulmans représentent entre 30% et 50% de la population, n'est pas un phénomène nouveau. Il tend toutefois à s'accélérer. Ainsi, en juin dernier, Christiane Taubira a indiqué que 90 détenus sont actuellement suivis par ses services parce qu'ils présentent un risque de radicalisation islamiste.

De longue date, les services pénitentiaires et le ministère de la Justice ne ménagent pas leurs efforts pour tenter d'enrayer cette spirale. Surveillance des services spéciaux, recrutement d'aumôniers musulmans assermentés, l'expérience actuellement menée à Fresnes, qui vise à isoler les détenus identifiés comme islamistes radicaux, n'est que la dernière trouvaille d'une longue liste de remède. Des prescriptions pour le moment restées sans effet.

 

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