Une amplification des mouvements contre le passe sanitaire attendue demain

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Laurence Beneux, pour FranceSoir
Publié le 22 juillet 2021
Mis à jour le 23 juillet 2021
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Manifestation contre le pass sanitaire
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SEBASTIEN SALOM-GOMIS / AFP
Une amplification des mouvements contre le passe sanitaire attendue pour le samedi 24 juillet
SEBASTIEN SALOM-GOMIS / AFP

Une mobilisation anticipée avec inquiétude par le gouvernement et les services de renseignement, après la mobilisation massive des citoyens samedi dernier. Une mobilisation inattendue pour les autorités, qui misaient sur les vacances estivales pour freiner un éventuel succès de mouvements de protestation. Par exemple, les manifestations des gilets jaunes avaient connu un sérieux coup de frein durant les périodes de vacances estivales, avant de reprendre de la vigueur en septembre.

Les services de renseignements craignent aujourd’hui une pérennisation du mouvement et une amplification massive. Une source proche de ces services nous explique que, tant l’ampleur des manifestations que la composition des manifestants inquiètent.
 
Nous apprenons que des consignes ont été données pour minorer le nombre de manifestants qui, d’après nos sources, se situerait plus dans une fourchette de 300 000 à 400 000 personnes que des 114 000 annoncés d’après les chiffres officiels.
 
Ensuite, contrairement à ce qui a été abondamment relayé, les manifestants étaient très hétérogènes et étaient loin d’être majoritairement composés « d’anti vax » irréductibles.
 
On y trouvait des citoyens inquiets pour les libertés publiques, vaccinés ou non, dont certains peu coutumiers de la protestation de rue, de toutes classes sociales et de toutes professions, même si un nombre important de soignants a été relevé. Beaucoup de citoyens tranquilles « qui travaillent et paient leurs impôts », qui venaient revendiquer leur attachement aux fondements de la République « liberté, égalité, fraternité », et on pourrait rajouter « unité ». En effet, tout en expliquant qu’ils étaient vaccinés, des manifestants comprenaient la défiance de leurs concitoyens réfractaires, « on nous a tellement menti et dit tout et son contraire », et affirmaient leur attachement à la liberté de choix et leur rejet d’une société à deux vitesses. Sans parler des vaccinés qui expliquaient leur frustration « de s’être senti obligé de prendre le risque » pour conserver leur travail ou la vie sociale à laquelle ils sont habitués…. 
 
Il est d’ailleurs à noter que, à quelques exceptions près, les manifestations se sont déroulées dans le calme, malgré une présence « police/gendarmerie » inhabituellement faible pour des évènements de cette ampleur. Mais cette hétérogénéité même, et l’aspect universel du principe défendu, la liberté, fait craindre aux spécialistes de l’évolution des mouvements de masse une expansion massive du mouvement. En effet, l’étude des mouvements de protestation récents largement étudiés sont la Manif pour tous et les Gilets jaunes. Il avait fallu 15 jours pour que les manifestants de la manif pour tous passent de 150 000 à plus d’un million. Mais les principes revendiqués n’étaient pas aussi larges que celui de « liberté », qui touche à peu près tout le monde, et de fait les catégories sociales manifestant étaient moins hétérogènes. Donc, les spécialistes de l’amplification des mouvements populaires anticipent une accélération du mouvement de facteur quatre en une semaine, soit environ 1,6 millions de manifestants samedi prochain. Au moins…
 
Et tout ça alors qu’en été, environ la moitié des forces de l’ordre sont en vacances. Et que policiers et gendarmes sont hostiles au contrôle du passe sanitaire. Si Stanislas Gaudon, délégué du syndicat « Alliance police nationale » objecte diplomatiquement au micro de RMC que « le contrôle du passe sanitaire n’est pas le cœur du métier de policier » et que « cela donne un mauvais rôle aux forces de l’ordre », la présidente des Femmes des Forces de l’Ordre en Colère, Aurélie Laroussie, qui a des retours larges de la profession, des quatre coins de France, a une réaction beaucoup plus tranchée : « Cette histoire de vaccin divise aussi dans la police… Comme partout, certains sont pour se faire vacciner, d’autres non, mais en général, ils comprennent aussi la colère des gens et sont de leurs côtés. Par contre, ils sont unanimes sur le sujet du contrôle du pass sanitaire dans les établissements : ce n’est pas leur rôle et ils n’ont pas signé pour ça. Je n’en connais pas beaucoup qui accepteront de faire ce job. Ils sont policiers et gendarmes, pas contrôleurs de la sécurité sociale ».
 
Une opinion relayée par un policier, qui utilise une des armes de protestation des policiers désespérés (l’obligation de réserve leur en laisse peu), l’arrêt maladie : « dans mon service, on n’est que 8 % de vaccinés, et on pense que ce passe est une belle arnaque. »
 
Remarque d’un policier dans un autre secteur : « A la Brigade Centrale des Chemins de Fer, il y a plus de 50% des policiers qui ne sont pas vaccinés, et un bon nombre ne veut absolument pas le faire. Donc, des policiers sans passe sanitaire circuleront dans les TGV alors que les gens en auront besoin pour voyager ?! »
 
Côté du Syndicat France Police – Policiers en Colère, exprime le même mécontentement dans un communiqué : « Nous nous sommes battus pour que les collègues qui souhaitaient se faire vacciner aient accès prioritairement aux doses tout comme nous nous battons pour que les policiers ne souhaitant pas se faire vacciner puissent être respectés dans leurs choix de santé. Le climat en France devient totalement irrespirable ».
 
Son secrétaire national, Antoine Villedieu enfonce le clou : « au début, on nous a interdit de porter un masque ; on nous disait que c’était anxiogène et que ça ne servait à rien. On n’avait pas de matériel de protection. Ensuite, on nous a menacés de sanctions si on ne portait pas de masque. Vous savez pourquoi le gouvernement a décidé de nous exonérer du passe sanitaire ? Parce qu’il a besoin de nous tous, et que s’il l’imposait, une partie importante des forces de l’ordre ne pourrait plus travailler. Mais nous savons très bien que si ça se calme, on nous l’imposera à nous aussi. »
 
Une chose est certaine, le gouvernement se trouve confronté à un double problème : le mécontentement populaire est important et risque de s’exprimer massivement. Mobiliser les forces de l’ordre, dont certains membres ont manifesté samedi 17 juillet, pour encadrer les manifestations ne va pas être une mince affaire. « Réquisitionner les collègues pour qu’ils rentrent de vacances risque de susciter des arrêts maladie en masse » commente un syndicaliste. Les encourager à réprimer les manifestations risque d’être encore plus compliqué parce que « ils sont à deux doigts de disjoncter » témoigne un représentant associatif. Même s’il y a « les jeunes qui sont en période probatoire et ont besoin de faire leur preuve » comme le commente un policier.
 
« Déjà, au moment des Gilets jaunes, les services de renseignement avertissaient des risques d’insurrection, mais ce gouvernement ne veut rien écouter et ne fait que ce qu’il veut » s’agace un syndicaliste policier. « Le problème ? » conclut le Syndicat France Police - Policiers en Colère, « Lorsque la cocotte-minute va exploser, ce sont nos personnels qui vont être exposés en première ligne pendant que les politiciens resteront bien au chaud planqués dans les palais de la République ».
 
Le risque que court actuellement le gouvernement ? Des manifestations massives dans tout le pays, qui pourraient lui rappeler que les libertés individuelles sont une chose sérieuse pour les citoyens, que la stratégie de l’affolement a ses limites, et que les forces de l’ordre sont des citoyens comme les autres, représentatifs de la population.

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