Esclavage: François Hollande inaugure le Mémorial ACTe en Guadeloupe

Esclavage: François Hollande inaugure le Mémorial ACTe en Guadeloupe

Publié le 10/05/2015 à 17:40 - Mise à jour à 19:09
©Gilles Morel/SIMAX/SIPA
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Auteur(s): RT
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A l’occasion de la journée nationale de commémoration de la fin de l'esclavage, François Hollande, en visite aux Antilles et dans les Caraïbes, a inauguré ce dimanche 10 mai en Guadeloupe le plus grand centre du monde à la mémoire des victimes de l’esclavage, le Mémorial ACTe.

"Aujourd’hui nous sommes rassemblés pour évoquer le passé qui nous engage encore davantage pour prévenir des fléaux qui nous menacent". A l’occasion de la "Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition", François Hollande, en tournée dans les Caraïbes, a inauguré ce dimanche 10 en Guadeloupe le plus grand centre du monde jamais conçu à la mémoire des victimes de l’esclavage, le Mémorial ACTe. Trois chefs d’Etat africains ont assisté au discours du président français: le Sénégalais Macky Sall, le Malien Ibrahim Boubacar Keïta et le Béninois Thomas Boni Yayi. Le président d’Haïti, Michel Martelly, ainsi qu’une quinzaine de ministres caribéens, étaient également présents.

"Je remercie du fond du cœur Victorien Lurel pour l’initiative qu’il a prise, soutenu qu’il était par l’ensemble des collectivités des Antilles et tous ceux qui, en outre-mer, savaient ce qu’ils entreprenaient avec ce Mémorial ACTe", a déclaré François Hollande en référence au président du conseil régional et à l’origine du centre, qui devrait ouvrir ses portes au grand public le 7 juillet.

"Je sais combien le maire de Pointe-à-Pitre a eu de clairvoyance pour installer ici le mémorial", a poursuivi le chef de l’Etat. Situé au bord de l’eau dans le quartier populaire de Pointe-à-Pitre, la capitale guadeloupéenne, cet édifice de plus 7.000 mètres carrés abrite trois pôles et a été bâti sur le site symbolique d’une ancienne usine sucrière qui pratiquait le travail forcé au XIXe siècle. Conçu par les architectes guadeloupéens Jean-Michel Mocka-Célestine, Pascal Berthelot, Mikaël Marton et Fabien Doré, le centre a été pensé comme un "phare culturel" rayonnant sur la Guadeloupe et les Caraïbes. En effet, c'est la première chose que les étrangers verront quand ils pénètreront en bateau dans la baie de Pointe-à-Pitre. L’emplacement est donc stratégique pour les concepteurs du centre, qui espèrent attirer 300.000 visiteurs par an, dont de nombreux croisiéristes qui feront escale en Guadeloupe.

Le Mémorial abrite trois pôles: celui de la connaissance avec une exposition permanente, celui de l'échange et de la diffusion, et celui du recueillement. Ce dernier renvoie à un jardin panoramique, symboliquement baptisé le "Jardin de l’esclave", seul espace de liberté qui leur était accordé certains dimanches. L’exposition permanente aborde l’histoire de l’esclavage dans sa globalité, de l’Antiquité à nos jours. De nombreuses œuvres d’art sont également intégrées ainsi que des courts-métrages où des acteurs interprétant des personnages historiques racontent leur itinéraire. Le parti pris du musée est de jouer sur l’émotion afin de sensibiliser au maximum le visiteur à l’horreur de l’esclavage.

Mais, si selon les initiateurs du centre et François Hollande lui-même, le Mémorial ACTe est amené à devenir un instrumentent de "réconciliation sociale", le projet en lui-même divise, surtout son financement. Estimé à 83 millions d’euros, l’édifice représente le double du coût initialement prévu pour sa construction, commencée en mai 2008. Alors que la Guadeloupe est très fortement affectée par le chômage et la crise économique, certains s’indignent et craignent que le centre ne réussisse pas à relancer l'offre touristique malgré les promesses de la région.

François Hollande, quant à lui, a proclamé ce dimanche des paroles enthousiastes et pleine d'espoir. "Vous avez fait de ce Mémorial ACTe la récompense de ceux qui, depuis des années, militent pour un monument à la mémoire de l’esclavage. Vous avez voulu que ce soient les travailleurs de la Guadeloupe qui construisent ce bâtiment comme une proclamation, comme une fierté, c’est le cas. A vous maintenant (...) dans ce lieu, et je sais que c’est votre volonté, de proposer des initiatives, des créations, des recherches, des lieux d’exposition pour que la République française puisse répondre à votre appel de financement", a-t-il déclaré, à nouveau à l’intention de Victorien Lurel.

"Aujourd’hui c’est l’égalité réelle que nous devons accomplir pour assurer l’avenir. Les outre-mer nous donnent l’exemple du destin partagé, quand les identités multiples enrichissent celles de la nation (…) à l’heure où certains veulent trouver refuge dans la haine de l’autre", a poursuivi le président de République, tenant ensuite à rappeler que l’atrocité des trafics humains n’était pas terminée. "De nouveaux négriers, des passeurs criminels empilent en Méditerranée des milliers de migrants qui ne savent plus où aller (…), d’autres achètent des femmes sous des prétextes religieux (…), des bandes mafieuses rançonnent et exploitent des clandestins", a lancé le chef de l’Etat, assurant que la France et ses partenaires européens faisaient leur maximum pour "combattre ces trafics odieux".

"Nous devons aller jusqu’au bout contre ces réseaux: tel est notre devoir pour la vie d’aujourd’hui et en souvenir d’hier (…). Nous n’avons pas terminé la bataille pour l’émancipation, pour le progrès (…). Ce Mémorial  a été construit au nom de nos valeurs d’émancipation, au nom de la mémoire. Nous devons faire vivre l’espérance, pour l’avenir de l’humanité", a encore déclaré François Hollande avant de conclure: "Merci à la Guadeloupe et à ce Mémorial de nous rappeler nos devoirs essentiels pour la cause du monde"

Arrivé vendredi à Saint-Barthélémy et Saint-Martin, le chef de l'Etat s'est rendu en Martinique samedi, en Guadeloupe dimanche, et effectuera lundi une visite officielle historique à Cuba, puis se rendra mardi à Haïti, avant de regagner la France.

 

 

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Le Mémorial ACTe a été bâti sur le site symbolique d’une ancienne usine sucrière qui pratiquait le travail forcé au XIXe siècle.

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