La Troisième Guerre mondiale n'aura pas lieu

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Philippe Simonnot, journaliste pour FranceSoir
Publié le 07 mars 2022 - 21:30
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Le soleil se lève sur la place de l'Indépendance à Kiev, le 23 février 2022 en Ukraine
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Le soleil se lève sur la place de l'Indépendance à Kiev, le 23 février 2022 en Ukraine
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CHRONIQUE — Oyez, oyez, braves gens qui pétez de trouille, la Troisième Guerre mondiale n'aura pas lieu, même si des fleuves de sang coulent et vont continuer de couler en Ukraine.

Comme toute guerre, une guerre mondiale, ça se déclare. Et ce n'est pas Poutine qui va le faire. Il n'est pas fou, contrairement à ce que des faibles d'esprit essaient de nous faire croire. Nous – c'est-à-dire l'OTAN – nous ne le ferons pas non plus. Nous nous contenterons d'infliger à la Russie des "sanctions économiques".

Et pourquoi nous ne déclarons pas la guerre à la Russie ?

Un petit rappel historique est ici nécessaire. Car les mémoires sont courtes, pour ne pas dire falsifiées.

L'expérience la plus récente d'une guerre mondiale, c'est celle de 39-45. Il est donc intéressant de se demander comment elle a commencé ?

La Deuxième Guerre mondiale a commencé parce que la Grande-Bretagne, puis la France ont déclaré la guerre à l'Allemagne nazie. Et pourquoi l'ont-elles fait ? Parce que la Grande-Bretagne avait précédemment accordé sa garantie à la Pologne. Comme la Pologne était envahie par les troupes hitlériennes en septembre 1939, la Grande-Bretagne – sauf à renier sa signature – ne pouvait pas ne pas venir au secours de la Pologne. Et la France a suivi. A suivi sur le papier. Car, bien sûr, aucun soldat ni britannique ni français n'est venu au secours des Polonais en octobre 1939. Ce fut la « drôle de guerre » - funny war en anglais. Il n'empêche : nos deux pays s'étaient mis en état de belligérance avec l'Allemagne hitlérienne, et celle-ci était donc justifiée à prendre les armes contre nous. Et à nous infliger la déroute affreuse de mai-juin 1940.

L'équivalent de la garantie de la Grande-Bretagne – à l'époque la première puissance mondiale sur le plan stratégique – c'est aujourd'hui l'OTAN. Si l'Ukraine faisait partie de l'OTAN, alors la troisième guerre mondiale aurait commencé, sauf que Poutine aurait peut-être réfléchi davantage avant d'envoyer ses chars. Mais l'Ukraine n'en fait pas partie. Et, donc, non, nous ne mourrons ni pour Kiev ni pour Odessa ni pour Marioupol. Soulagement aussi lâche que douillet.

En 1939, la garantie accordée par la Grande-Bretagne à la Pologne obligeait à poser la question : fallait-il mourir pour Dantzig, ce port polonais, dont la population était majoritairement allemande, que revendiquait Hitler ?

Cette question a, de fait, été posée par un certain Marcel Déat, député socialiste, à la une du journal de gauche, L'Œuvre le 4 mai 1939. Déat exprimait un sentiment largement partagé. En témoigne cette confidence d'Emmanuel Berl à Patrick Modiano, près de quarante ans après la publication de l'article de Déat « Pour vous parler franchement, je désirais qu'on lâche les Polonais. Ils nous avaient trahis à Munich [septembre 1938] puisqu'ils s'étaient arrangés avec Hitler et qu'ils avaient pris Teschen (ville qui se trouvait sur la frontière tchèque et qui fut annexée en octobre 1938 par la Pologne à la suite des accords de Munich). Voltaire a dit qu'une fille d'honneur pouvait être violée trois fois, mais qu'au-delà de trois fois, ça devenait suspect. La Pologne a été partagée plus de trois fois. Elle a été trop partagée. On ne pouvait pas dire que c'était une nation comme les autres. Et puis j'étais convaincu de l'antisémitisme polonais. Alors je me disais qu'aller se faire tuer pour des gens qui venaient de vous trahir, qui étaient antisémites et qui d'ailleurs ne tiendraient pas le coup, c'était trop. » [1]

Dans quarante ans, entendrons-nous de semblables odieux propos à propos de l'Ukraine (une nation comme les autres ?) dans la bouche d'intellectuels désabusés ?

Eh bien non, puisque la troisième guerre mondiale n'aura pas eu lieu...


[1] Interrogatoire par Patrick Modiano. Suivi de "Il fait beau, allons au cimetière". Modiano Patrick et Berl Emmanuel. Gallimard, coll. "Témoins" 1976, p. 81.

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