L'ONG EcoHealth Alliance dans le collimateur du NIH

L'ONG EcoHealth Alliance dans le collimateur du NIH

Publié le 02/06/2021 à 08:22 - Mise à jour à 12:23
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Auteur(s): FranceSoir
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Une lettre de Michael Lauer, docteur en médecine, directeur adjoint de la recherche extra-muros au National Institutes of Health (NIH) aux Etats-Unis vient d’être dévoilée. Cette lettre adressée aux Dr Aleksei Chmura et Peter Daszak en date du 8 juillet 2020 est une pièce important du puzzle des relations entre le NIH et EcoHealth Alliance (EHA), une ONG qui a reçu des financements importants dans le cadre de la recherche sur les virus. EHA élabore des solutions scientifiques pour prévenir les pandémies et sensibilise sur la santé mondiale. Dans cette lettre Michel Lauer suggère que EHA aurait omis de fournir aux autorités des informations importantes sur le virus.

Le Dr Chmura est Chef de cabinet et Peter Daszak président de EHA « Les recherches du Dr Daszak ont ​​joué un rôle déterminant dans l'identification et la prédiction des origines et de l'impact des maladies émergentes à travers le monde. Cela comprend l'identification de l'origine du SRAS par les chauves-souris, les moteurs de l'émergence du virus Nipah, la publication de la première carte mondiale des "points chauds" des maladies émergentes, la découverte du coronavirus SADS, la conception d'une stratégie pour identifier le nombre de virus inconnus dans la faune, le lancement du projet Global Virome, l'identification du premier cas d'extinction d'une espèce due à une maladie et la découverte de la maladie chytridiomycose comme cause du déclin global des amphibiens. »

Michael Lauer est le principal responsable scientifique et conseiller du directeur du NIH sur toutes les questions relatives à la substance, à la qualité et à l'efficacité des programmes de recherche extra-muros du NIH et le 8 juillet 2020 il écrivait aux deux hommes à propos d’une subvention NIH R01AI110964

Lauer écrit :

Pour faire suite à ma lettre précédente du 24 avril 2020, je vous écris pour vous informer que le National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID), un institut au sein des instituts nationaux de Santé (NIH), qui relève du Ministère de la santé et des services sociaux (HHS), a retiré sa suspension de la subvention R01AI110964, qui soutient le projet "Comprendre le risque d’émergence des coronavirus de chauve-souris". En conséquence, la subvention est rétablie. 

Les nouveaux CoV zoonotiques, d'origine de chauve-souris, constituent une menace importante pour la santé mondiale et la sécurité alimentaire, en tant que cause du SRAS en Chine en 2002, de l'épidémie en cours de MERS et d'un Syndrome nouvellement émergé de diarrhée aiguë en Chine, peut-on lire sur le site du NIH dans le résumé de la recherche (annexe I). 

Il continue en expliquant :

  • Cependant, comme vous le savez, le NIH a reçu des rapports selon lesquels l’Institut de virologie de Wuhan (WIV), un sous-programme d’EHA relatif au fincancement R01AI110964, a mené des recherches dans ses installations en Chine qui posent de graves problèmes de biosécurité et, par conséquent, créent des menaces pour la santé et le bien-être du public en Chine et dans d’autres pays, y compris les États-Unis. 
  • L’octroi d’une subvention R01AI110964 est assujetti aux exigences en matière de biosécurité énoncées dans la déclaration de politique sur les subventions du NIH (p. ex., NIH GPS, section 4.1.24 « Sécurité de la santé publique ») et dans l’avis d’attribution (p. ex., exigeant que « la recherche financée dans le cadre de cette subvention soit conforme au [CDC/NIH Biosécurité dans les laboratoires microbiologiques et biomédicaux (BMBL)]. »).
  • De plus, on s’attend à ce que les bénéficiaires de subventions du NIH offrent des conditions de travail sécuritaires à leurs employés et favorisent des milieux de travail propices à une recherche de haute qualité. GPS des NIH, section 4.

Lauer précise ensuite qu’en tant que bénéficiaire, EcoHealth Alliance était tenu de « surveiller les activités du sous-bénéficiaire pour s’assurer que le sous-financement soit utilisé à des fins autorisées, conformément aux lois et règlements fédéraux et aux modalités du sous-programme ».

Il exprime au travers de son courrier le fait que le WIV (Wuhan P4) ne satisfait pas aux exigences de sécurité, et que EcoHealth Alliance n’a pas respecté ses obligations de surveiller les activités de son sous-bénéficiaire pour assurer la conformité.

Les éléments de contrôles, comme évoqués dans des avis d’attribution précédents le NIAD et EHA, assujettissent l’octroi de ces aides à la Loi sur la transparence et exigent la déclaration de la rémunération des cadres supérieurs. Au 8 juillet 2020, EHA n’avait pas déclaré de « sous-accord » dans le Système fédéral de déclaration.

En conséquence le NIH, à compter du 8 juillet 2020 suspend toutes les activités liées à R01AI110964, jusqu’à ce que ces problématiques aient été traitées à la satisfaction du NIH en précisant que EHA a l’opportunité de fournir des informations et de la documentation démontrant que le WIV et EcoHealth Alliance ont satisfait aux exigences susmentionnées.  L’ONG était donc en infraction depuis un moment.

 

Pour continuer le NIH demande expressément à EHA de fournir des renseignements et les documents suivants, qui, il précise, doivent être complets et exacts :

1. Fournir une aliquote du virus SARS-CoV-2  que le WIV a utilisé pour déterminer la séquence virale.

2. Expliquez la disparition apparente de Huang Yanling, un scientifique / technicien qui a travaillé dans le laboratoire WIV mais dont la présence web du laboratoire a été supprimée.

3. Fournir au NIH les réponses du WIV aux demandes de 2018 du Département d’État des États-Unis concernant les préoccupations en matière de sécurité.

4. Divulguer et expliquer les restrictions hors du commun imposées aux installations de laboratoire, comme le suggèrent, par exemple, la diminution du trafic téléphonique des téléphones mobiles en octobre 2019, et la preuve qu’il pourrait y avoir eu des barrages routiers entourant l’installation du 14 au 19 octobre 2019.

5. Expliquez pourquoi le WIV a omis de noter que le virus RaTG13, le coronavirus dérivé de la chauve-souris dans sa collection présentant la plus grande similitude avec le SARS-CoV-2, a en fait été isolé d’une mine abandonnée où trois hommes sont morts en 2012 d’une maladie remarquablement similaire à la COVID-19, et expliquez pourquoi cela n’a pas été documenté et suivi.

6. De plus, EHA doit prendre des dispositions pour que le WIV se soumette à une équipe d’inspection externe chargée d’examiner les installations du laboratoire et les dossiers du laboratoire, en accordant une attention particulière à la question de savoir si le personnel du WIV avait le SARS-CoV-2 en sa possession avant décembre 2019. L’équipe d’inspection devrait avoir un accès complet pour examiner les processus et la sécurité des procédures de tous les travaux sur le terrain du WIV (y compris, mais sans s’y limiter, la collecte d’animaux et d’échantillons biologiques dans des grottes, des cavités souterraines fabriquées par l’homme et abandonnées ou des sites extérieurs).  L’équipe d’inspection pourrait être organisée par le NIAID ou par la National Academy of Sciences des États-Unis.

7. Enfin, EHA doit s’assurer que tous ses sous-programmes sont entièrement déclarés dans le Système fédéral de déclaration sous-financements

 

Les demandes sont claires et il ne fait aucun doute pour le NIAD a ce moment critique que les activités d’EHA dépassent largement les prérogatives et ceci de manière répétée.

Le NIH continue en demandant à ce qu’EHA s’assure qu’aucune dépense ou travaux ne soient faits avec l’aide fournie en tant que bénéficiaire de cette subvention, de s’assurer que les modalités de cette suspension soient comprises par tous les sous-bénéficiaires. 

Au travers de ce courrier, le NIAID essaie de s’assurer que les manquements répétés d’EHA identifiés par le passé soient stoppés. Cependant il n’y a aucune preuve de la mise en conformité d’EHA ou des réponses aux points spécifiques. EHA pourrait donc avoir au travers de ces nombreux manquements omis de fournir aux autorités des informations importantes sur le virus et le role d’EHA dans la pandémie et l’origine du virus. Ce n'est vraissemblablement pas la fin de cette histoire.

 

Annexe I - Résumé du projet NIH R01AI110964

Le résumé du projet était de comprendre le risque d'émergence du coronavirus de la chauve-souris. Les nouveaux CoV zoonotiques, d'origine chauve-souris, constituent une menace importante pour la santé mondiale et la sécurité alimentaire, en tant que cause du SRAS en Chine en 2002, de l'épidémie en cours de MERS et d'un Syndrome nouvellement émergé de diarrhée aiguë en Chine. Dans ce renouvellement R01, nous aborderons ces questions à travers 3 objectifs spécifiques:

Objectif 1. Caractériser la diversité et la distribution des SARSr-CoV à haut risque de contagion chez les chauves-souris dans le sud de la Chine. Nous utiliserons des analyses de courbe de découverte phylogéographique et virale pour cibler un prélèvement supplémentaire d'échantillons de chauves-souris et un dépistage moléculaire du CoV afin de combler les lacunes de notre échantillonnage précédent et de caractériser pleinement la diversité naturelle du SRAS-CoV dans le sud de la Chine. Nous séquencerons les domaines de liaison aux récepteurs (protéines de pointe) pour identifier les virus ayant le plus grand potentiel de débordement que nous inclurons dans nos recherches expérimentales (Objectif 3). 

Objectif 2. Surveillance syndromique communautaire et clinique pour capturer les retombées du SRAS-CoV, les voies d'exposition et les conséquences potentielles sur la santé publique. Nous effectuerons une surveillance biologique et comportementale dans les populations à haut risque, avec des contacts connus avec les chauves-souris, dans les milieux communautaires et cliniques pour identifier les facteurs de risque pour les preuves sérologiques et par PCR du SRAS-CoV des chauves-souris et aussi pour évaluer les effets possibles sur la santé de l'infection par le SRAS-CoVs chez les humains. Nous analyserons la sérologie chauve-souris-CoV par rapport aux données de contact et d'exposition homme-faune pour quantifier les facteurs de risque et les impacts sur la santé des retombées du SRAS-CoV. Objectif

Objectif 3. Caractérisation in vitro et in vivo du risque de débordement du SRAS-CoV, couplée à des analyses spatiales et phylogénétiques pour identifier les régions et les virus préoccupants pour la santé publique. Nous utiliserons les données de séquence de la protéine S, la technologie des clones infectieux, expériences d'infection in vitro et in vivo et analyse de la liaison au récepteur pour tester l'hypothèse que les seuils de divergence en % dans les séquences de protéines S prédisent le potentiel de débordement. Nous combinerons ces données avec la distribution des hôtes des chauves-souris, la diversité virale et la phylogénie, l'enquête humaine sur les comportements à risque et les maladies et la sérologie pour identifier les points chauds à risque de propagation du SRAS-CoV dans le sud de la Chine. Ensemble, ces données et analyses seront essentielles pour le développement futur des interventions de santé publique et une surveillance renforcée afin de prévenir la réémergence du SRAS ou l'émergence d'un nouveau SRAS-CoV.

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