Suicide économique pour l'Occident, mise à mort pour les émergents

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Teresita Dussart, pour Francesoir
Publié le 19 mai 2022 - 14:43
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Bo Amstrup / Ritzau Scanpix / AFP
La dream team...
Bo Amstrup / Ritzau Scanpix / AFP

CHRONIQUE — Suicide économique pour les uns, mise à mort pour les autres...

Les niveaux de récupération antérieurs à la phase covidiste n’ont pas encore été atteints, que déjà la création de l’entéléchie de crise russo-ukrainienne, liée au sort des russophones du Donbass, plonge l’Europe dans une crise anthologique. L’Europe de l’Ouest. Non pas l’Europe orientale. L’Allemagne affronte une croissance de 0,2 %. La France et les Pays-Bas stagnent. L’Italie enregistre une chute à 0,2 %. Et les projections seraient bien plus alarmantes si les analystes n’étaient pas eux-mêmes en grande partie empêché de penser en dehors de la doxa « c’est pour leur bien ».

Le Soviet européen et les États membres qui le composent sont pleinement informés de l’ampleur des dégâts causés par leurs décisions, mais ils semblent considérer que si les faits ne s’accordent pas à la théorie, c’est exclusivement la faute des faits, en paraphrasant Werner Heisenberg. La classe politique semble vivre sur un autre plan quantique.  Les nations d’Europe de l’Est, pour leur part, outre le fait d’être récompensées pour leur zèle atlantiste, conservent intacte leur relation à la réalité physique et se voient moins affectées. La croissance de Roumanie est insolente, 5,2 %. Mais le reste des pays de l’ex-Pacte de Varsovie, Pologne, Lettonie, Hongrie et Bulgarie ne s’en tirent pas mal non plus. Le hiatus entre Est et Ouest s’est inversé.

Le choc énergétique lié aux sanctions à l’égard de la Russie est aggravé par la dépréciation de l’euro face au dollar. Facteur qui à son tour multiplie par trois le coût du transport des matières fossiles. Ce, sans mentionner les investissements liés à la création de nouvelles infrastructures : méthaniers, gazoducs, terminaux. À cela, il faut ajouter cette forme d’impôt qu’est l’inflation, laquelle affecte la consommation des ménages, en plus de détruire les marges de bénéfice des entreprises. La crise énergétique a aussi un impact sur la pénurie d’intrants et de matières premières. La demande que promettait le retour à la normale après les phases de confinement, a pris la forme d’un vol d’hirondelles abattu en plein vol. Dans ce contexte actuel, songer à investir est de l’ordre de l’impensable.    

Mais aucun sacrifice ne semble excessif au regard de cette nouvelle Athènes qu’est l’Ukraine. Ursula von der Leyen a décidé de débourser une nouvelle enveloppe de neuf milliards d’euros pour le pays des granges de bébés. Don qualifié « d’exceptionnel », malgré la récurrence des aides. Cette « assistance » vient s’ajouter à une enveloppe précédente de 1,2 milliard d’euros, ainsi que les milliards accordés à son effort de guerre.

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Cette générosité tranche avec la situation dramatique des nations émergentes. Pour les mêmes raisons, ces économies seront dans l’incapacité de payer les importations nécessaires à leur chaîne de production. Ceci s’ajoute à la pénurie de grains, céréales et engrais provenant des pays producteurs. L’Inflation aux États-Unis (10 % depuis le début de l’année) aurait pu apparaitre comme une opportunité pour ces pays, mais les récentes mesures prises par la FED pour juguler la dépréciation de sa monnaie, exposent ces pays et par voie de ricochet l’économie mondiale à une cascade de défauts.

Le scénario de famine en Afrique n’est pas un scénario futuriste. C’est du très court terme. Avec les conséquences sociales, politiques et globales imaginables. L’enjeu, ce sont des centaines de millions de personnes, de « vrai gens » en situation de détresse alimentaire. Cela est su par la caste politique. Tant est si bien que ce risque de famine était déjà en bouche d’Emmanuel Macron, au mois de mars, lorsque les premières sanctions à l’égard de la Russie furent prononcées. Les conditions de la tempête parfaite ont été sciemment élaborées, avec leur cohorte de risque systémique, en toute connaissance de cause et hors tout plan de contingence.

En décembre 2020, un rapport de la Banque Mondiale (BM) informait que, dû aux confinements, 72 millions d’enfants, dans les pays à revenu faible, avaient été déscolarisés. D’entre eux, l’écrasante majorité ne reverrait plus jamais une salle de classe. Selon la BM, ce gâchis en ressources humaines représentait, en projection à génération réelle, une perte de 10 % du PIB mondial. À la pandémie vient maintenant s’ajouter dans les nations à plus faibles revenus, la famine. Mais encore fois, rien n’est trop beau pour le bataillon Azov et assimilés. Et qui dit pauvreté, dit conflit. Qui dit conflit, dit trafiquants d’armes ukrainiens et, ça tombe bien, parce qu’ils ont refait leur stock.  

Les fonctionnaires européens et la caste politique, ont des expressions à la Prévert pour évacuer ces données émanant de pisse-vinaigres. La crise énergétique est à interpréter comme une opportunité. « Le Futur c’est maintenant » aura été le leitmotiv du dernier Forum de Bruxelles. La crise ukrainienne sera un accélérateur pour atteindre l’objectif de la transition écologique. La fameuse économie libre de CO₂, la neutralité climatique. Le bonheur quoi !  « Quelle économie pour la prochaine génération ? », se demandent candidement les eurocrates. Avant le covidisme, se débattait déjà une génération condamnée à vivre chez ses parents jusqu'à 30 ans, sans accès au crédit, sans possibilité de former une famille et sans accès à un travail digne. À cette génération sacrifiée, il leur est dit maintenant que la solution passe par « un changement de comportement ». Moins se chauffer, moins consommer, moins produire, moins vivre, en bref.    

L’Union européenne a créé un oxymoron pour ce type d’impuissance structurelle : RePower. Un autre projet cher à Ursula. Il vise la transition de l’énergie fossile vers l’hydrogène renouvelable, voire (car ça peut ne pas marcher) l’installation de panneaux solaires dans toutes maisons. Si rien ne marche, reste l’imposition d’un contrôle social dystopique, d’une société condamnée à moins produire, moins consommer, via des formes d’enfermement séquentiel. Encore que cette dernière partie ne fasse pas partie du feuillet officiel. Le plan RePower UE, présenté ce mercredi par l’omnisciente Ursula, demande aux Européens de consommer 5 % de gaz et de pétrole en moins. Ça passe très bien dit comme cela, sachant que, du fait de la carence énergétique, ce que les Européens consommeront en moins, ce ne sera pas 5, mais 50 % d'ici à la fin de l’année.

Toujours selon RePower, l’objectif serait de réduire de 66 % les achats en gaz russe cette année et de s’en passer d'ici à 2030. Ursula déteste les Russes et adore les Ukrainiens, et ça semble venir de loin. Les citoyens d’Europe occidentale continueront donc d’être punis et de partager en quelque sorte avec les nations émergentes le coût d’une politique atlantiste, qui pour l’instant favorise une nation considérée comme exceptionnelle, l’Ukraine.

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