Zelensky poursuit sa plaidoirie en faveur de l'internationalisation du conflit

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Teresita Dussart, pour France Soir
Publié le 16 mars 2022 - 17:11
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Volodymyr Zelensky, le président de l'Ukraine, devant le Congrès américain, le 16 mars 2022
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Volodymyr Zelensky, le président de l'Ukraine, devant le Congrès américain, le 16 mars 2022
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CHRONIQUE — Comme il l’avait fait auparavant devant le Parlement européen, la Chambre des communes du Royaume-Uni et le Parlement canadien, le Président Volodymyr Zelenski s’est exprimé devant le Congrès américain, à 14 heures (heure française) aujourd'hui. Comme il était prévisible, son allocution a consisté principalement à marteler la nécessite d'une création de no-fly zone. Invité par Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants et Chuck Schumer, leader démocrate de la majorité au Sénat, Zelenski n’a reculé devant aucun artifice rhétorique. Il n’aura manqué ni la référence au 11 septembre, ni à Pearl Harbor, voire à l’apophtegme de Martin Luther King, I have a dream dans une version mise à jour : "I have a need". Besoin de matériel militaire s'entend. Sur la question de la zone libre de vol, Zelenski a tancé Joe Biden en personne : "Nous attendons votre réponse. Est-ce trop demander ?"

Jouant très bien avec le sentiment patriotique et les lieux communs sur l’Europe, Zelenski a demandé au président Biden de "devenir le leader du monde libre". Il est revenu sur l’idée que défendre l’Ukraine c’est défendre le monde entier, même si entrer dans un conflit circonscrit à deux nations slaves, qui partagent la quasi-totalité de leur histoire, et dont les points de discordance sont parfaitement négociables en l'état, entraînerait le reste du monde qui leur est étranger, vers une troisième guerre mondiale. Mais cette notion de communauté de destin incluant l’Ukraine à l’Occident a fait l’objet une fois de plus d’une profonde élaboration rhétorique. Il y aurait un très vaste "nous", et puis la Russie. Pour appuyer son propos, le président Zelenski a innové, accompagnant son allocution d’une vidéo très émotive, avec entre autres les images de la maternité de Marioupol, avec accompagnement musical.

Malgré la standing ovation, désormais habituelle, dans les déclarations immédiatement post allocution, telles celles du Républicain Kevin McCarthy, il apparaît comme un nouveau consensus américain pour armer davantage l’Ukraine, mais toujours pas de no-fly zone.  Ceci ne devrait pas surprendre Zelenski. Hier, il en faisait le constat : "Nous nous sommes rendu compte que l’Ukraine ne sera pas membre de l’Otan (…) Nous avons entendu pendant des années que les portes étaient ouvertes, mais nous avons aussi entendu que cela n’était pas possible. (…) L’Otan est comme hypnotisée par l’agression russe".

La frustration de Zelenski doit s’inscrire dans ce qu’il interprète comme une hypocrisie. Car ce que l’Ukraine a cédé à l’Otan depuis 2014, in crescendo, ce n’est ni plus ni moins que sa sécurité et son territoire. C’est d’ailleurs sur cela que s’articule le iustum bellum* russe. Car il y a bel et bien des bases otaniennes en Ukraine. L’une d’elles s’est fait connaître dimanche dernier à la suite des frappes russes. Il s’agit de la base du Joint Military Training Group (JMTG-U) à Yavoriv, à l’ouest du pays, proche de la ville de Lviv. Disposer d’une base d’entrainement au combat, visant explicitement la Russie, aux frontières de celles-ci, peut objectivement être considérée comme une marque d’hostilité. D’autant que sur le site de l’ambassade des États-Unis en Ukraine ne laisse planer aucun doute sur la raison d’être du JMTG-U. La base de Yavoriv servait aussi à réceptionner du matériel belliqueux et préparer les milliers de volontaires européens au combat.

Pour Zelenski, ce doit être quelque peu surréaliste de constater que depuis lundi et jusqu’au 1er avril, vont se retrouver en Norvège 30 000 soldats provenant de 25 pays, dans le cadre du programme Cold Response 2022. Programme biannuel, prévu, il est vrai avant l’invasion russe, mais qui poursuivra ces entrainements comme si rien ne se passait.

Voir aussi : Norvège: coup d'envoi de grandes manoeuvres militaires avec l'Otan

La plaidoirie vers une escalade internationale de Zelenski consiste à demander au monde de mourir pour défendre un pays qui depuis huit ans martyrise une partie de sa population à l’est de son territoire, parce que celle-ci s’assume slave et que l’autre s’est inventée une autre appartenance ethnique, supérieure. Ce qui fait apparaître comme particulièrement cynique sa déclaration devant le Congrès : « Depuis huit ans, nous résistons à l’agression russe », car c’est très exactement le contraire. C’est la population russe du Donbass qui est martyrisée depuis huit ans et c’est l’Otan qui avance, même si c’est aux dépens de l’Ukraine et non pas avec elle.

 

* "doctrine de la guerre juste"

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