La toque et la trique

La toque et la trique

Publié le 29/12/2020 à 04:09
Alain JOCARD / AFP
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Auteur(s): Philippe Simonnot, journaliste pour FranceSoir
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Depuis qu’Éric Dupont-Moretti s’est vu confier la garde des Sceaux, au moins un président de cour d’assises doit trembler sous sa toque. Voici en effet ce que racontait le célèbre avocat dans un livre de souvenirs, bien avant de devenir ministre de la Justice : « des jurées m’ont affirmé leur certitude d’avoir vu leur nom sortir de l’urne parce que le président les trouvait jolies et profitait de la session pour les courtiser ».

Le livre en question a été publié en 2012 sous ce titre explicite : Bête noire. La couleur de l’animal fait évidemment allusion à celle de la robe de l’avocat, célèbre pour être la terreur des tribunaux, guettant la moindre fraude de procédure, la plus mince vétille pour tourner un procès à l’avantage de son client.  Justement dans ce livre, Dupont-Moretti en donne plusieurs exemples éloquents.

Cette petite phrase sur l’éventuel pouvoir érotique de l’hermine des juges est passée inaperçue il y a huit ans parce que le mouvement #metoo n’avait pas encore explosé et que de mâles pouvaient se vanter publiquement de leurs astuces de dragueurs reloux.

Mais cette même phrase invite à poser la question : comment donc les noms de ces belles jurées convoitées sortaient-ils des urnes ? Dupont-Moretti nous en donne la réponse dans ce même livre :

« Il faut savoir que, dans un premier temps, le président introduit dans l’urne les noms des jurés proposés, puis ensuite tire au sort un à un les jetons de ceux qui feront office de jurés lors d’une session. En l’occurrence, le stratagème employé par le président séducteur était simple. Lors de l’introduction de « tous » les jetons, il gardait au creux de la main celui qui correspondait à la jeune femme qu’il voulait voir siéger auprès de lui. Puis, au moment du tirage au sort, il replongeait cette main dans l’urne et le tour était joué :  il exhibait le jeton caché et lisait le nom de celle qu’il souhaitait conquérir ! »

Ah ! Ah ! comme c’est amusant, tout ça ! Jeux de mains, jeux de vilains. Pas de quoi en faire un drame. Et à nous les jolies femmes. Jusqu’à quelle prestidigitation la main baladeuse n’ira-t-elle pas farfouiller ?

En outre, dans ce même livre, Dupont-Moretti nous démontre avec beaucoup de talent et de force que le président de la Cour a un rôle éminent dans l’organisation des débats, le déroulé de la procédure, et la délibération des jurés. On tremble pour la justice de notre pays.

Après tout, si le choix des jurés est truqué par un Don Juan d’assises pour satisfaire sa libido, pourquoi ne le serait-il pas aussi pour composer un jury à la convenance de telle ou telle  partie au procès ? Et il faudrait faire confiance à la Justice de son pays ?
Mais alors, maintenant qu’il est garde des Sceaux de la République, Eric Dupont-Moretti ne devrait-il pas soulever le problème de ce très vulgaire bourrage des urnes judiciaires ?

Pour revenir au seul cas de notre président donjuanesque d’assises, ne faudrait-il pas au minimum réviser les verdicts qui ont été rendus sous son office. Forcément, une des parties à chacun de ces procès a été lésée.

Et si ce président n’est pas le seul à truquer les urnes…Combien d’années de prison en plus ont-elles été décidées grâce à ces trucages ? Combien d’innocents privés abusivement de liberté ? Combien d’acquittements indus ? Vertige !

 

Auteur(s): Philippe Simonnot, journaliste pour FranceSoir

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