Le grand écart entre l’or jaune et l’or noir. Pourquoi ? Comment ? Combien de temps ?

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Le grand écart entre l’or jaune et l’or noir. Pourquoi ? Comment ? Combien de temps ?

Publié le 04/01/2021 à 16:52
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Auteur(s): Philippe Simonnot, journaliste pour FranceSoir

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En ce début d’année, le prix de l’once d’or est passé au-dessus de 1930 $ et le baril de pétrole brut à 52  dollars. Autrement dit, avec une once d’or, je peux acheter 37 barils de pétrole brut. Du jamais vu, de mémoire de spéculateur !

Feu Raymond Barre, qualifié de « meilleur économiste de France » par le président  Valéry Giscard d’Estaing quand il en fit son Premier ministre en 1976,  avait cru observer l'existence d'un lien fixe entre les prix de l'or et du pétrole, une once de métal jaune valant bon an mal an dix barils de pétrole brut.

Ce que l’on a appelé la « règle de Barre » n’a en fait jamais été respectée par les marchés, l’once d’or variant entre 10 et 20 barils de pétrole. Aujourd'hui, nous sommes sortis complètement de l’épure, avec une once valant 37 barils. C’est dire à quel point la situation actuelle est exceptionnelle.

Comment expliquer un tel écart entre deux valeurs aussi importantes pour le destin économique de la planète ?

La hausse de l’or reflète tout simplement la méfiance qu’inspirent les grandes monnaies qui nous gouvernent, au premier rang desquels se trouve, comme on le sait, le dollar.

Rappelons que la parité officielle de la monnaie américaine était de 35 dollars l’once, avant que ce grand bandit de Richard Nixon y mette fin en août 1971[1]. Cette  parité de 35 $ était en vigueur depuis février 1934. Par un véritable coup d’Etat monétaire, le président des Etats-Unis  a engagé ce jour-là le monde entier dans l’univers des monnaies fondantes.

Avec une once valant aujourd'hui 1930 $d,  contre 35$ en 1971, la valeur de la monnaie américaine en or a été divisée  par 55 par rapport à ce qu’elle était il y a cinquante ans !  Toutes les autres monnaies ont suivi, car elles sont toutes, grands ou petites, minées comme le dollar par des politiques monétaires dites « accommodantes », c’est-à-dire inflationnistes à plus ou moins long terme.

La hausse pharamineuse du Bitcoin, ces dernières semaines, reflète la même méfiance viscérale. Les différentes monnaies étatiques brûlent les doigts des spéculateurs du monde entier.

La pandémie n’a fait qu’aggraver la situation d’une économie mondiale qui était déjà malade de ses monnaies.

On doit maintenant poser la question : cet écart phénoménal entre l’or noir jaune et l’or noir peut-il se maintenir longtemps ?

Si la règle du « meilleur économiste de France » était valide, le baril de pétrole devrait monter jusqu'à 193 dollars, ou l’or baisser jusqu'à 520 dollars, ou l'un cheminant vers l'autre à un niveau intermédiaire. Dans une telle perspective, spéculateurs du monde entier, précipitez vous pour vendre votre or et acheter du pétrole !

Un tel conseil serait fort imprudent, tout simplement parce que l’or jaune et l’or noir ont des logiques économiques très différentes.

L’or est une valeur refuge fort commode du seul point de vue physique : l’once d’or pèse un tout petit peu plus que 31 grammes (31,104 grammes exactement) ; je peux l’emporter avec moi dans la poche. Le baril de pétrole, quant à lui, pèse 136 kg.  Si je veux obtenir  la même valeur en pétrole qu’une once d’or, je dois mettre dans ma cave 37 fois 136 kg, soit  5032 kgs : un peu plus de 5 tonnes. Bonjour l’encombrement ! et la saleté ! et les odeurs !  alors que l’or est inodore, qu’une pièce d’or, toute brillante, toute propre, tient dans le creux d’une main, ou dans la doublure d’une veste, pouvant échapper à la vigilance  tant des gabelous que des voleurs de grand chemin.

C’est bien pourquoi, du reste, le prix du pétrole est devenu négatif en avril, l’an dernier, au plus fort de la récession. Les citernes et les tankers étant pleins à rabord, il fallait payer pour que des intermédiaires trouvent de la place pour stocker  des barils supplémentaires.

Si l’or ne peut pas baisser, le pétrole va-t-il remonter ? Peut-être d’ici quelques années. En effet, la demande d’or noir repartira dès la fin des confinements et comme les compagnies pétrolières ont cessé pratiquement toute nouvelle recherche de gisements pétroliers, l’offre aura de la peine à suivre dans un premier temps.  Donc une hausse des prix du pétrole est possible, surtout avec  les nouvelles  réglementations « vertes » qui peuvent freiner l’extraction pétrolière. Mais cette hausse ne sera certainement pas suffisante pour corriger l’écart actuel avec l’or. En outre, dès que le cours du baril  dépasse les 50 dollars, le pétrole de schiste américain redevient rentable. Et comme le coût d’extraction du pétrole en eaux profondes n’est aujourd'hui que de 20 dollars, il y a de la marge pour les compagnies pétrolières de reprennent leur production avec bénéfice à ce niveau de prix.  Même les gisements cachés au fond de la Mer d'Iroise seraient exploitables ...

 En conclusion, touchons du bois,  l’écart des cours or jaune/or noir risque de se maintenir à un haut niveau pendant plusieurs mois encore…

 

 

Auteur(s): Philippe Simonnot, journaliste pour FranceSoir

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