Changement climatique: la viticulture française doit s'adapter

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La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP
Publié le 18 novembre 2016 - 16:48
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Une vigne.
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©Claude Robillard/Flickr
Les effets du changement climatique sont différents selon les régions.
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Manque d'eau et exacerbation des sécheresses au sud, grêle et gels dans le Centre-Loire... le changement climatique met en péril la viticulture française qui va rapidement devoir s'adapter pour survivre. Car en 2016 dans l'Hexagone, la vendange a baissé de 10%, une des plus faibles récoltes des 30 dernières années.

Le champagne délocalisé en Grande-Bretagne? Des cépages grecs implantés en France? Le changement climatique oblige la viticulture française à préparer sérieusement l'avenir, après une année 2016 traumatisante sur le plan météo. Cette année, "la Bourgogne a été assommée", dit André Segala, directeur-général du bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne. "Certains ont récolté 1/20e de leurs volumes habituels, certaines caves sont à moitié vides" après des gels de printemps. Les vins de Centre-Loire ont aussi connu des événements climatiques inhabituels. Gels, grêle et mildiou ont entraîné la perte d'un tiers du potentiel de récolte. "Chez nous, les anciens disaient qu'il ne grêle jamais la nuit", soupire Pierre Clément, viticulteur à Menetou-Salon, près de Bourges. Son domaine a perdu "près de 100% de sa récolte": "Nos orages ont tous eu lieu vers minuit, après une remontée des températures nocturnes". Le Pouilly et le Quincy sont aussi touchés.

Les effets du changement climatique sont différents selon les régions. Manque d'eau et exacerbation des sécheresses au sud, multiplication des aléas dans les vignobles septentrionaux. Au total, en 2016, la vendange française a baissé de 10%, une des plus faibles récoltes des 30 dernières années. "Toute la décennie 2010 nous a montré la fragilité climatique", résume M. Ségala en constatant tristement que les fameux "climats de Bourgogne" ont fait leur entrée au patrimoine mondial de l'humanité en 2015, alors qu'ils sont le plus attaqués par les éléments. Selon les experts, le réchauffement menace surtout les 360 AOC (appellations d'origine contrôlées) qui font la renommée mondiale des vins français.

Corsetés par un cahier des charges (cépage, conduite de la vigne, vinification, goût, alcool) et une zone d'implantation stricts, ces vignobles ont peu de marge pour s'adapter. "On est en train de parler de survie de certaines appellations", a prévenu cette semaine Jacques Gautier de l'INAO (Institut national des appellations d'origine) lors d'une audition parlementaire à Paris, organisée parallèlement à la réunion internationale sur le réchauffement climatique de Marrakech, sous l'égide de l'Onu. Jouant de la prospective, l'organisme public FranceAgriMer, l'INRA (Institut national de la recherche agronomique) et l'INAO, ont élaboré quatre scénarios pour lancer le débat dans les terroirs.

Le premier, "conservateur", prévoit de maintenir cépages, périmètres et pratiques, tout en améliorant l'irrigation. Il est viable au moins jusqu'en 2050 "si le réchauffement global n'excède pas 2 degrés", dit Jean-Marc Touzard, chercheur à l'INRA. Mais il aboutit à un vin différent, plus fort en alcool, dont on ignore s'il plaira au consommateur. "Si on va vers 4 ou 5 degrés de température de plus, la viticulture rentre dans un autre monde", ajoute l'expert: des cépages plus résistants devront être plantés tous les 15-20 ans au lieu de 50 actuellement.

Le deuxième scénario, "innovant", parie justement sur de nouveaux cépages et des pratiques oenologiques correctives pour désalcooliser, afin de maintenir le profil gustatif des vins. Donc de gros investissements. Le troisième, "nomade", parie sur une liberté de plantation (plus en altitude, ou plus au nord) tout en promettant au consommateur de maintenir identique le goût et l'alcoolisation. C'est celui qui bouscule le plus les AOC et le lien étroit qu'ils entretiennent avec leur terroir jalousement défendu.

La quatrième hypothèse, "libérale", prévoit ouverture des pratiques oenologiques et libéralisation des plantations. Le vin se produirait alors certainement sous des marques, et perdrait l'unité de temps et de lieu qui fait la distinction des jus français. La maison de champagne Taittinger a déjà acheté fin 2015 des terres dans le Kent (sud de l'Angleterre) pour y produire d'ici 7 ou 8 ans un vin effervescent haut de gamme. La présentation des différents scénarios débutera à Bordeaux le 24 novembre, et continuera "jusqu'à l'été", a indiqué Anne Hallier de FranceAgriMer. En attendant, 21 nouveaux cépages adaptés aux températures plus chaudes ou plus résistants aux maladies, dont le célèbre Assyrtiko cultivé sur le volcan écrasé de soleil de Santorin en Grèce, ou le Verdejo de Valladolid en Espagne, devraient bientôt recevoir un feu vert officiel pour être plantés en France, hors zones AOC. De vieux cépages, récemment redécouverts, comme le chouchillon (Loire) ou l'Onchette (Isère), ont aussi été sélectionnés.

 

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