La « ville du quart d’heure »: remède à la pandémie, où renforcement des inégalités ?

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La « ville du quart d’heure »: remède à la pandémie, où renforcement des inégalités ?

Publié le 05/01/2021 à 12:01 - Mise à jour à 12:04
© STEPHANE DE SAKUTIN / AFP/Archives
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Auteur(s): FranceSoir
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Le concept de “ville du quart d’heure”, une ville où tout est à proximité, accessible en moins de quinze minutes, a été développé pour imaginer une ville plus respectueuse de l'environnement. Aujourd’hui, un an après le déclenchement de la pandémie de coronavirus, la “ville du quart d’heure” prend une autre dimension: si tout est à proximité, maison, travail, commerces, loisirs et écoles, la ville est non seulement idéale pour protéger l’environnement, mais elle peut aussi permettre d’éviter aussi la surcharge de transports en commun et des rues commerçantes, les déplacements trop longs, et de nombreuses situations propices aux contaminations, en cas de pandémie. Selon ses partisans, ce modèle est une solution pour sortir des villes fatigantes et anonymes, et laisser la place à des micro villes où tout se passe à proximité, ce qui favorise la création de liens sociaux dans des “clusters” résilientes et durables. Attention quand même car il ne s’agit pas d’une solution miracle: ce modèle présente aussi un risque de renforcement des inégalités.

Paris veut être un exemple de ville du quart d’heure “plus agréable à vivre, inclusive, équitable et plus résiliente”

Aujourd’hui, le triste exemple du quartier de la Défense, abandonné par les milliers de télétravailleurs, montre ce qu’il advient lorsqu’un quartier est complètement isolé, déconnecté des services et ressources nécessaires. Pour lutter contre cela, la ville de Paris souhaite s’acheminer vers un modèle de proximité pour transformer la ville et l’adapter aux contraintes de la pandémie. Le chercheur pionnier de la « Ville Intelligente » Carlos Moreno, envoyé spécial de la Maire de Paris est à l'origine de ce concept qui s’adapte au mieux à la crise de la covid19.  «La pandémie nous a amenés à réfléchir à la manière de bouger différemment, de consommer différemment, de vivre différemment», dit-il. «Nous découvrons qu'en travaillant différemment, nous avons plus de temps libre, plus de temps pour être avec nos familles ou nos amis. Nous découvrons et apprécions beaucoup plus nos quartiers». C’est donc un moment propice pour un changement vers des villes où tout se trouve à 15 minutes, qui permettent de renforcer les liens sociaux tout en évitant les longs déplacements.
Tant pour réduire  la congestion dans les transports en commun que pour proposer des solutions de transports alternatives, le monde entier veut adopter ce modèle qui préconise entre autres mesures d’élargir les terrasses des restaurants là où avant se trouvaient des places de parking, et de végétaliser les quartiers.
Les maires du C40 ont en effet intégré la ville du ¼ d’heure à l’agenda commun pour une sortie de crise et une relance « verte » .  Madrid, Milan, Ottawa et Seattle sont parmi ces villes qui ont lancé des plans pour copier l’approche parisienne. Melbourne a adopté un plan stratégique à long terme pour des “quartiers de 20 minutes”. C40 Cities, une coalition pour une ville axée sur la lutte contre le changement climatique, est allée jusqu'à promouvoir l'idée de ville de 15 minutes comme modèle de reprise après Covid-19.

La ville du quart d’heure, positive pour la santé mentale en contexte de crise sanitaire

Selon Richard Bentall, professeur de psychologie à l'Université de Sheffield qui a étudié la santé mentale et les impacts sociaux de Covid-19,  le sentiment d'appartenance promu par les villes de 15 minutes, pourrait rendre leurs plus heureux. La création de bureaux de proximité pour les personnes qui travaillent à distance, au niveau du quartier, peut les rendre plus résistants aux chocs, plus résilients et plus heureux, selon le professeur Bentall.
Les recherches montrent que ressentir un sentiment d'appartenance à son quartier est un facteur très protecteur de la santé mentale, fortement mise à mal par la crise sanitaire. Les villes du quart d’heure pourraient ainsi signifier un équilibre pour un avenir urbain heureux.

Les limites du modèle: des inégalités entre les quartiers les plus pauvres et les plus riches?

Malheureusement, les fortes inégalités et la ségrégation qui règnent actuellement dans la plupart des villes rendent l’adoption de ce modèle particulièrement complexe. Pour Moreno, la ville de 15 minutes n'est pas une solution miracle. Aujourd'hui à Paris, par exemple, les différents quartiers sont associés à différentes classes sociales qui ne se mélangent pas.
En plus de cela, ce modèle hyperlocal avec moins de stress, dans un environnement vert avec de l'air pur, et avec une offre diversifiée à portée de main, a un autre talon d’Achille: le logement abordable. Pour l’architecte Eugene Franken pour mettre en place la ville du quart d’heure, des investissements substantiels doivent être faits, ce qui provoquera dans certains cas une augmentation des loyers et des prix de l’immobilier, ce qui pourrait renforcer les inégalités. Flavio Coppola, responsable du programme de C40 Cities, conscient de ce risque, affirme que pour éviter cela, les villes devront se concentrer d'abord sur les quartiers qui en ont le plus besoin. 

Auteur(s): FranceSoir

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«La pandémie nous a amenés à réfléchir à la manière de bouger différemment, de consommer différemment, de vivre différemment»

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