Affaire Omar Raddad: la justice ordonne de nouvelles investigations

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Par Anne-Sophie LASSERRE - Paris (AFP)
Publié le 16 décembre 2021 - 16:51
Cet article provient directement de l'AFP (Agence France Presse)
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Omar Raddad après l'examen de sa demande de révision, le 25 novembre 2021 à Paris
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© Alain JOCARD / AFP/Archives
Omar Raddad après l'examen de sa demande de révision, le 25 novembre 2021 à Paris
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L'affaire Omar Raddad est relancée: 27 ans après la condamnation de l'ancien jardinier pour le meurtre d'une riche veuve, Ghislaine Marchal, la justice a ordonné jeudi de nouvelles investigations, première étape avant une éventuelle révision du procès.

La commission d'instruction de la Cour de révision a ordonné un complément d'information avant de se prononcer sur la recevabilité de la requête déposée par Omar Raddad.

Cette décision constitue une première étape avant une éventuelle saisine de la Cour de révision, laquelle aura le dernier mot sur l'organisation d'un nouveau procès, un événement rarissime en France.

"C'est un pas vers la révision", s'est félicitée l'avocate d'Omar Raddad, Sylvie Noachovitch. "La bataille n'est pas terminée, nous allons vers la vérité judiciaire", a-t-elle déclaré à la presse, après le rendu à huis clos de la décision.

Pour Omar Raddad, "c'est un vrai espoir", a ajouté Me Noachovitch, plus de trente ans après le meurtre.

Désigné par l'inscription "Omar m'a tuer", tracée avec le sang de la victime sur la scène de crime, l'ex-jardinier marocain avait essuyé un premier rejet d'une demande de révision en 2002.

Sa nouvelle requête, dans l'une des affaires criminelles les plus énigmatiques et controversées de France, s'appuie sur les progrès de la science en matière d'ADN et sur une loi votée en juin 2014 qui assouplit les critères permettant d'obtenir la révision d'un procès.

Ce sont "des éléments probants mettant en doute la culpabilité d'Omar Raddad", estime Me Noachovitch.

Elle a présenté à la justice les conclusions d'un expert en génétique qui analysait à nouveau une découverte de 2015: des prélèvements sur des scellés avaient mis en évidence des traces d'ADN "exploitables" et elles se sont révélées ne pas correspondre au profil génétique de l'ex-jardinier.

Au total, quatre empreintes génétiques correspondant à quatre hommes, deux empreintes parfaitement exploitables et deux autres partiellement, avaient été trouvées sur deux portes et un chevron de la scène de crime.

C'est sur ces deux portes qu'avaient été écrites les inscriptions "Omar m'a tuer", emblématique de cette affaire, et "Omar m'a t", avec le sang de la victime.

- "Nouveau volet judiciaire" -

Ghislaine Marchal, riche veuve d'un équipementier automobile, avait 65 ans quand elle avait été retrouvée baignant dans son sang, dans la cave de sa propriété de Mougins (Alpes-Maritimes) le 23 juin 1991.

Dans des notes de 2019 et 2020, l'expert en génétique avait relevé la présence de 35 traces d'un ADN masculin inconnu sur l'inscription "Omar m'a t" et a conclu en faveur de l'hypothèse d'un dépôt de ces empreintes au moment des faits et non d'une "pollution" ultérieure, notamment par les enquêteurs.

La commission d'instruction de la Cour de révision a demandé des investigations complémentaires sur ce point.

La défense de l'ancien jardinier juge plausible que ces traces génétiques aient été déposées par l'auteur de l'inscription. Celle-ci n'aurait donc pas été écrite par Mme Marchal agonisante mais par un homme, potentiellement le meurtrier, cherchant à désigner un bouc émissaire.

La première requête, déposée par le précédent défenseur d'Omar Raddad, Me Jacques Vergès, se basait déjà sur des expertises génétiques qui avaient mis au jour un ADN masculin "en très faible proportion", différent de celui du jardinier.

Mais la Cour de révision avait rejeté la demande d'un nouveau procès, considérant qu'il était "impossible de déterminer à quel moment, antérieur, concomitant ou postérieur au meurtre, ces traces ont été laissées".

Condamné en 1994 à 18 ans de réclusion, sans possibilité de faire appel à l'époque, Omar Raddad avait bénéficié d'une grâce partielle du président Jacques Chirac, puis d'une libération conditionnelle en 1998. Cette grâce ne vaut pas annulation de la condamnation et ne l'innocente pas.

Dans un communiqué transmis à l'AFP, la famille de Ghislaine Marchal dit "(prendre) acte" de la décision ordonnant des investigations complémentaires.

La famille de la victime "souhaite que ces investigations permettent de mettre un terme définitif à une affaire douloureusement vécue par elle" et "espère que ce nouveau volet judiciaire se déroulera dans un climat médiatique apaisé", selon le communiqué.

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