Attentats en France: des terroristes en lien avec l'association Sanabil

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La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP
Publié le 29 novembre 2016 - 17:22
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La devanture de l'Hyper Cacher, Porte de Vincennes.
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Le tueur de l'Hyper Cacher a été en contact avec l'association Sanabil selon les enquêteurs.
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L'association Sanabil, dissoute le 23 novembre, était sous surveillance par la préfecture de police depuis sept ans. Elle a été en lien avec des terroristes impliqués notamment dans les attentats de janvier 2015.

Dissoute le 23 novembre par le gouvernement, l'association Sanabil, surveillée par la préfecture de police depuis sept ans, a été en lien durant cette période avec de nombreux djihadistes impliqués dans les attentats depuis janvier 2015, selon les services de renseignement.

Amédy Coulibaly, le tueur de l'Hyper Cacher, Larossi Abballa, le tueur du couple de policiers de Magnanville, les frères Clain, identifiés dans le message de revendication par le groupe Etat islamique (EI) des attentats de novembre 2015: ces noms connus et beaucoup d'autres moins connus de la nébuleuse djihadiste française apparaissent dans les notes de la direction des renseignements de la préfecture de police (DRPP) de Paris sur l'association d'aide aux prisonniers musulmans Sanabil ("l'épi"), qu'a pu consulter l'AFP.

"Tous ceux qui ont été impliqués directement ou indirectement dans les attentats depuis janvier 2015 ont été en lien direct ou indirect avec Sanabil", assure un enquêteur.

Son président, Antho Bolamba-Digbo, qui "intéresse les services de renseignement depuis 2005-2006", a déposé les statuts de l'association en sous-préfecture de Seine-Saint-Denis en février 2010, selon une note qui retrace sept ans de surveillance.

Si Sanabil "n'avait pas été fermée jusque-là, c'est que l'Etat n'avait rien à lui reprocher", se défend auprès de l'AFP M. Bolamba-Digbo.

Mais depuis toutes ces années, les enquêteurs se sont "focalisés sur moins de 200 détenus parmi lesquels se trouvent plus de 80 condamnés ou incarcérés pour terrorisme".

Sanabil leur apporte "un soutien moral, écrit quelques lettres, envoie de l'argent, des colis avec un tapis de prière ou un Coran", confirme un enquêteur mais sous couvert de cette aide, elle est "clairement un vecteur d'influence".

Parmi ces détenus, Fabien Clain, Djamel Beghal (proche de Chérif Kouachi, l'un des auteurs de l'attentat de Charlie Hebdo), ou encore le frère d'un des kamikazes du Bataclan, selon la DRPP.

"Il y a un noyau dur, une dizaine de personnes qui font tourner l'association","tous ont démontré des liens ou des volontés terroristes", assure un enquêteur.

Selon la police, Sanabil est une émanation du forum pro-djihad Ansar Al-Haqq, sur lequel les co-créateurs de l'association Antho Bolamba-Digbo et Léonard Lopez ont noué des liens.

Le premier est assigné à résidence depuis novembre 2015, le second est en Syrie. Un troisième, trésorier de l'association, "avait été expulsé par les autorités égyptiennes car proche des réseaux salafistes et soupçonné de vouloir rejoindre la zone de guerre" irako-syrienne.

Une des activités de Sanabil consiste à organiser des "pique-niques" qui "créent un ciment, un lieu de rencontre pour ces gens", selon un enquêteur.

Ainsi, lors d'un pique-nique le 23 août 2014 en Seine-et-Marne, on croise notamment Amédy Coulibaly ou Adrien Guihal (condamné en 2012 à 4 ans de prison dont un avec sursis pour avoir fomenté un projet d'attentat contre la France et qui est aujourd'hui en zone irako-syrienne).

Dans ces pique-niques, "il y a aussi des anciens de Guantánamo", selon un autre enquêteur.

Pour les soutiens financiers, "ils bénéficient de dons, des petites sommes", explique un des enquêteurs. "Ils installent notamment des tirelires chez les commerçants. Par exemple, Jean-Michel Clain en avait installé à Toulouse et Larossi Abballa a fait un don de 100 euros le 6 novembre 2015", souligne-t-il. Aballa écrira aussi plusieurs courriers de soutiens aux prisonniers musulmans, selon la note de la DRPP.

Mais l'association prend également soin des familles de ces détenus. Lors d'une perquisition administrative dans un appartement d'Alfortville (Val-de-Marne) loué par Sanabil, les policiers interpellent les épouses des ex-membres du Groupe islamique armé (GIA) algérien, Merouane Benahmed (arrêté en septembre en Suisse), et Smaïn Aït Ali Belkacem (un des auteurs des attentats à Paris en 1995).

Autant d’éléments sur lesquels le gouvernement s'est appuyé pour dissoudre l'association. "Avant 2015, le dossier ne passait pas devant une juridiction administrative", confie un enquêteur, "à partir des attentats de 2015, tout s'est accéléré. Sanabil a pris une autre dimension".

 

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