Emeutes de Moirans: des peines "mesurées" requises par le parquet

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La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP
Publié le 22 septembre 2016 - 17:34
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Le parquet a requis14 mois de prison ferme à l'encontre de trois suspects mais il a demandé du sursis à l'encontre des neuf autres prévenus.
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Douze prévenus sont jugés depuis lundi à Grenoble pour leur implications dans de violentes émeutes qui avaient secoué la commune de Moirans (Isère) en octobre 2015. Ce jeudi le parquet a requis 14 mois de prison ferme à l'encontre de trois suspects mais il a demandé du sursis à l'encontre des neuf autres prévenus.

"Mansuétude" ou "laxisme"? Le parquet a requis ce jeudi 22 jusqu’à 14 mois de prison ferme à l'encontre de trois suspects des émeutes de Moirans (Isère) à l'automne 2015 mais il a demandé du sursis à l'encontre des neuf autres prévenus. "Cette ville de Moirans a vécu un état de siège. Le visage de Marianne, ce jour-là, a été bafoué, a été sali", a estimé le vice-procureur Michel Coste, dans son réquisitoire.

Le magistrat, qui n'a pas requis l'incarcération des prévenus à l'issue du procès, a même souligné que les peines requises pouvaient "être aménagées à condition que l'on indemnise les victimes". Des peines de prison ferme, allant de 6 à 14 mois, ont été requises à l'encontre de seulement trois prévenus qualifiés d'émeutiers "hyper actifs" au casier judiciaire très chargé.

Les douze suspects (neuf hommes et trois femmes), âgés de 18 à 58 ans, sont poursuivis pour leur participation supposée à l'éruption de violence qui a embrasé cette petite bourgade au nord de Grenoble, le 20 octobre 2015.

Plusieurs dizaines d'émeutiers avaient alors incendié des pneus, palettes et voitures sur une route départementale et bloqué la ligne SNCF Lyon-Grenoble en y jetant des voitures brûlées. Ils protestaient contre le refus d'un juge d'autoriser la sortie de prison de Mike Vinterstein, 24 ans, appartenant à la communauté des gens du voyage, pour assister aux obsèques de son frère de 17 ans. "Nul ne peut contraindre la justice ou la prendre en otage, fût-ce par médias interposés", a lancé le magistrat, en vilipendant la "déraison d'une colère qui n'était pas sainte".

Son réquisitoire, ferme dans le ton, a néanmoins été salué par les avocats de la défense qui ont retenu les "peines mesurées, intelligentes, bienveillantes", selon l'expression de Me Ronald Gallo, qui défend deux prévenus.

Me Karine Bouden a elle aussi salué la "mansuétude, la mesure du procureur" et estimé que la peine requise était "juste" pour son client (deux ans de prison dont six mois ferme). A l'instar du magistrat, l'avocate a évoqué la figure de Marianne qui "n'aurait pas été choquée que le jeune Mike assiste aux funérailles de son frère".

Elle a critiqué le manque de réactivité des forces de l'ordre au moment des émeutes. "Au bout du compte, on a douze prévenus dans le box sur cinquante émeutiers! C'est ça l'idéal de Marianne?", a interrogé Me Bouden. Aucune interpellation n'avait eu lieu le jour des faits, ce qui avait valu au gouvernement d'être taxé de "laxisme" par l'opposition.

Une critique reprise jeudi à l'encontre des réquisitions du parquet. "Pour la population de Moirans, ces réquisitions vont apparaître, je le crains, particulièrement gentilles voire laxistes", a ainsi estimé Me Denis Dreyfus, avocat de la commune de Moirans, partie civile au procès. L'avocat, qui a pointé le "décalage complet" entre la peine encourue (10 ans ferme) et les peines requises, a dit souhaiter que le tribunal "aille au-delà" des réquisitions.

Dans une affaire similaire, dix personnes de la communauté des gens du voyage, soupçonnées d'avoir bloqué l'autoroute A1 fin août 2015 près de Roye (Somme), avaient été condamnées à des peines allant jusqu'à 18 mois de prison ferme, et deux avaient été relaxées. Le parquet avait alors requis des peines allant jusqu'à trois ans ferme.

"En correctionnelle, on envoie facilement en détention pour des choses moins graves", a remarqué Me Dreyfus qui a en outre jugé "particulièrement naïf" de penser que les victimes pourront être remboursées, les prévenus étant pour la plupart au RSA ou en emploi précaire. Mercredi, les parties civiles avaient réclamé plus de 400.000 euros de dommages et intérêts pour les dégradations commises (voitures brûlées, trains supprimés ou annulés, commerces dégradés, etc.). Le jugement devrait être rendu la semaine prochaine.

 

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