La Réunion: perpétuité pour le meurtrier de Mathéo, dépecé, brûlé, jeté aux chiens

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La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP
Publié le 29 avril 2016 - 20:54
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Au procès.
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©Fayolle Pascal/Sipa
Condamné pour meurtre, actes de tortures et barbarie, Jean-Charles Artaban ne pourra demander aucun aménagement de peine pendant 22 ans.
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La peine prononcée -la perpétuité assortie de 22 ans de sûreté- par la cour d'assises de La Réunion est presque aussi rare que le crime est odieux. Jean-Charles Artaban a été condamné vendredi pour avoir tué, dépecé, brûlé et jeté aux chiens le petit Mathéo, 4 ans, en 2013.

Jean-Charles Artaban, 40 ans, a été condamné ce vendredi 29 par la cour d'assises de La Réunion à la réclusion criminelle à perpétuité, avec une période de sûreté de 22 ans, pour avoir tué en 2013 le jeune Mathéo, 4 ans, fils de son ex-compagne, puis dépecé, brûlé et jeté son corps aux chiens.

Condamné pour meurtre, actes de tortures et barbarie, il ne pourra demander aucun aménagement de peine pendant la période de sûreté. La réclusion à perpétuité n'avait plus été prononcée à La Réunion depuis 2003.

L'accusé, qui ne s'exprime qu'en créole, difficilement et souvent par monosyllabes, a affirmé tout au long de son procès ne se souvenir de rien. Cet homme, qui ne montre "ni regrets, ni empathie" selon les experts psychiatres, est resté prostré dans le box des accusés pendant les deux jours d'audience, jeudi 28 et vendredi 29.

Les faits s'étaient produits dans la nuit du 18 au 19 juin 2013 dans un quartier défavorisé de Saint-Benoît (est de l'île). Particulièrement sordides, ils avaient provoqué une grande émotion au sein de la population réunionnaise.

Jean-Charles Artaban, un marginal déjà connu de la justice pour des faits de violences et d'agressions sexuelles, convainc son ex-compagne, la mère de Mathéo, de le suivre avec l'enfant dans la maison délabrée qu'il occupe près des habitations de sa famille.

Selon les déclarations de la mère, ils auraient consommé du zamal (cannabis, en créole réunionnais) et M. Artaban l'aurait forcée à boire du rhum. Une dispute aurait éclaté dans la nuit lorsque la jeune femme aurait avoué à son ex-compagnon que Mathéo n'était pas de lui.

L'homme aurait ensuite arraché l'enfant des bras de sa mère, qui a pris la fuite, et se serait acharné sur lui. Le médecin légiste recensera 38 plaies sur le corps de Mathéo. Tous les organes internes ont été arrachés, le corps a ensuite été découpé, brûlé et jeté dans la case des chiens. "Un vrai carnage", qui a dû demander un certain temps, environ une demi-heure, avec "des coups d'une très grande violence", selon le médecin légiste.

"Il m'a frappée à plusieurs reprises et puis il s'en est pris à mon bébé", a raconté la mère. L'un des frères du meurtrier, attiré par les cris, dit avoir vu "Jean-Charles lancer l'enfant à terre à plusieurs reprises" mais ne pas être intervenu parce qu'il "ne connaît pas bien" Mathéo.

A l'extérieur, la mère dit avoir "tout entendu: mon bébé crier et demander de l'aide, les coups de sabre, de marteau" et avoir vu son ex-compagnon "jeter Mathéo dans le poulailler".

"Pourquoi n'êtes vous pas rentrée dans la maison, vous l'entendiez découper votre bébé !", lui lance le président de la cour d'assises, Michel Carrue. Pas de réponse. Tout le voisinage a entendu la dispute et les cris mais ce n'est qu'à 05h20 du matin, lorsque la mère a tapé à la porte d'un voisin, que les secours ont été prévenus.

Si, à l'arrivée des gendarmes, Artaban tenait des propos incohérents, de type satanique, pouvant faire douter de sa raison, les experts psychiatres ont estimé que "son discernement n'était pas altéré au moment des faits". "Il savait faire le fou, mais il ne l'était absolument pas. Il était décrit comme quelqu'un de mauvais", témoigne ainsi le gendarme qui a dirigé l'enquête.

A l'issue d'un réquisitoire où il a estimé que l'affaire est "l'une des plus graves de La Réunion", l'avocat général Eric Tuffery a requis la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une peine de sureté de 22 ans.

"Nous ne sommes pas les avocats du diable, mais les avocats d'un homme", a plaidé Me Patrice Selly, défenseur de Jean-Claude Artaban. Il n'a pas convaincu le jury qui a suivi les réquisitions de l'avocat général.

 

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