Sivens: le projet de grand barrage abandonné et remplacé

Sivens: le projet de grand barrage abandonné et remplacé

Publié le 28/12/2015 à 11:29 - Mise à jour à 11:33
©Régis Duvignau/Reuters
PARTAGER CET ARTICLE :
Auteur(s): La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP
-A +A

Le projet de construction d'un grand barrage à Sivens est définitivement abandonné, ont annoncé les autorités. Des retenues d'eau plus petites vont être construites à la place, ce qui suscite déjà des oppositions.

Après deux années de controverses et des manifestations marquées par la mort de Rémi Fraisse le 26 octobre 2014, le projet initial de grand barrage à Sivens a été abandonné par l'Etat qui va ouvrir des discussions pour une retenue d'eau moins ambitieuse.

L'arrêté d'abandon de la retenue d'eau de Sivens prévoyant l'abrogation de la déclaration d'intérêt général du projet a été signé jeudi 24, veille de Noël, par le préfet du Tarn et son collègue du Tarn et Garonne. Cet arrêté est susceptible d'un recours devant le tribunal administratif de Toulouse, précise le texte. "C'est un joli cadeau de Noël pour les Tarnais", a réagi à l'AFP le président socialiste du Tarn, Thierry Carcenac, pour lequel cette signature va permettre à l'Etat "de dédommager le département" conformément au vote de son assemblée du 11 décembre.

L'accord transactionnel porte sur une compensation de 3,4 millions d'euros sur l'abandon du projet: 2,1 millions pour les dépenses en pure perte et 1,3 million pour réhabiliter la zone humide.

Le barrage de Sivens a suscité dès son origine une vive contestation. La zone a été occupée et a été à l'origine de manifestations avec des heurts lors desquels le militant écologiste Rémi Fraisse a été tué par une grenade offensive lancée par un gendarme. L'enquête est toujours en cours.

L'officialisation de cet abandon, pourtant annoncé depuis mars dernier, a été critiquée par le sénateur divers droite du Tarn et Garonne, François Bonhomme, lequel avait révélé sur Twitter la signature "en catimini" de l'Etat. Il a dénoncé un "gâchis", une "capitulation" et un "Noël de la lâcheté". "Ce sont des gens qui ne connaissent rien au dossier et qui s'expriment pour faire monter la mayonnaise", lui a rétorqué le président de l'assemblée départementale et collègue au sénat Thierry Carcenac.

Cet arrêté va permettre au contraire d'engager les discussions sur la nouvelle retenue d'eau qui va s'inscrire "dans l'un des premiers projets de territoire" voulus par la ministre de l'Environnement Ségolène Royal, a relevé Thierry Carcenac. Pour le sénateur, le gouvernement a prévu une méthode de concertation. Cependant, il a rappelé qu'un "choix a déjà été arrêté" et le "besoin d'eau" pour l'agriculture a été "reconnu" par les experts du ministère.

"Il reste le volume de la retenue à déterminer. Ce sera fait en fonction du besoin des agriculteurs", a assuré Thierry Carcenac, soulignant que le nouveau projet "pour être conforme aux directives européennes" doit prévoir "une continuité écologique du ruisseau". Ce n'était pas le cas de l'ancien.

L'arrêté "ne remet pas en cause le projet de Sivens", a déclaré à l'AFP Xavier Beulin, président de la FNSEA. Pour lui, il s'agit seulement d'un "recalibrage du projet" initial et la profession "attend la réalisation de cet ouvrage pour des questions agricoles et de salubrité". Surnommée le "Sivens light", la nouvelle retenue pourrait être construite en amont et devrait représenter la moitié de l'ancien projet.

Cette nouvelle version est déjà fortement contestée. José Bové, député européen écologiste préconise ainsi "plusieurs retenues avec des petits lacs collinaires", "une meilleure utilisation des retenues existantes dans la zone" ou de revoir les types de cultures car "il va y avoir une raréfaction de l'eau".

Le chef de file EELV du prochain conseil régional Midi Pyrénées, Gérard Onesta, souhaite "un débat serein" et réclame avant toute décision une "vraie réflexion de fonds", notamment sur le type d'agriculture qui doit être pratiqué. Selon lui, l'accord "de nouvelle gouvernance" qu'il vient de signer avec la future présidente de la région, la PS Carole Delga permettra d'étudier toutes les hypothèses et pourrait amener à organiser une consultation de la population.

Enfin, Ben Lefetey, porte-parole du Collectif Testet, qui regroupe des opposants, trouve "le nouveau projet est tout aussi aberrant que l'ancien". Privilégiant la "mise en place d'autres alternatives", ce leader de l'opposition souhaite d'abord que le tribunal administratif de Toulouse reconnaisse "clairement l'illégalité" de la déclaration d'utilité publique et de la dérogation sur les espèces, deux aspects non pris en compte, selon lui, par le récent arrêté. Mais de prévenir aussi: "s'il y a volonté de passer en force, on s’opposera".

 

Auteur(s): La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP

PARTAGER CET ARTICLE :

Chère lectrice, cher lecteur,
Vous avez lu et apprécié notre article et nous vous en remercions. Pour que nous puissions poursuivre notre travail d’enquête et d’investigation, nous avons besoin de votre aide. FranceSoir est différent de la plupart des medias Français :
- Nous sommes un média indépendant, nous n’appartenons ni à un grand groupe ni à de grands chefs d’entreprises, de ce fait, les sujets que nous traitons et la manière dont nous le faisons sont exempts de préjugés ou d’intérêts particuliers, les analyses que nous publions sont réalisées sans crainte des éventuelles pressions de ceux qui ont le pouvoir.
- Nos journalistes et contributeurs travaillent en collectif, au dessus des motivations individuelles, dans l’objectif d’aller à la recherche du bon sens, à la recherche de la vérité dans l’intérêt général.
- Nous avons choisi de rester gratuit pour tout le monde, afin que chacun ait la possibilité de pouvoir accéder à une information libre et de qualité indépendamment des ressources financières de chacun.

C’est la raison pour laquelle nous sollicitons votre soutien. Vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire et nous donner des marques de confiance, ce soutien est précieux, il nous permet d’asseoir notre légitimité de media libre et indépendant et plus vous nous lirez plus nous aurons un impact dans le bruit médiatique ambiant.
Alors si vous souhaitez nous aider, c’est maintenant. Vous avez le pouvoir de participer au développement de FranceSoir et surtout faire en sorte que nous poursuivions notre mission d’information. Chaque contribution, petite ou grande, est importante pour nous, elle nous permet d'investir sur le long terme. Toute l’équipe vous remercie.




"Le nouveau projet est tout aussi aberrant que l'ancien", a dénoncé un opposant au barrage de Sivens.

Newsletter


Fil d'actualités Société




Commentaires

-