Suicides dans la police, le grand déni

Suicides dans la police, le grand déni

Publié le 11/03/2021 à 00:24 - Mise à jour à 14:57
@SICPCommissaire
PARTAGER CET ARTICLE :
Auteur(s): Laurence Beneux, journaliste pour France Soir
-A +A

L'hommage à Aurélia interdit par le Préfet de police de Paris

En septembre dernier, Aurélia, une jeune policière de 27 ans se donne la mort. Blessée dans l’exercice de ses fonctions, et souffrant d’un important syndrome post-traumatique, la jeune femme rejoint le grand nombre de victimes de ce qui est qualifié de « première cause de mortalité dans la police », le suicide.

Ce mercredi 10 mars, des collègues et familles de policiers suicidés auraient dû rendre un hommage à Aurélia, ainsi qu’à ses « camarades suicidés », sous forme d’une manifestation statique, place des Invalides à Paris. L’évènement, organisé par Hors Service, une association de policiers spécialisée dans la lutte contre les suicides et le syndrome de stress post-traumatique dans la police, avait été autorisé par la Direction de l’Ordre Public et de la Circulation de la Préfecture de Paris. Mais au dernier moment, la veille, le préfet a décidé d’interdire l’hommage afin de prévenir de « possibles manquements aux mesures sanitaires Covid-19 ». Une décision préfectorale accueillie avec stupéfaction par les fonctionnaires et les familles mobilisés pour l’évènement, qui accordent peu de crédit au prétexte pandémique. Une conférence de presse atypique est donc organisée « à l’arrache », dans un petit appartement d’Issy-les-Moulineaux.

Car pour les organisateurs, il n’est pas question de renoncer à faire entendre leur voix, et surtout celle d’Aurélia.

Le suicide dans la police est un véritable fléau : le taux de suicides chez les policiers est 41% supérieur à celui de la population active générale. C’est considérable, et le phénomène devrait faire l’objet d’une réflexion collective approfondie… qui ne vient pas. Devant l’indifférence de leurs directions, des fonctionnaires ont décidé de prendre le problème en main, et d’élaborer des solutions pour améliorer la situation. Et non seulement un élémentaire soutien de l’institution peine à venir, mais les hiérarchies tendent à s’enfermer dans un mur de déni. Quand un policier se suicide, une enquête administrative suit, qui conclut presque toujours que l’origine du geste est à chercher dans des problèmes familiaux. Dans la police, on se suicide beaucoup plus qu’ailleurs, mais l’institution n’y serait pour rien.  

Aurélia, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Connaissant la propension de l’administration à se dédouaner de ses responsabilités, la jeune femme a anticipé. Avant de se donner la mort, elle a pris soin de laisser des lettres et une vidéo, où elle explique très clairement que l’abandon, et même la maltraitance, de sa hiérarchie sont seuls responsables de son geste : ce ne sont pas les problèmes personnels, « ce qui m’a fait tomber, c’est vous les collègues, accuse-t-elle, votre absence totale de soutien, et même votre plaisir à m’enfoncer. (…) Je suis à bout. Je le fais pour tous les collègues ».

Lors de sa descente aux enfers, Aurélia avait contacté Hors Service. Comme elle prévoyait que, malgré son testament vidéo, l’enquête administrative conclurait probablement à un suicide pour cause personnelle, elle a chargé l’association d’exécuter une dernière volonté : de ne pas les « laisser faire », de ne pas « les laisser s’en sortir » et de porter sa voix après sa mort pour qu’on ne laisse pas dire qu’elle que de quelconques problèmes familiaux étaient à l’origine de sa mort.

Alors en février dernier, quand l’enquête administrative a conclu qu’Aurélia s’était tuée pour des raisons personnelles, pour ses camarades, c’est un devoir de porter sa voix. « Elle s’est sacrifiée pour nous, nous ne la laisserons pas tomber.»

Vidéo : le message poignant de la jeune policière laissé avant de mourir (audio) et les extraits de la conférence de presse 



Nous reviendrons en profondeur sur ce sujet sur francesoir.fr.

Auteur(s): Laurence Beneux, journaliste pour France Soir

PARTAGER CET ARTICLE :

Chère lectrice, cher lecteur,
Vous avez lu et apprécié notre article et nous vous en remercions. Pour que nous puissions poursuivre notre travail d’enquête et d’investigation, nous avons besoin de votre aide. FranceSoir est différent de la plupart des medias Français :
- Nous sommes un média indépendant, nous n’appartenons ni à un grand groupe ni à de grands chefs d’entreprises, de ce fait, les sujets que nous traitons et la manière dont nous le faisons sont exempts de préjugés ou d’intérêts particuliers, les analyses que nous publions sont réalisées sans crainte des éventuelles pressions de ceux qui ont le pouvoir.
- Nos journalistes et contributeurs travaillent en collectif, au dessus des motivations individuelles, dans l’objectif d’aller à la recherche du bon sens, à la recherche de la vérité dans l’intérêt général.
- Nous avons choisi de rester gratuit pour tout le monde, afin que chacun ait la possibilité de pouvoir accéder à une information libre et de qualité indépendamment des ressources financières de chacun.

C’est la raison pour laquelle nous sollicitons votre soutien. Vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire et nous donner des marques de confiance, ce soutien est précieux, il nous permet d’asseoir notre légitimité de media libre et indépendant et plus vous nous lirez plus nous aurons un impact dans le bruit médiatique ambiant.
Alors si vous souhaitez nous aider, c’est maintenant. Vous avez le pouvoir de participer au développement de FranceSoir et surtout faire en sorte que nous poursuivions notre mission d’information. Chaque contribution, petite ou grande, est importante pour nous, elle nous permet d'investir sur le long terme. Toute l’équipe vous remercie.




Aurélia

Newsletter


Fil d'actualités Société




Commentaires

-