Terrorisme: les riverains de l'assaut de Saint-Denis veulent être reconnus comme des victimes

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La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP
Publié le 16 novembre 2016 - 11:42
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L'immeuble où s'est déroulé l'assaut.
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©Eric Feferberg/AFP
Le siège avait duré plusieurs heures.
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Il y a un an, des habitants de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) se réveillaient sous un déluge de feu, celui du Raid délogeant plusieurs personnes impliquées dans un attentat. Trois personnes seront finalement abattues après plusieurs heures d'un assaut angoissant pour les riverains bloqués chez eux.

Réveillés il y a un an par le déluge de feu du Raid sur l'appartement où s'étaient cachés deux jihadistes du 13 novembre, les anciens habitants d'un immeuble dévasté de banlieue parisienne veulent à leur tour être reconnus comme victimes du terrorisme.

Le 18 novembre 2015, à 04H20, l'unité d'intervention de la police donne l'assaut à un immeuble du centre de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

Abdelhamid Abaaoud -considéré comme l'un des coordinateurs des attentats qui ont fait 130 morts à Paris et aux abords du stade de France cinq jours plus tôt-, son complice Chakib Akrouh et la cousine d'Abaaoud, Hasna Aïtboulahcen, occupaient depuis quelques heures un appartement du troisième étage. Tous mourront dans l'assaut.

L'opération, menée dans l'urgence, a conduit à un siège de plusieurs heures d'une grande violence, à quelques mètres de voisins terrés chez eux ou évacués à la hâte. Sept d'entre eux ont été blessés, dont quatre par les balles de la police.

L'immeuble, déjà vétuste et fragilisé notamment par l'explosion d'une ceinture explosive, est déclaré inhabitable. Selon le recensement de la préfecture, 88 personnes, dont 24 enfants, ne peuvent regagner leur logement.

Au-delà des soucis matériels qui contrarient leur quotidien, tous les sinistrés contactés par l'AFP évoquent leur "traumatisme psychologique".

"On est devenu malade avec tout ça. On y pense beaucoup, surtout à l'approche du 18", raconte Noureddine Touil. Ce Marocain, sans-papiers au moment de l'assaut, avait été blessé au bras par un "tir de neutralisation" des policiers, placé en garde à vue et menacé d'expulsion. Il bénéficie désormais d'un titre de séjour.

Traoré Tagara, un Burkinabé qui vivait dans un appartement "au-dessus des criminels", a également été régularisé. Lui aussi ressasse: "On voit toujours les images", dit-il, à la sortie d'un rendez-vous avec un psychologue -le troisième en un an selon lui, ce qu'il juge insuffisant.

C'est justement pour bénéficier d'un meilleur suivi psychologique que les sinistrés demandent à être reconnus comme victimes du terrorisme, explique N'goran Ahoua, porte-parole du collectif d'habitants.

"Nous voulons avoir accès aux soins médico-psychologiques sur le long terme", précise cet entrepreneur, qui raconte avoir été incapable pendant plusieurs mois de prendre les transports en commun pour se rendre au travail.

Des "grands bonhommes qui semblaient sereins" après l'assaut "ont chuté psychologiquement quelques mois plus tard", poursuit-il.

Pour l'heure, les autorités les considèrent comme des "victimes d'une intervention policière en responsabilité sans faute de l'Etat".

"La qualification retenue décrit parfaitement la situation que les gens ont vécue, ils n'ont pas été victimes des terroristes, mais victimes de l'intervention en force de la police", estime la préfète déléguée pour l'égalité des chances de Seine-Saint-Denis, Fadela Benrabia.

Pour les indemniser, un "dispositif inédit", selon ses termes, a été mis en place au ministère de la Justice. Le bureau du statut et de la déontologie est chargé de proposer des compensations, y compris au titre du préjudice moral.

"Aucune transaction n'a eu lieu pour l'instant", selon Simon Le Her, de l'association Droit au logement (DAL), qui épaule les sinistrés.

Représentant quelques ménages, deux avocats, Claudette Eleini et Méhana Mouhou, ont annoncé ne pas vouloir se contenter de ce dispositif. Ils entendent se constituer partie civile devant un juge d'instruction pour faire reconnaître leurs clients comme victimes des attentats, et saisir le Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme (FGTI).

Mais la démarche a peu de chance d'aboutir, selon des sources proches du dossier contactées par l'AFP.

La mobilisation des habitants a porté ses fruits dans un autre domaine: 21 des 24 sans-papiers qui vivaient dans l'immeuble ont été régularisés.

 

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