Antilles : la politique de la peur pour pousser à la vaccination ? Témoignages

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Antilles : la politique de la peur pour pousser à la vaccination ? Témoignages

Publié le 07/09/2021 à 11:28 - Mise à jour le 08/09/2021 à 10:45
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Auteur(s): FranceSoir
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Des hôpitaux surchargés, 900 soignants dépêchés en deux semaines selon la compagnie aérienne qui les y a guidés, une multiplication par trois des lits de réanimation, une rentrée scolaire repoussée au 13 septembre... Les Antilles ont vécu un été 2021 sous pression.

En effet, les différents variants, dont le delta, ont amené beaucoup de monde dans les hôpitaux, et le taux de contamination s’étant accru, les mesures sanitaires ont mené à reconfiner en Outre-mer. Le gouvernement, à grand renfort de battage médiatique, a mis en avant la faible vaccination des populations d'Outre-mer, mais leur vision des choses n’est pas la seule.

Pesticides : aux racines de la défiance ?

On sait que les formes graves du covid atteignent les personnes fragiles dont celles qui ont des comorbidités, telles que le diabète, l’obésité, etc. Beaucoup de personnes manifestaient ces dernières semaines pour faire valoir que le chlordécone pourrait être une cause de fragilité qui serait un premier élément expliquant cette crise des îles.

Le chlordécone est un pesticide ayant fait scandale aux Antilles. Utilisé notamment abondamment par les planteurs de bananes en Martinique et Guadeloupe de 1970 à 1993, il avait fait l'objet d'un avertissement de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dès la fin des années 70, sur les risques que présentait ce traitement phytosanitaire. Selon le journal en ligne Reporterre, si les Martiniquais et Guadeloupéens sont seulement 20% environ à être vaccinés, c’est que ces scandales leur ont fait perdre confiance dans les laboratoires pharmaceutiques.

Ils ont de quoi être méfiants : aujourd’hui encore, au-delà de 90% de ces citoyens d’Outre-Mer sont contaminés par le chlordécone. Fondatrice du collectif "Zéro Chlordécone Objectif Zéro Poison", Guilaine Sabine explique à Reporterre : « Il n’y a qu’en Martinique et en Guadeloupe qu’on a utilisé ce produit, et on nous a toujours caché sa dangerosité. Vous pensez bien qu’après cela, la parole institutionnelle n’a, pour nous, plus aucune valeur ! »

Est-ce un vieux problème car le produit n'est plus utilisé depuis près de 30 ans ? Non, le chlordécone peut rester présent dans l’organisme jusqu’à 600 ans, et les denrées, les animaux, les sols et milieux aquatiques en sont encore imprégnés, relate le journal en ligne.

La sociologue Stéphanie Mulot explique : « Ce scandale a laissé penser que les intérêts économiques de la France avaient prévalu sur la santé de la population, les ressources communes et la biodiversité. Cet épisode a aggravé la perte de confiance dans les politiques publiques nationales. Aujourd’hui, cette méfiance est accentuée par la circulation, sur les réseaux sociaux, d’injonctions contradictoires et de discours scientifiques divergents qui entretiennent le doute de certains sur le bien-fondé de la démarche vaccinale. »

Néanmoins, cette scientifique observe que les Antillais ont refusé la vaccination pour se tourner vers les médecines locales, ce qui n’a pas fonctionné, et le temps ne jouant pas en faveur des malades, ceux-ci arrivent à l’hôpital dans des états de complications aggravées. Cet avis doit être complété par le témoignage de beaucoup de soignants dans les îles, racontant que le gouvernement a réquisitionné les stocks de traitements tels que l'ivermectine. En Guadeloupe, un témoin anonyme explique qu'il a appelé les pharmacies sur place et en métropole, pour savoir ce qu'il en était. Ce dernier a été confronté à des incohérences : les pharmacies guadeloupéennes ont expliqué qu'elles étaient en rupture de stock et qu'elles attendaient les produits venus de métropole ; or dans l'Hexagone, les pharmacies et les fournisseurs lui ont dit qu'ils avaient ces traitements sur place. Alors, pourquoi refuser de les approvisionner ?
 

Le sucre, une épidémie livrée par les industriels

Si les corps sont fragilisés aux Antilles, c'est aussi à a cause des abus de sucre. L'obésité et le diabète sont des pathologies plus répandues dans les îles que dans la métropole, et cela pose la question de savoir : pourquoi les industriels vendent de la nourriture beaucoup plus sucrée dans ces régions d'outre-mer, pour le même produit de la même marque ?

Le Canard Enchaîné a récemment relaté les soupçons qui pèsent sur le gouvernement français, qui retarderait la diffusion d'un rapport "accablant sur la différence du taux de sucre ajouté dans les aliments entre les outre-mer et la métropole" retracé par France Info. Dès 2013, les députés Victorin Lurel et Hélène Vainqueur-Christophe avaient déposé une proposition de loi pour pousser les industriels à vendre des produits avec une quantité de sucre similaire à celle vendue en France.

Selon Santé publique France, le problème du diabète est deux fois plus fréquent en Outre-mer qu'en métropole. Or on sait que ces pathologies fragilisent le corps, notamment face à des virus tels que le Sars-CoV2.


Déserts médicaux

Cependant, et c’est le deuxième point de la situation sanitaire aux Antilles : pour aller chez le médecin, encore faut-il des médecins. Certains médias semblent avoir la mémoire courte : avant d’appeler à la vaccination, beaucoup de données montrent depuis des années que les Antilles sont un désert médical sans fin, avec peu d’oasis.

La Guyane est actuellement en zone rouge, avec un couvre-feu de 19h à 5h en plus de la journée de dimanche et un taux d’incidence de 448 pour 100 000 habitants selon LCI. Trois années auparavant, selon les données de la Drees, service statistique public du ministère des Solidarités et de la Santé, la Guyane comptait plus de 44% de sa population vivant dans des zones de sous-densité médicale, c’est-à-dire n’ayant pas assez de médecins par habitants.

L’Île-de-France, région parisienne également fortement touchée par le covid en 2020, présentait un taux de 14,6%. La Martinique et la Guadeloupe ont un taux de sous-densité médicale plus élevé que cette région de métropole avec 18% et 17,5%.

Le problème ne change donc pas fondamentalement avec ce virus, l’accès aux soins est un des facteurs les plus importants. Avant d’appeler à la vaccination, et de parler d’épidémie de variant delta, il semble important de parler de l’épidémie de fermeture des lits d’hôpitaux.
 

Remplacement politique des « médecins récalcitrants au vaccin contre le covid »

En juin 2020, la Martinique avait déjà dû recevoir le renfort de 15 médecins pour faire face à l’épidémie de covid-19. Les élus locaux appellent à l’aide depuis longtemps. Dans le système français, les meilleurs médecins préfèrent partir travailler en métropole, une fuite des cerveaux que les politiques ne semblent pas pressés de boucher.

Pour Céline, médecin généraliste en Martinique, le problème est ailleurs : il est « politique » selon elle, racontant que les « morts ne jonchent pas les rues », et dénonçant une hypocrisie médicale, où elle constate que des morts sont étiquetés covid alors que l'on a une grosse épidémie de dengue en ce moment (Ndlr : des instances de santé montraient que la dengue et le covid pouvaient effectivement avoir des symtômes similaires). Les gens en meurent actuellement.

« Nous avons énormément de jeunes médecins martiniquais présents en métropole, ayant posé leur candidature pour venir travailler au pays. Ils ont tous été refusés, on nous a envoyé seulement du personnel métropolitain vacciné ! Car il faut comprendre que, comme le personnel ici est récalcitrant à la vaccination, alors ils essayent de le remplacer. »

Aux Antilles, beaucoup sont favorables aux traitements précoces, mais ces pratiques dérangent et encore une fois le gouvernement s’arrange pour enlever les moyens de soigner : « Tous les stocks d’ivermectine au CHU local ont été réquisitionnés par l’État. Ils sont stockés au CHU de Fort-de-France, pas pour soigner mais pour empêcher les médecins de prescrire.

Quant à l’oxygène liquide, nous avons de l’oxygène médical mais il a été bloqué par l’ARS en Martinique, tout cela pour qu’on puisse faire de nous un exemple en disant, tenez regardez ils ne sont pas vaccinés, ils meurent. Mais c’est faux, chiffres à l’appui : au 7 août, nous sommes la 17e région en termes de mortalité, bien plus loin que la Haute-Corse qui n’est pas reconfinée en ce moment.

C’est une punition politique parce que les gens ne se vaccinent pas ici. Mais nous tenons ici, tout va bien. Les gens qui ne veulent pas se faire vacciner ici, ne le feront pas. Donc, rassurez-vous, c’est pour vous faire peur en métropole et ici nous allons bien. Et nous nous débrouillons pour ne pas nous laisser faire et écraser par toute cette politique non sanitaire. »

Sur les réseaux, les témoignages de soignants affluent pour expliquer le désordre dans le débat et les manipulations exercées, pour amener à la vaccination une population qui fait davantage confiance aux méthodes précoces, qu’à un État qui leur disait que tout allait bien lorsqu’ils souffraient des effets des pesticides.

Docteur en sciences agronomiques, Suzie Zozio s'exprime sur les réseaux sociaux :


Dans un Entretien essentiel, Christian Vélot rappelait que les zones à forte présence d’insectes ne doivent pas être des zones vaccinées [extrait à la 59e minute] : « Il faut distribuer les doses en fonction des besoins par rapport à la nécessité de vacciner telle frange de la population ou pas. Dans certains pays par exemple, ils sont victimes de virus qui sont véhiculés par des insectes, et qui viennent piquer le bras. Bizarrement, là où on vaccine. Et donc là, il y a des risques de cohabitations génétiques entre le matériel vaccinal et puis des virus à ARN, qui ne sont pas forcément des coronavirus mais qui peuvent créer de la recombinaison. Peut-être que dans ces pays il faudrait vacciner un petit peu moins. »

Pour David, fondateur du collectif Martinik Lib, enlever les moyens de prescrire aux médecins « c'est de la non-assistance à personne en danger ce qu’il se passe. Donner du Doliprane pour soigner le covid, c’est de la non-assistance. Nous ici, depuis longtemps, quand on est malade on se soigne avec des plantes, on boit du thé, on écoute nos anciens. Ce sont des savoirs ancestraux, il y a moins ça en métropole, vous n’avez pas de jardins créoles, par exemple.

Pour moi, on veut imposer un système ici, on n'est plus dans une crise sanitaire mais une crise politique et sociale. Quand on confine et qu’on nous empêche d’aller à plus d’un kilomètre de chez nous et qu’on ferme les plages c’est pas seulement qu’on ferme les plages, pour nous, aller prendre un bain de mer, dans notre éducation, c’est aussi thérapeutique. On nous enlève ça et après c’est normal qu’on tombe malade.

[…] Ils ne veulent pas nous respecter, donc on ne veut pas les écouter. C’est logique. On nous parle de vaccins là, mais on connaît tous des gens qui sont infectés par la chlordécone, ici. Et ce pesticide est dans notre sang, les filles font beaucoup d’endométrioses, ça touche le sang, et le vaccin aussi, donc on craint une mauvaise cohabitation génétique, on nous parle peu de cela quand on parle du vaccin.

Un juriste a suggéré ici que les Martiniquais auraient une sensibilité liée à la chlordécone qui ferait que la population martiniquaise serait exclue des zones à vacciner. On demande une chose : laissez la gestion du territoire à la collectivité martiniquaise. »


Du côté des politiques

De son côté, le ministre de la Santé et des Solidarités, Olivier Véran a annoncé que les Antilles vont échapper pour l’instant à la vaccination obligatoire des soignants parce qu’on « n’allait pas leur rajouter cette contrainte ». Dans cette allocution, l’ancien médecin du CHU de Grenoble-Alpes déclarait qu’il maintenait la vaccination obligatoire pour les soignants en France : il faut qu’au 15 septembre ces professionnels aient reçu au moins une injection de ce produit ayant une autorisation de mise sur le marché conditionnelle.

Gabriel Serville, nouveau président de la Collectivité territoriale de Guyane, portant un projet nouveau dans son rapport à l’État français, a annoncé ces dernières semaines qu’il souhaite que d’autres traitements que le vaccin soient pris en compte : « Nous avons des échanges avec des personnels de santé et médecins ayant évoqué des traitements qui seraient efficaces. Notre objectif n’est pas de nous mettre à la place de celles et ceux qui délivrent les prescriptions. Si, par hasard, il y a des médicaments et des traitements proposés qui sont efficaces, il ne faut pas les écarter au motif que la seule ambition soit la vaccination. On ne veut pas rentrer dans un clivage stérile entre la vaccination et les traitements, mais faire en sorte de sauver des vies. »

Par ailleurs, la compagnie Air Antilles Express a vu son activité suspendue, ses vols sont annulés jusqu'à nouvel ordre après un contrôle d'inspection. L'Organisme pour la sécurité civile (Osac) y a observé huit « non-conformités majeures. »
 

On apprenait ce matin une bonne nouvelle : "le pic des hospitalisations est passé" en Guadeloupe. Un soulagement en perspective, mais pas sûr que cela suffise à faire oublier aux Antillais la forme de maltraitance institutionnelle qu'ils ont ressentie, et dont les raisons structurelles ne semblent pas prêtes d'être attaquées.

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