Chronique Covid N°4 – Une controverse scientifique à propos de la pertinence du confinement, qui a échappé aux médias français

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Chronique Covid N°4 – Une controverse scientifique à propos de la pertinence du confinement, qui a échappé aux médias français

Publié le 06/07/2020 à 15:06 - Mise à jour à 17:11
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Auteur(s): François Pesty pour FranceSoir
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CHRONIQUE : Il me semble primordial, avant d’aborder dans la prochaine chronique les conséquences sanitaires positives ou négatives d’un confinement national, de bien appréhender les profonds désaccords scientifiques qui prévalaient entre les modélisateurs et les épidémiologistes cliniciens, au moment où les décisions ont été prises.

 

Nous verrons que plutôt que de suivre les mauvais conseils des épidémiologistes modélisateurs, qui ont recommandé le confinement national, notre exécutif aurait mieux fait d’écouter quelques épidémiologistes internationaux, plus clairvoyants, dont les voix n’ont malheureusement pas souvent été relayées dans les médias en France :

Luc Périno, médecin français, généraliste, enseignant, épidémiologiste, écrivain et essayiste, blogueur, le 27 février 2020, dans l’une de ses « humeurs médicales » intitulée « Épidémiologie économique », après avoir passé en revue les grandes pandémies historiques (peste noire, grippe espagnole, SIDA, variole, choléra, Ebola, SRAS et MERS…), concluait que « leurs répercussions économiques, pouvaient générer davantage de morbidité et de mortalité que le virus lui-même ».

Le 12 mars, Gerd Gigerenzer, le Directeur du centre Harding pour la bonne compréhension des risques, à l’Institut Max Planck pour le développement de l’Homme, Berlin, écrit « Le coronavirus COVID-19 de cette année ne sera pas le dernier. Pour faire face aux épidémies à venir, nous devons d'abord améliorer notre connaissance des risques et apprendre à vivre avec l'incertitude, plutôt que de nous laisser prendre en otage par elle ». Gigerenzer ajoute que « même avec une meilleure connaissance des risques, la plupart des politiciens auraient besoin d'un courage considérable pour agir sur la base de preuves plutôt que par peur. Mais c'est précisément le genre de dirigeants dont nous avons besoin et que nous respecterions ».

Le même jour, le Pr John P. A. Ioannidis, Standford, US, souvent considéré comme le meilleur épidémiologiste clinicien au monde, publie un éditorial virulent « La maladie du Coronavirus 2019 : les nuisances d'une information exagérée et de mesures non fondées sur des preuves ». Quelques extraits : « Des mesures extrêmes - Dans des circonstances alarmantes, des mesures extrêmes d'une efficacité inconnue sont adoptées. La Chine a d'abord réagi avec lenteur, mais a ensuite fermé des villes entières. Les fermetures d'écoles, l'annulation d'événements sociaux, la réduction et les restrictions des voyages aériens, les mesures de contrôle des entrées et la fermeture des frontières sont appliquées par divers pays. L'Italie a adopté un verrouillage au niveau national le 8 mars et de nombreux pays ont suivi le mouvement… Les preuves manquent pour les mesures les plus agressives. Un examen systématique des mesures visant à prévenir la propagation des virus respiratoires a révélé l'insuffisance des preuves de l'efficacité du contrôle aux points d'entrée et de la distanciation sociale pour réduire la propagation de l'épidémie »

 

Nous sommes le 14 mars, et Juan Gérvas, médecin espagnol, vacciné contre les excès de la médecine, s’insurge contre les mêmes mesures politiques aussi coercitives que probablement inefficaces, prises en Espagne. « Les mesures drastiques contre le coronavirus, elles peuvent causer plus de dégâts qu’elles n’en évitent ».

 

Le 17 mars, le Pr John Ioannidis, Standford, US, livre un article sur STATNEWS « Un fiasco en perspective ? Alors que la pandémie de coronavirus s'installe, nous prenons des décisions sans disposer de données fiables ». Il indique que « si nous n'avions pas contrôlé les individus à l'aide de tests PCR, le nombre total de décès dus à des « maladies de type grippal » ne semblerait pas inhabituel cette année. Tout au plus aurions-nous pu noter, de manière fortuite, que la grippe cette saison semble être un peu plus grave que la moyenne ».

 

Ioannidis soutient « qu’en l'absence de données, le raisonnement de la préparation au pire conduit à des mesures extrêmes de distanciation sociale et de verrouillage. Malheureusement, nous ne savons pas si ces mesures fonctionnent. Les fermetures d'écoles, par exemple, peuvent réduire les taux de transmission ». Il considère que « l'aplatissement de la courbe pour éviter de submerger le système de santé est conceptuellement plausible - en théorie. Pourtant, si le système de santé est débordé, la majorité des décès supplémentaires pourraient ne pas être dus au coronavirus, mais à d'autres maladies et affections courantes telles que les crises cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux, les traumatismes, les hémorragies et autres qui ne sont pas traitées de manière adéquate. Si le niveau de l'épidémie submerge le système de santé et que les mesures extrêmes n'ont qu'une efficacité modeste, l'aplatissement de la courbe peut aggraver la situation : au lieu d'être submergé pendant une courte phase aiguë, le système de santé le restera pendant une période plus longue. »

Il prévient que « L'un des problèmes principaux est que nous ne savons pas combien de temps les mesures de distanciation sociale et les verrouillages peuvent être maintenus sans conséquences majeures pour l'économie, la société et la santé mentale ».

David Katz, Directeur-Fondateur du Centre de Recherche en Prévention de Yale-Griffin (US), le 20 mars, 3 jours seulement après le début de notre enfermement, signait dans le New York Times un article intitulé « Est-ce que notre combat contre le coronavirus n’est pas pire que le virus ? ». Répondant à la métaphore militaire utilisée par plusieurs chefs d’Etats, dont Emmanuel MACRON qui s’était exclamé « Nous sommes en guerre », Katz proposait alors d’employer des « frappes chirurgicales » plutôt qu’une guerre totale, avec ses inévitables carnages et dégâts collatéraux…

Katz, contrairement à Delfraissy, affirmait sa confiance dans notre capacité à développer nos défenses immunitaires contre ce virus émergent. Ce brillant épidémiologiste avait à l’époque déjà pris parfaitement en compte les expériences chinoises, sud-coréennes (mortalité des 70-79 ans triple de celle des 60-69, et mortalité des plus de 80 ans double de celle des 70-79), celle du paquebot de croisière « Diamond Princess » (taux de mortalité d’environ 1%, plutôt rassurant dans cette population de personnes âgées infectées), et avait intégré que les décès étaient exceptionnels chez les enfants. Surtout, Katz comme Périno, était très préoccupé des conséquences sociales, économiques et sanitaires de cet effondrement presque total de la vie normale - écoles et entreprises fermées, rassemblements interdits – pensait qu’elles seront durables et désastreuses, peut-être plus graves que le bilan direct du virus lui-même. Katz insiste sur l’urgence à privilégier la protection des personnes âgées et vulnérables.

Le 24 mars, le Pr Peter C. Gøtzsche, médecin danois, ancien fondateur et directeur de la Collaboration Cochrane Nordique, [une organisation internationale constituée d’experts indépendants et pluridisciplinaires, qui publie des revues méthodiques et méta-analyses (analyses combinées des données issues d’un ensemble d’études cliniques répondant à une même question) dont nous reparlerons dans une prochaine chronique covid consacrée à l’efficacité (ou pas) des masques…], écrit que « La panique de masse du Coronavirus n'est pas justifiée ». Il interroge « Pourquoi alors cette panique extrême, avec des mesures draconiennes non fondées sur des preuves dans de nombreux pays qui restreignent sérieusement la vie des gens ? » ou encore « Le coronavirus est-il beaucoup plus mortel que le virus de la grippe ? Il ne semble pas. L'estimation de l'OMS d'un taux de létalité de 3,4 % est très exagérée. La Corée du Sud a bien géré le virus, et elle est en tête pour le nombre de tests par habitant. Le taux de mortalité officiel n'est que de 0,9 %, mais le taux réel est probablement inférieur car de nombreuses personnes présentant des symptômes légers ne sont pas testées ».

Nous voyons bien qu’il ne manquait pas d’experts indépendants lorsque les décisions si lourdes de conséquences ont été prises en France et ailleurs, pour dire « non » au confinement généralisé.

Les médias en France n’en ont pas parlé.

Ils n’ont pas été entendus…

 

Auteur(s): François Pesty pour FranceSoir

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