La consommation détournée du protoxyde d’azote explose depuis le début de la pandémie

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FranceSoir
Publié le 15 septembre 2021 - 19:33
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Des capsules de protoxydes d'azote après un festival.
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©Oil scarff/AFP
La peur, l’anxiété ou la colère provoquées par la pandémie et ses conséquences peuvent favoriser la consommation abusive de ce gaz.
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Les dangers du gaz dit “hilarant” sont connus depuis longtemps, mais son usage détourné explose, et certaines municipalités ramassent chaque mois des dizaines de kilos de cartouches vides jetées par terre. Certaines villes comme Marseille ont déjà interdit la vente aux mineurs, de même que la consommation sur la voie publique, et des médecins tirent la sonnette d’alarme au sujet des dangers de la consommation excessive de cartouches de protoxyde d’azote lors de soirées. L'arrivée à l’hôpital de jeunes avec d’importants troubles neurologiques témoigne d’une consommation qui s’est généralisée, avec de nombreux excès depuis le premier confinement du printemps 2020.

Une consommation liée à la crise sanitaire

Depuis la fin de l’année 2018, le gaz hilarant est la troisième drogue la plus utilisée par les étudiants. Cependant, la consommation de cette drogue facile à obtenir dans le commerce est devenue encore plus excessive pendant le confinement. En effet, selon une récente étude strasbourgeoise, les restrictions dues à la pandémie de COVID-19 ont été liées à une incidence plus élevée de l'usage récréatif du protoxyde d'azote, et à des complications neurologiques plus fréquentes. Paul Voulleminot, chef de clinique strasbourgeois, déclare pour rue89 Strasbourg, que le premier patient pris en charge à Strasbourg en avril 2020, avait déclaré inhaler 20 ballons de gaz par jour pendant le confinement, jusqu’à son hospitalisation. Une consommation très importante, pourtant probablement sous-évaluée, car les patients suivants avaient déclaré consommer « 50 à 150 » cartouches, voire « jusqu’à 300 » dans une même soirée. Une étude parue dans le Journal of Neurology explique que “la peur, l’anxiété ou la colère” provoquées par la pandémie et ses conséquences peuvent favoriser la consommation abusive de ce gaz.

D’une consommation étudiante festive, à une consommation généralisée avec des excès

Ivana Schroder, neurologue à l’hôpital de Strasbourg, remarque que “c’est aussi à partir du confinement qu’on a commencé à voir beaucoup de cartouches par terre dans les rues ou les parcs”. Avant le confinement, la pratique existait déjà dans le cadre des fêtes et soirées. Ivana Schroder analyse le phénomène en expliquant que le mésusage est passé d’une consommation étudiante festive, à une consommation plus généralisée et avec des excès. À Strasbourg, la plupart des patients sont âgés de 23 ans en moyenne. Certains sont issus de quartiers populaires mais d'autres sont des étudiants aux conditions de vie moins modestes, principalement des hommes.

Il est urgent de prendre conscience des dangers de ce gaz

Certaines communes ont pris des arrêtés municipaux pour interdire la consommation sur la voie publique, et la vente physique est depuis peu interdite aux mineurs. Cependant, la vente en ligne reste très accessible. Les risques de cette consommation ne sont pas clairement expliqués sur le site du site ministère drogues.gouv.fr et des conseils pour en prendre en limitant les risques sont évoqués. Pourtant, selon Paul Voullemin, il est impératif d’évoquer clairement les dangers de cette pratique, car les patients traités à l'hôpital de Strasbourg n'avaient aucune idée que cela pouvait être dangereux. Ces risques doivent être clairement détaillés et largement communiqués, car la tendance est commune à de nombreux hôpitaux en France, confrontés au même phénomène.

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