Remdesivir : il est erroné de dire que la France n’en a pas acquis. A minima 9,5 M€ pour le contribuable

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Remdesivir : il est erroné de dire que la France n’en a pas acquis. A minima 9,5 M€ pour le contribuable

Publié le 24/12/2020 à 15:16 - Mise à jour le 25/12/2020 à 11:07
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Auteur(s): FranceSoir
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Le remdesivir, médicament très controversé dans le traitement de la Covid-19, fait l’objet d’une attention particulière puisque les autorités ont déclaré que la France n’avait pas acheté de doses de ce médicament.  Ceci a fait l’objet de fact-checking de Libé et du Monde qui au travers d'informations parcellaires essaient de venir à la rescousse. Le Monde indique que la France n’a pas acheté de doses de remdesivir dans le cadre d’un contrat en date du 7 octobre.

Encore une fois Libé commet une désinformation sélective

Libé et M. Gouthière, connus pour leurs tendances récentes à « tordre les faits » pour en faire des vérités ont écrit « la France n’a pas investi d’argent public dans des doses de remdésivir ; le Veklury (nom commercial du remdesivir) utilisé en usage compassionnel sur le territoire a, jusqu’à présent, été acquis à titre gratuit, et pour des volumes peu importants comparés à d'autres pays »  en se rapprochant de la Direction générale de la Santé afin d’obtenir des informations.  Cependant il apparait que toutes les questions sensibles n’ont pas été posées, et l'usage du terme "gratuit" est à revoir.

Rétablir les faits

Nous avons donc contacté les trois pharmaciennes opérant au linistère des Solidarités et de la santé indiquées sur le document du remdesivir, en l’occurrence, mesdames Nathalie Grene-Lerouge, analyste cheffe de projet produits de santé et dispositifs médicaux, Line Legrand, conseiller technique médicament et Agnès Laforest-Bruneaux, adjointe à la cheffe de bureau PF2 | Pôle produits de santé. C’est le service presse de la DGS qui nous a répondu.

Nos questions portaient donc sur la mise à jour sur le traitement remdesivir afin d’obtenir des précisions sur l’ Instruction (N° DGS/CORRUS/PP2/DGOS/PF2/2020/174) du 21 octobre 2020 relative à l’approvisionnement des établissements de santé en doses de la spécialité pharmaceutique VEKLURY® (remdesivir) détenues par l’Agence nationale de santé publique (SpF). 

FS : En page 4 dudit rapport, est écrit : une première vague de livraison semaine 42. Pourriez-vous expliciter la quantité disponible à cette date ?

DGS : Environ 27 000 doses étaient disponibles à cette date.

FS : comment ces quantités ont été obtenues ?

DGS : La Commission européenne a acquis des doses de VEKLURY® via le fond d’urgence européen (ESI), doses qu’elle a allouées aux Etats-membres en fonction de la situation épidémique nationale et plus particulièrement en fonction du nombre de patients hospitalisés pour COVID-19. Dans ce cadre, la France pouvait disposer d’une quote-part de 36 000 doses. Elle en a reçu environ 27 000 et a cédé le reliquat à d’autres pays européens demandeurs. 

FS : Quel a été le prix d’achat de ces doses ?

DGS : La France n’a pas payé directement ces doses qui ont été achetées, comme indiqué supra, par la commission européenne utilisant le fond d’urgence européen.

FS : Quelles quantités ont été distribuées ?

DGS : 7 440 flacons ont été distribués.

FS : Avez-vous tenu compte du retrait de demande de remboursement du remdesivir par le laboratoire Gilead dans votre décision ?

DGS : Comme indiqué dans l’instruction ministérielle du 21 octobre 2020, le retrait de la demande d’inscription de Veklury® sur la spécialité sur la liste des médicaments agréés à l’usage des collectivités, suite à l’avis rendu par la Commission de la transparence en date du 16 septembre 2020,  a eu pour conséquence de ne pas ouvrir le dispositif « post ATU » prévu à l’article L. 162-16-5-2 du code de la sécurité sociale. L’absence d’ouverture du dispositif post-ATU à la spécialité a interdit de fait toute possibilité d’achat et de prise en charge du médicament par les établissements de santé à compter de la date de fin de l’ATU de cohorte fixée par l’ANSM le 23 octobre 2020.

FS : Vous continuez en expliquant que la seconde livraison aura lieu semaine 44, Combien de doses ont été livrées ?

DGS : 7 680 flacons ont été livrés.

FS : Quel est le prix d’achat de ces doses

DGS Comme indiqué plus haut, la France n’a pas acheté ces doses.

FS : La date de validation de ce document est le 6 novembre par la CNP alors que déjà l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) savait et avait donné des indications contre l’usage du remdesivir.  Comment se fait-il que ce document paraisse donc ? 

DGS : La date administrative est effectivement postérieure, comme vous le constatez à la date de livraison qui s’est en fait déroulée la semaine du 26 octobre au 1e novembre. Pour des raisons de santé publique, les premières livraisons des doses de Veklury du stock Etat ont été engagées au plus près de la date de fin de l’ATU de cohorte fixée par l’ANSM le 23 octobre 2020, afin de prévenir toute rupture d’accès au traitement. L’organisation des livraisons a été anticipée par la diffusion aux ARS du MINSANTE n° 169 du 14 octobre 2020. Il faut relever qu’à cette date, seul l’avis de la Commission de la Transparence (CT) émettait des réserves sur l’intérêt thérapeutique du médicament, réserves qui ont été reprises intégralement dans ce MINSANTE.

Que penser de tout cela ?

Tout d’abord dans un article publié dans Science le 23 octobre, on pouvait lire que : 

« La Commission a pris connaissance des résultats de l'essai Solidarity le 9 octobre suite au rapport de l'Agence européenne des médicaments (EMA) lors de la réunion du groupe de travail COVID le même jour », a déclaré le porte-parole, et probablement avant si l'on en croit des sources proches du dossier.  «Il n'y a eu aucune discussion avec l'OMS sur l'étude en cours avant la signature du contrat avec Gilead.»  Entre la date de publication de l’étude Solidarity et le 21 octobre, il s’est passé plus de 10 jours.  Il est donc difficilement compréhensible que ceci n’ait pas été pris en considération dans le rapport ci-dessus en date du 21 octobre. Le fabricant du remdesivir Gilead s’était même fendu d’un communiqué de presse le 15 octobre attaquant les résultats de l’étude Solidarity qui montrait l’inefficacité du remdesivir.  Ceci menait l’OMS à ne plus recommander le remdesivir en tant que traitement contre la Covid.  Et malgré cette recommandation certains, comme Nathan Peiffer-Smadja, en vantaient encore les mérites et demandaient à continuer l’inclusion de patients pour vérifier.  On n'a pas vu la même considération pour l'hydroxychloroquine dont un des essais Hycovid a été arreté alors qu'il montrait des signes d'efficacité.  

Rappelons que l’essai Solidarity comprend des chercheurs français comme Florence Ader avec l’assistance de l’Inserm. 

A la date de signature de ce rapport (21 octobre mise en ligne le 19 novembre), la DGS avait les moyens de savoir et aurait dû "moduler les propos sur la livraison et l’usage de ce médicament".  De plus le rapport ne fut mis en ligne que le 21 novembre et donc la DGS aurait pu décaler ou modifier ce rapport eu égard les nouvelles informations disponibles. Pendant que le Pr. Raoult et l’IHU de Marseille se battaient pour l’approvisionnement en hydroxychloroquine, la DGS s’assurait de la disponibilité du traitement alors qu’ils avaient tous les moyens de connaitre la inefficacité et les effets secondaires du traitement.

 

Sur l’acquisition par la France, la DGS nous répond que la France n’a pas directement payé les 27 000 doses. L’EMA avait précisé que c’était un achat commun.  La France contribue au budget de l’Europe à hauteur de 14 à 15% et représente 15% de la population européenne. 

Libé écrit : « la Commission européenne avait commandé en juillet 200 000 doses de Veklury à Gilead pour un montant de 70 millions d’euros ».  Et la DGS nous confirme avoir pris livraison de 27 000 doses sur un total de 36 000 qui correspondrait à la quote-part de la France.  La DGS a en outre précisé que La DGS précise que ces 27 000 doses (équivalentes à 4 500 traitements) «ont été mises à disposition des établissements de santé dès lors que l’ATU (autorisation temporaire d'utilisation) de cohorte a pris fin».  Soit 6 doses par traitements.  Un simple règle de trois permet de calculer qu’une dose coute 70 000 000/27 000 soit 350 euros et donc un traitement coute 2100 euros (6 x 350 euros).

Si la France a bien une quotepart de 18% (36 000/200 000) dont elle n’a pris livraison que de 27 000 doses à 350 euros, cela a donc couté 9,450 millions d’euros à la France de sa quotepart du fond de l’ESI. Ce montant peut aller jusqu’à 12,6 millions d’euros si l’on compte le total de la quotepart de la France, en l’occurrence les 36 000 doses.

Une vérité indirecte

Ecrire que la France n’a pas acheté des doses de remdesivir est factuellement incorrect, puisque même la DGS nous indique que « la France n’a pas payé directement ces doses qui ont été achetées ». La DGS précise même que cela a été réglé par l’EU dans le cadre du fonds ESI. La France contribue à l’Europe et au fond ESI donc la France a indirectement acheté ces doses au travers de cela.  De plus écrire que la France n'a pas acquis de médicament par le biais d'un contrat européen en date du 7 octobre pose question à plusieurs titres, puisque le rapport de la DGS date du 21 octobre. 

Si la France ne fait pas d'acquisition dans le cadre de ce contrat, et que l'OMS déclare le médicament inefficace (exactement : "une recommandation conditionnelle contre l'administration aux patients hospitalisés quelque soit la gravité de leurs symptômes"), pourquoi la DGS met-elle ce rapport en ligne le 19 novembre ?  Il y a, a minima une contradiction de santé publique puisque l'on avait les moyens de savoir que le médicament ne fonctionnait pas. Il est impensable d'imaginer que la DGS qui suivant ces développements de près ne puisse pas "ne pas passer commande le 7 octobre" et écrire le 21 octobre comment prendre livraison des doses. Une clarification dans le cadre d'une enquête parlementaire sera sans doute nécessaire.  

Pour couronner le tout, la DGS nous confirme que « la France a cédé le reliquat de doses » à d’autres pays européens. A minima, il y a eu une transaction, qui n’a pas été explicitée.

Des questions complémentaires posées à la DGS à ce sujet, sont à ce jour restées sans réponse.

Si la France n’a pas payé directement, le contribuable français aura bien directement payé la facture d’un traitement inefficace.  Rappelons que la toxicité du remdesivir été questionnée dès le mois d’avril et le rôle de Gilead, en cherchant à comprendre si Gilead n’aurait pas caché la toxicité de ce médicament.

La santé n’a pas de prix, mais la clarté de l’information et la vérité ne mangent pas de pain.

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