Les chantiers STX passent sous pavillon italien: une faute stratégique de la part de l'Etat

  •  FranceSoir a besoin de votre soutien, SIGNEZ LA PETITION !  

Les chantiers STX passent sous pavillon italien: une faute stratégique de la part de l'Etat

Publié le 06/04/2017 à 17:15 - Mise à jour le 27/07/2017 à 11:10
© LOIC VENANCE / AFP/Archives
PARTAGER :

Auteur(s): Jean-Yves Archer

-A +A

Selon une information du journal "Le Monde", l'Etat va finalement nationaliser les chantiers navals de STX à Saint-Nazaire, faisant jouer son droit de préemption au détriment de l'acquéreur italien Fincantieri. Dans une publication du 6 avril, Jean-Yves Archer, dirigeant du cabinet Archer, décryptait pour "FranceSoir" les dangers que représentait la vente à l'entreprise transalpine.

Finalement l'Etat a calé et s'est plié à la stricte loi du marché par-delà certaines déclarations préalables. Ainsi, l'actionnaire de référence des chantiers STX à Saint-Nazaire sera italien faute d'un patriotisme national qui aurait pourtant été justifié dans ce cas précis. Selon les informations disponibles à ce stade, ce jeudi 6, il ressort que le groupe Fincantieri devrait disposer à l'avenir de 49% du capital. L'Etat conservant sa minorité de blocage de 34% épaulée par les 10% de DCNS. Il reste donc un peu moins de 10% du capital "dans la nature" qui devrait échoir à une fondation italienne: l'Etat ayant refusé que ces 10% ne tombent dans l'escarcelle de la Caisse des dépôts transalpine.

Certains diront que l'on retrouve le même type de configuration que du temps de l'actionnaire sud-coréen, précédent détenteur du bloc majoritaire de STX. A une lourde nuance près que le risque de délocalisation du savoir-faire est éminemment supérieur.

De surcroît, il faut impérativement garder à l'esprit que seul ce chantier est capable d'élaborer et de réaliser la coque d'un porte-avions nucléaire. Autrement dit, à l'expiration du service du Charles de Gaulle, un élément stratégique de notre Défense nationale reposera sur les petites lignes d'un pacte d'actionnaires entre Fincantieri et l'Etat. N'avions-nous pas la possibilité via ce fait de Défense nationale de monter jusqu'au seuil de la majorité simple soit 7% de plus que ce que nous détenons actuellement? A l'échelle des enjeux, ces 7% manquants risquent d'être lourd de sens.

Décidément, on comprend mal la logique suivie par l'Etat que préside François Hollande. Chez Peugeot, on a su prendre des risques (17,5% du capital) pour aider au retournement d'un groupe en péril. Ici, nous sommes face à une entreprise prospère, à l'activité commerciale débordante et dotée d'un fort niveau de technicité (paquebots de type "géants des mers") et on reste sur le quai des brumes d'une décision publique fort contestable. Evidemment, si la fiscalité du capital était moins dure, il y aurait pu avoir des repreneurs partiels tricolores. Il est quand même désolant de devoir constater qu'une belle affaire file à l'étranger tout comme Technip, Dentressangle ou Lafarge.

Cette érosion de notre appareil productif a deux entrées: par le bas, elle gomme les canards boiteux qui ne peuvent tenir le choc de la compétitivité. Par le haut, les investisseurs n'ont plus guère envie d'être opérateurs en France et réalisent leurs actifs au détriment de notre potentiel national. Certains, un peu pressés, diront "haro sur ces sales capitalistes!". Le problème, c'est que l'Etat vient d'adopter la même logique en oubliant le détail potentiellement mortifère pour Saint-Nazaire: le groupe Fincantieri vient d'investir en Chine et de créer une coentreprise…

La logique posée et froide des chiffres risque par conséquent de sceller le destin d'une partie des salariés actuels de STX. Evidemment une équipe gouvernementale sortante n'en a cure malgré les efforts connus et reconnus de l'ancien élu de Saône-et-Loire qu'est le secrétaire d'Etat à l'Industrie, Christophe Sirugue.

Dans un communiqué commun entre messieurs Sapin et Sirugue du 10 octobre dernier, on pouvait lire: "L’objectif du gouvernement n’est pas de devenir actionnaire majoritaire de la société STX France mais il est de peser dans le choix du repreneur pour que les Chantiers de Saint-Nazaire puissent disposer d’un actionnariat industriel solide capable d’accompagner leur développement sur le long terme".

A la lumière de la structure actionnariale projetée, il est légitime et lucide d'avoir des doutes sur la vraie nature future de "l'accompagnement du développement".

Cet article a été initialement publié dans FranceSoir le 6 avril 2017

Auteur(s): Jean-Yves Archer


Chère lectrice, cher lecteur,
Vous avez lu et apprécié notre article et nous vous en remercions. Pour que nous puissions poursuivre notre travail d’enquête et d’investigation, nous avons besoin de votre aide. FranceSoir est différent de la plupart des medias Français :
- Nous sommes un média indépendant, nous n’appartenons ni à un grand groupe ni à de grands chefs d’entreprises, de ce fait, les sujets que nous traitons et la manière dont nous le faisons sont exempts de préjugés ou d’intérêts particuliers, les analyses que nous publions sont réalisées sans crainte des éventuelles pressions de ceux qui ont le pouvoir.
- Nos journalistes et contributeurs travaillent en collectif, au dessus des motivations individuelles, dans l’objectif d’aller à la recherche du bon sens, à la recherche de la vérité dans l’intérêt général.
- Nous avons choisi de rester gratuit pour tout le monde, afin que chacun ait la possibilité de pouvoir accéder à une information libre et de qualité indépendamment des ressources financières de chacun.

C’est la raison pour laquelle nous sollicitons votre soutien. Vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire et nous donner des marques de confiance, ce soutien est précieux, il nous permet d’asseoir notre légitimité de media libre et indépendant et plus vous nous lirez plus nous aurons un impact dans le bruit médiatique ambiant.
Alors si vous souhaitez nous aider, c’est maintenant. Vous avez le pouvoir de participer au développement de FranceSoir et surtout faire en sorte que nous poursuivions notre mission d’information. Chaque contribution, petite ou grande, est importante pour nous, elle nous permet d'investir sur le long terme. Toute l’équipe vous remercie.



PARTAGER CET ARTICLE :


L'italien Fincantieri possède maintenant 49% des actions de STX et l'Etat français seulement 34%.

Newsletter


Fil d'actualités Tendances éco




Commentaires

-