Les coursiers de Take Eat Easy, en redressement judiciaire, s'organisent pour saisir les prud'hommes


Elle était un acteur majeur d’un secteur emblématique de la "nouvelle économie": la livraison de repas à domicile. L’enseigne belge Take Eat Easy pourrait maintenant devenir le symbole du travail précaire que génère ces entreprises proposant de nouveaux services aux particuliers en embauchant une cohorte de petites mains. La société a en effet annoncé le 26 juillet son placement en redressement judiciaire, faute de parvenir à dégager des revenus suffisant, malgré une croissance annoncée "de 30%" depuis un an selon ses dirigeants.
Problème: les livreurs à vélo qui portent aux clients les repas en provenance des restaurants partenaires, avec un supplément de 2,50 euros pour la course, se plaignent de ne pas avoir été payés en juillet. Or, le prérequis obligatoire pour être un coursier chez Take Eat Easy (et d’ailleurs toutes les sociétés de ce secteur d’activité comme Allo Resto ou Deliveroo…) était d’être auto-entrepreneur. Le statut avait en effet l’avantage pour "l’employeur" (qui est en fait un client pour ses coursiers, légalement parlant) de ne générer aucune charge, chacun des coursiers facturant en fait ses services. Pas de cotisations sociales, mais surtout pas de contrat de travail, donc pas de procédure particulère pour se séparer d’un coursier. Et des garanties moindres pour ces derniers en cas d'impayés par rapport à un salarié classique.
Ceux-ci ont donc décidé de se regrouper dans un groupe informel "le collectif coursier francilien" qui revendique 700 membres. Selon son représentant Matthieu Dumas "150 se disent prêts à attaquer la plateforme" devant la justice pour obtenir la requalification de leur relation commerciale avec Take Eat Easy en contrat de travail, et bénéficier ainsi de la protection du statut de salarié. Il critique d’ailleurs l’obligation faite d’adopter ce statut d’auto-entrepreneur, une contrainte qu’il perçoit comme "un modèle économique capitalisant sur la misère".
La question de la protection sociale des nouvelles plateformes de services est récurrente. Bien avant Take Eat Easy, c’est Uber qui soulevait déjà la polémique avec ses chauffeurs également sous statut d’indépendant, même quand ils travaillent exclusivement chez Uber. Aux Etats-Unis, où une fronde de chauffeurs pour se faire reconnaître comme des salariés avait finalement débouché sur un accord: contre un arrêt des plaintes, l’entreprise avait accepté de verser 100 millions de dollars.
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