Crédit 2.0, quand le "Big Data" intervient dans l'accord d'un prêt

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Crédit 2.0, quand le "Big Data" intervient dans l'accord d'un prêt

Publié le 28/03/2016 à 12:31 - Mise à jour à 12:32
©Heinrich-Böll-Stiftung/Flickr
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Auteur(s): La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP

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Décrocher un crédit en ligne grâce aux réseaux sociaux est désormais possible via certaines fintech, jeunes sociétés financières qui ciblent essentiellement un public jeune ou peu bancarisé. Utilisant la masse de données numériques, le "big data", pour évaluer la solvabilité des demandeurs, leurs méthodes intéressent tout autant qu'elles dérangent.

"Si tes amis ont confiance en toi, nous aussi": c'est par ce slogan et son logo, un "smiley" à la bouche grande ouverte, que Credilikeme, fintech mexicaine spécialisée dans le crédit, s'est faite connaître sur Facebook. Le principe : obtenir de ses amis un maximum de "J'aime" sur sa demande de crédit afin de la soutenir. Lancée en 2012, cette société propose des prêts de 100 à 600 euros, à des taux d'intérêts compétitifs et en quelques jours maximum.

"J'ai eu une réponse quasi immédiate sans avoir à me déplacer et mes amis ont pu donner leurs recommandations sur moi par SMS ou directement par téléphone", explique à l'AFP Maria Gonzalez Becerra, 26 ans, cadre administratif à Mexico.

Opérant surtout dans les pays émergents mais aussi aux Etats-Unis et en Europe, ces fintech se sont développées ces dernières années dans le crédit pour les populations qui en sont exclues faute de disposer d'historique de crédit.

Dans cet historique sont enregistrées les données liées au crédit d'un particulier, remboursements comme incidents de paiement. Il est systématiquement étudié par les organismes de crédit pour évaluer la solvabilité des demandeurs.

Or, "il existe beaucoup de personnes solvables et fiables sans historique de crédit", la plupart ayant moins de 35 ans, selon Gideon Valkin, co-fondateur et directeur général de FriendlyScore, une fintech située à Londres qui utilise réseaux sociaux et big data pour créer de nouvelles méthodes de "score" destinées à inclure ces personnes.

Le "score", traditionnellement utilisé par les organismes de crédit, est une note prédictive sur la capacité d'un demandeur à rembourser un prêt. Il repose sur des corrélations, généralement tenues secrètes par les organismes de crédit, entre une donnée et le fait d'être un bon emprunteur. Plus il est élevé, plus grande est la solvabilité estimée.

L'idée est de permettre aux demandeurs de crédit sans historique de fournir une notation de leur risque de défaut basée sur des algorithmes utilisant une "centaine d'indicateurs" contenus dans leurs comptes de réseaux sociaux mais aussi révélés par leur comportement sur Internet (temps passé sur Internet, notamment sur les sites financiers, géolocalisation via IP...).

Ainsi se connecter entre minuit et midi, compter peu de membres de sa famille dans ses réseaux sociaux abaissent le score, tout comme être divorcé ou avoir changé souvent de banque.

Il existe également des adaptations culturelles de la notation. "En Europe, on regardera plus la qualité des amis, tandis qu'en Afrique, leur nombre", ajoute M. Valkin dont la société vend ces grilles d'évaluations à des banques situées dans une dizaine de pays en Europe mais surtout dans les marchés émergents (Inde, Nigeria, Afrique du Sud, Indonésie, Brésil, Algérie).

"A l'avenir, nous utiliserons des centaines de sources, n'importe quel profil en ligne qui permettra au demandeur d'améliorer sa note", précise le jeune dirigeant, diplômé d'Harvard.

Car "plus on utilise de données, plus la précision des algorithmes augmente", ajoute-t-il assurant pouvoir prévoir d'ici un an le risque de défaut d'un client avec un intervalle de fiabilité de 95%.

En France, où l'utilisation des données est très encadrée, les acteurs du secteur sont circonspects sur le sujet. Mais tous surveillent attentivement les possibilités offertes par le big data, certains commençant à tester des méthodes dans leurs filiales étrangères.

Comme Sofinco, filiale crédit à la consommation du Crédit Agricole, qui en Allemagne utilise, en accord avec le demandeur et la législation en vigueur, des "intégrateurs", des applications se connectant directement sur le compte bancaire du client afin d'analyser six mois de relevés de compte et l'évolution de ses revenus et charges, explique Christophe Grave, directeur adjoint de Sofinco.

En revanche, le dirigeant dit écarter les méthodes utilisant les réseaux sociaux par "respect de la finalité des informations publiées par l'internaute" qui ne s'attend pas à être évalué par une banque lorsqu'il y poste des informations personnelles.

Aux Etats-Unis, le sujet commence également à faire débat. La Federal Trade Commission (FTC), organisme chargé de protéger la concurrence et les consommateurs, appelait, dans un rapport publié en janvier dernier, les entreprises à utiliser avec discernement les outils d'analyse utilisant le big data, qui, selon elle, peuvent exclure certaines populations des offres commerciales et menacer la confidentialité.

 

Auteur(s): La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP


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