Le commerce international ne séduit plus

  •  SOUTENEZ L'INDEPENDANCE DE FRANCESOIR, FAITES UN DON !  

Le commerce international ne séduit plus

Publié le 17/05/2016 à 13:58 - Mise à jour à 14:02
©Roslan Rahman/AFP
PARTAGER :

Auteur(s): La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP

-A +A

L'ère des traités de libre-échange semble être en déclin. A l'approche des élections présidentielles, et alors que l'opinion publique se méfie de plus en plus de ces accords, certains dirigeants politiques ont décidé de surfer sur cette méfiance.

Donald Trump dénonce le commerce international comme "un viol", François Hollande menace d'opposer son veto au traité transatlantique TTIP, l'OMC patine depuis des années, et l'hostilité des opinions publiques est croissante: autrefois promesse de lendemains qui chantent, le commerce mondial est devenu un épouvantail. "Nous devrions nous réjouir de la fin de l'ère des traités de libre-échange qui se sont depuis longtemps transformés en poignées de mains dans l'intérêt des sociétés et des investisseurs (...), laissant peu d'espace aux travailleurs". Ces mots ne sont pas tirés d'un manifeste altermondialiste, mais du New York Times, sous la plume de Jared Bernstein, ancien conseiller économique du vice-président américain, Jo Biden.

Dans l'opinion publique, ces accords ont de moins en moins la cote, comme le montre la mobilisation en Europe contre le TTIP (ou Tafta), ce vaste projet d'uniformisation des normes commerciales entre Europe et Etats-Unis. Près de sept Français sur 10 ne font pas confiance à la Commission européenne sur ce sujet, selon un récent sondage. En Allemagne, où l'économie est largement soutenue par de puissantes exportations, des dizaines de milliers de personnes ont battu le pavé en avril à Hanovre pour le dénoncer. Aux Etats-Unis non plus, le commerce international n'enchante pas. "Huit ans après la crise de 2008 et après 40 ans de stagnation des revenus moyens des foyers américains, ils se réveillent et se mettent en colère", a expliqué à l'AFP l'analyste américain Nicholas Dungan, conseiller spécial auprès de l'Iris et chercheur à l'Atlantic Council aux Etats-Unis.

Et les dirigeants politiques de surfer sur cette méfiance grandissante, surtout à l'approche des élections. Aux Etats-Unis, le républicain Donald Trump a fait de la lutte contre le commerce un de ses chevaux de bataille. "Nous ne pouvons pas continuer de permettre que la Chine viole notre pays", a-t-il récemment proclamé. Sous la pression de son rival Bernie Sanders, la démocrate Hillary Clinton a aussi dénoncé ces traités qui ont "l'air souvent fantastiques sur le papier" mais dont les résultats ne sont pas toujours "à la hauteur". En Europe, François Hollande a dit non au TTIP "à ce stade" des négociations.

"Nous sommes entrés dans une période où les accords commerciaux sont de plus en plus controversés, mais il est trop tôt pour dire si nous sommes arrivés au bout du libre-échange, car d'importants traités sont encore négociés", a affirmé à l'AFP David Torn, professeur à l'Université de Zurich et co-auteur d'une étude intitulée "Le syndrome chinois". Ce document attribue aux exportations chinoises un quart du recul de l'emploi manufacturier aux USA de 1997 à 2007. "De quoi créer la crainte qu'une plus grande intégration commerciale provoque de nouvelles pertes d'emplois", a-t-il expliqué.

"Les Américains pensent que si le consensus de Washington (lancé dans les années 80 et qui se basait sur l'autorégulation des marchés) ne porte plus ses fruits, cela signifie que l'idée du libre-échange est aujourd'hui datée et qu'il faut essayer autre chose", selon M. Dungan. "Nous sommes arrivés à un stade où l'on remet en cause le libre-échange sans contrainte, sans prise en compte de l'environnement", a expliqué à l'AFP Henri Landes, maître de conférence à Sciences Po Paris. Des accords dépassés, selon lui, qui devraient devenir des "reliques" et laisser leur place à des traités qui favorisent beaucoup plus "l'économie circulaire et de proximité".

"Nous devons changer le logiciel à l'échelon mondial", plaide M. Landes. Les accords commerciaux "doivent transiter vers une économie beaucoup plus fondée sur la proximité, sur le progrès social et la prise en compte de l'environnement. Sinon, nous serons obligés à un moment donné de revenir à du protectionnisme".

Et il n'y a pas que des masses populaires en colère qui écornent le mythe du village mondial silloné d'innombrables routes commerciales. L'Organisation mondiale du commerce (OMC), qui devait instaurer le cadre des échanges pour le monde entier, est ainsi en perdition, faute de succès, et voit son influence grignotée par les traités bilatéraux ou régionaux qui prolifèrent.

 

Auteur(s): La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP


Chère lectrice, cher lecteur,
Vous avez lu et apprécié notre article et nous vous en remercions. Pour que nous puissions poursuivre notre travail d’enquête et d’investigation, nous avons besoin de votre aide. FranceSoir est différent de la plupart des medias Français :
- Nous sommes un média indépendant, nous n’appartenons ni à un grand groupe ni à de grands chefs d’entreprises, de ce fait, les sujets que nous traitons et la manière dont nous le faisons sont exempts de préjugés ou d’intérêts particuliers, les analyses que nous publions sont réalisées sans crainte des éventuelles pressions de ceux qui ont le pouvoir.
- Nos journalistes et contributeurs travaillent en collectif, au dessus des motivations individuelles, dans l’objectif d’aller à la recherche du bon sens, à la recherche de la vérité dans l’intérêt général.
- Nous avons choisi de rester gratuit pour tout le monde, afin que chacun ait la possibilité de pouvoir accéder à une information libre et de qualité indépendamment des ressources financières de chacun.

C’est la raison pour laquelle nous sollicitons votre soutien. Vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire et nous donner des marques de confiance, ce soutien est précieux, il nous permet d’asseoir notre légitimité de media libre et indépendant et plus vous nous lirez plus nous aurons un impact dans le bruit médiatique ambiant.
Alors si vous souhaitez nous aider, c’est maintenant. Vous avez le pouvoir de participer au développement de FranceSoir et surtout faire en sorte que nous poursuivions notre mission d’information. Chaque contribution, petite ou grande, est importante pour nous, elle nous permet d'investir sur le long terme. Toute l’équipe vous remercie.



PARTAGER CET ARTICLE :


Le commerce international est de plus en plus mal perçu par l'opinion publique.

Annonces immobilières

Newsletter


Fil d'actualités Tendances éco




Commentaires

-