Tourisme: la Tunisie veut partir en guerre contre le "terrorisme environnemental"

Tourisme: la Tunisie veut partir en guerre contre le "terrorisme environnemental"

Publié le :

Jeudi 09 Mai 2019 - 12:28

Mise à jour :

Jeudi 09 Mai 2019 - 12:30
© FETHI BELAID / AFP/Archives
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Par Caroline Nelly PERROT - Tunis (AFP)

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Après des années de lutte pour rétablir la sécurité, la Tunisie vogue vers de nouveaux records de fréquentation touristique. Mais si le ministre du Tourisme René Trabelsi s'en félicite, cet ancien voyagiste de confession juive a désormais dans son viseur le "terrorisme environnemental".

Après les années de grande morosité, liées notamment à une vague d'attaques jihadistes, le ciel tunisien apparaît de nouveau bleu azur. "Pratiquement tous les grands tours-opérateurs qui sont revenus (...) nous disent qu'il y a une augmentation en moyenne de 30% sur les réservations", se réjouit auprès de l'AFP M. Trabelsi.

Au 10 mai, deux millions de personnes avaient ainsi visité la Tunisie, soit 24% de plus qu'il y a un an, et même 7% de plus qu'en 2010, année de référence pour ce secteur pesant environ 7% du PIB tunisien.

Après plusieurs années consécutives de croissance, et le seuil des huit millions franchi l'an dernier, l'objectif est désormais d'atteindre les neuf millions en 2019 --dont un million de Français et 250.000 Britanniques, soit deux fois plus qu'en 2018 pour ces derniers.

Mais le nombre de nuitées et les revenus en devise restent inférieurs à ceux enregistrés en 2010. La clientèle européenne, qui constituait alors la moitié des touristes, en représente désormais moins d'un tiers --au profit d'une clientèle régionale essentiellement. Et le secteur, très endetté, peine à sortir du balnéaire "tout inclus", générant peu de devises.

"Durant la haute saison, la Tunisie va être remplie, mais ce qui nous intéresse c'est l'arrière-saison, de septembre à mars", déclare René Trabelsi qui, derrière son vaste bureau de ministre, a conservé son bagou de voyagiste et la convivialité ayant fait de lui une figure locale.

"On est en négociation avec des tours-opérateurs (...) pour qu'il gardent les avions charters" plus longtemps. "Cette année déjà, beaucoup d'hôtels qui fermaient l'hiver depuis la crise, vont rester ouverts", dit-il.

Amateurs de golf, de circuits culturels, de thalassothérapie, ou encore clubs de sports en quête de stages d'entraînement sont autant de clients hors balnéaire à conquérir.

Le ministère soutient ainsi des manifestations comme "Dunes électroniques", qui devrait rassembler des DJ internationaux aux portes du Sahara en septembre, le festival de jazz de Tabarka à l'automne à la frontière algérienne, ou le retour du Rallye automobile de Tunisie.

- "Choquer et alerter" -

"D'énormes efforts" ont été faits pour rétablir la sécurité, après les attentats du musée du Bardo à Tunis et sur une plage de Sousse en 2015 (60 morts dont 59 touristes étrangers), rappelle M. Trabelsi.

Ces derniers mois, de nombreux pays dont la France ou la Grande-Bretagne ont levé les avis négatifs contre les séjours dans le sud du pays.

Mais le ministre appelle désormais ses concitoyens à se mobiliser contre ce qu'il qualifie de "terrorisme environnemental", en commençant par les dépôts anarchiques d'ordures.

"J'utilise ce mot pour choquer et alerter", explique-t-il, en avertissant qu'un "mauvais environnement" fait "fuir les touristes comme quand il y a un attentat".

Après la révolution de 2011, l'Etat et les collectivités locales de transition ont peiné à gérer la question des déchets. Des conseils municipaux ont été élus démocratiquement pour la première fois il y a un an. Mais le travail pour dépolluer l'environnement reste long.

"On a aussi un problème de culture", avance M. Trabelsi: "si chacun balayait devant sa porte, ça serait déjà énorme".

Agé de 56 ans, René Trabelsi, premier ministre de confession juive du pays en un demi-siècle, doit une part de sa notoriété à son rôle dans le pèlerinage annuel juif de la Ghriba (Djerba, sud).

A cinq mois de scrutins nationaux cruciaux, il affirme en revanche que la politique ne l'"intéresse pas".

"Je veux laisser une trace, et les Tunisiens attendent beaucoup de moi: je viens du privé, j'ai une religion différente, donc je n'ai pas le droit à l'échec. (...) Mais une fois ma mission terminée, je retourne à mes affaires", assure-t-il.

Le ministre tunisien du Tourisme, René Trabelsi, le 2 mai 2018 lors du pélerinage juif de la Ghriba, à Djerba (sud)

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