Douai: "richesse du terroir nordiste", la bière s'invite au musée

Douai: "richesse du terroir nordiste", la bière s'invite au musée

Publié le :

Mercredi 20 Mars 2019 - 07:00

Mise à jour :

Mercredi 20 Mars 2019 - 09:28
© FRANCOIS LO PRESTI / AFP
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Par Elia VAISSIERE - Douai (AFP)

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Du monastère à la taverne, du champ au café, la bière est depuis dix siècles "indissociable du terroir nordiste": à Douai (Nord), une exposition propose de redécouvrir cette boisson à travers l'art, brassant peinture, sculpture, artisanat, sensations gustatives et sonores.

"C'est un thème insolite, difficile à aborder dans un musée, mais populaire et fortement lié à notre identité régionale. Avec cette exposition, nous voulions parler de notre riche passé brassicole, de la place sociale que ce breuvage a occupée au cours des dix derniers siècles", en passant par le filtre de la création artistique, explique Anne Labourdette, directrice du musée de la Chartreuse.

Huiles sur toile, estampes, affiches publicitaires, céramiques, orfèvreries: quelque 110 oeuvres faisant référence à cette célèbre boisson, majoritairement créées entre les XVIe et XXIe siècles dans la Flandre historique (large zone à cheval entre les Hauts-de-France, la Belgique et les Pays-Bas) sont présentées au public du 20 mars au 15 septembre. Piochées pour certaines dans les réserves de cet ancien couvent, elles ont aussi été prêtées par le Louvre, le musée d'Orsay ou le Rijksmuseum d'Amsterdam (Pays-Bas).

"La bière existe depuis l'Antiquité, partout où se cultivent les céréales. Les Sumériens, Babyloniens ou Egyptiens consommaient une forme de bière. Les Gaulois buvaient eux de la cervoise, mélange d'orge, d'eau et d'épices", raconte à l'AFP Marie-Paule Botte, historienne de l'art et commissaire de l'exposition.

Au Moyen Age, les moines avaient le devoir d'offrir le gîte et le couvert aux pélerins. "Ils fabriquaient et offraient souvent de la bière, à l'époque plus salubre que l'eau, et pouvaient en boire des litres par jour. Charlemagne développe largement cette fabrication dans les abbayes, qui vont petit à petit apporter au breuvage des améliorations techniques, des aromates, développer une sorte de science" et vendre l'excédent, poursuit la conservatrice.

Une religieuse rhénane découvre alors les propriétés aseptisantes et conservatrices du houblon, dont la culture se répand dans toute la Flandre. L'activité prend de l'ampleur, s'ouvre aux brasseurs laïques, qui se regroupent en corporations. Puis les découvertes de Louis Pasteur sur la fermentation, à partir de 1871, font basculer cette production dans l'ère industrielle.

- "Art de vivre" -

Natures mortes, portraits, scènes de genre: dans l'une des salles, des peintres comme Jan Van de Velde ou Pieter Claesz donnent à voir "la bière en tant qu'art de vivre" aux XVIe et XVIIe siècles, dans les maisons et cabarets, et très souvent associée au tabac.

Le spectateur y découvre les récipients, la vie quotidienne des consommateurs, la dimension populaire de cette boisson et y lit "la rivalité qu'il pouvait y avoir entre le vin, lié à la pratique religieuse, et la bière profane", selon l'historienne.

D'autres oeuvres montrent la consommation conviviale et festive, les possibles dérives, mais aussi la cueillette du houblon. Toutes entrent en résonance avec les verres et chopes aux bas-reliefs sculptés en argent ou ivoire.

L'exposition présente aussi les "saints patrons" liés au breuvage, comme le légendaire "roi de la bière" Gambrinus, symbole de la ville de Béthune, ou Saint-Arnould, "patron des brasseurs", qui encourageait la consommation de bière pour ses vertus sanitaires, "quand l'eau transportait des maladies", sourit Mme Botte.

Plus loin, des affiches publicitaires, dont une réalisée par Alfons Mucha, renvoient à l'âge d'or et à "une période où l'on incitait la population, y compris les femmes enceintes, à consommer". Des photographies rappellent elles la fermeture progressive et douloureuse, après les deux guerres mondiales, d'une grande partie des 2.000 brasseries que comptaient au XXe siècle le Nord et le Pas-de-Calais.

Des artistes contemporains livrent aussi leur vision, comme Ben avec des maximes en lettres rondes, ou l'américaine Karen Eland, qui utilise la bière comme médium et pigment.

Une "installation sonore" faite de souvenirs oraux des Douaisiens, une houblonnière de quatre mètres installée dans le jardin et une bière à déguster, spécialement créée pour l'occasion par le BTS du lycée agricole de Wagnonville, complètent l'exposition. Enfin, 25 évènements annexes, comme des séances de yoga-bière, concerts ou afterworks, sont programmés.

Tableau "Les joueurs de cartes" du peintre Théodore Rombouts, visible à l'exposition proposant de redécouvrir la bière, au musée de Douai, le 15 mars 2019

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