Génération identitaire jugée pour une action anti-migrants dans les Alpes

Génération identitaire jugée pour une action anti-migrants dans les Alpes

Publié le :

Jeudi 11 Juillet 2019 - 11:43

Mise à jour :

Jeudi 11 Juillet 2019 - 14:52
© ROMAIN LAFABREGUE / AFP/Archives
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Par Odile DUPERRY - Gap (AFP)

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Génération identitaire et ses dirigeants étaient en procès jeudi à Gap pour l'opération anti-migrants menée l'an dernier en montagne avec des procédés susceptibles selon le parquet de laisser croire au public qu'ils appartenaient aux forces de l'ordre.

Le groupe d'extrême droite, son président Clément Gandelin, son porte-parole Romain Espino, et un autre membre sont jugés par le tribunal correctionnel pour "activités exercées dans des conditions de nature à créer dans l'esprit du public une confusion avec l'exercice d'une fonction publique" (article 433-13 du Code pénal).

Ils risquent un an de prison et 15.000 euros d'amende, et 75.000 euros d'amende pour l'association. Seul M. Gandelin s'est présenté en personne jeudi à l'ouverture de l'audience vers 14H00.

Le 21 avril 2018, Génération identitaire avait monté une spectaculaire opération au col de l'Echelle, point de passage de nombreux migrants dans les Hautes-Alpes : une centaine de personnes vêtues de la même doudoune bleu clair, deux hélicoptères - de location -, une banderole géante, et une "frontière symbolique" matérialisée dans la neige par des grillages en plastique.

Les militants avaient prévu de "notifier" aux migrants qui passeraient par là que "la frontière (était) fermée et qu'ils (devaient) rentrer chez eux".

Sous la même bannière "Defend Europe", les identitaires avaient affrété un navire en Méditerranée en 2017 pour protester contre l'immigration en provenance d'Afrique.

- Prison ferme -

L'action du col de l'Echelle avait provoqué un tollé politique, d'autant que l'Assemblée nationale siégeait exceptionnellement ce samedi-là.

En réaction, une centaine de militants pro-migrants avaient franchi le dimanche la frontière franco-italienne avec une trentaine de migrants, occasionnant des bousculades avec les forces de l'ordre.

Sept participants, quatre Français, une Italienne et deux Suisses, ont été condamnés à Gap en décembre, dont deux à de la prison ferme.

Ce jugement avait outré les soutiens aux migrants, très actifs dans cette région où 3.787 entrants illégaux ont été remis aux autorités italiennes en procédure de non-admission en 2018.

Car si les infractions commises ce week-end-là par les pro-migrants ont semblé assez simples à établir, le procureur de la République de Gap a dû mener une "enquête approfondie" pour déterminer ce qu'il pouvait reprocher à Génération identitaire, le 21 avril, et au cours de petites maraudes dans les deux mois qui ont suivi.

Raphaël Balland avait immédiatement ouvert une enquête pour menaces, violences ou propos racistes. Mais il avait dû la classer sans suite, car aucun migrant n'avait rapporté avoir été directement maltraité par les identitaires.

Le ministère de la Justice s'en était alors mêlé, suggérant quelques articles du Code pénal dont M. Balland pouvait s'inspirer. Le magistrat, qui n'avait pas attendu cet avis pour réfléchir aux mêmes articles, avait déjà imaginé appliquer l'article 433-13 du Code pénal.

- Doudoune bleue -

Mais il pensait à l'époque que l'infraction ne tiendrait pas, là encore parce que les migrants disaient eux-mêmes que les identitaires n'avaient pas cherché à se faire passer auprès d'eux pour des policiers ou des gendarmes.

Ce texte sert pourtant de base aux poursuites, jeudi. Car entre leur accoutrement bleu de type uniforme, les véhicules siglés et le langage très militaire omniprésent dans la communication de Génération identitaire, M. Balland a fini par estimer que la volonté de "confusion" était réelle.

L'avocat de Génération identitaire Pierre-Vincent Lambert relève avec ironie qu'il a fallu beaucoup "se creuser les méninges" pour en arriver à un procès. Le groupe estime avoir agi légalement en dénonçant des délits d'aide aux migrants illégaux.

L’association pro-migrants Tous Migrants, qui s'est constituée partie civile au procès jeudi, regrette que le procureur n'ait pas retenu d'autres infractions, comme "la mise en danger de la vie" des migrants, "traqués" en zone dangereuse.

Sur son site, Génération identitaire se flatte du "véritable succès" de ses opérations "Defend Europe" et appelle ses sympathisants à la soutenir pour faire face aux frais du procès. En achetant affiches et autocollants, ou la fameuse doudoune bleue estampillée.

Des activistes du groupe d'extrême droite Génération identitaire lors d'une opération dans les Hautes-Alpes le 21 avril 2018 visant à dénoncer l'arrivée de migrants depuis l'Italie

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